Un contemporain norvégien objectivement bon, mais subjectivement banal

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Morten GAATHAUG (*1955) :  Landskapp i måneskinn (texte : Ragnhild Jølsen), op. 97 ; De profundis, version pour ensemble de chambre (texte : Federico García Lorca) op. 20b. Ridder Dalebu (Trad.) ; En Obstfelder-syklus, op. 104 ; Elegiske fragmenter (texte : Rainer Maria Rilke), op. 42.  Mezzo-soprano: Marianne E. Andersen. Piano : Tore Dingstad. Violoncelle: Jan Koop. Percussion: Bjørn Rabben. Hautbois: David Friedmann Strunck. Cor: Steinar Granmo Nilsen. 2018 – DXD - textes de présentation en norvégien et en anglais – Lawo classics LWC1152. 

Il est difficile de critiquer une musique dont l’écriture est objectivement empreinte d’un certain savoir-faire mais qui, finalement, nous transmet peu d’émotion. Morten Gaathaug dit lui-même ne pas chercher à inventer son propre langage musical, préférant s’inspirer des langages savant et folklorique du passé pour les développer de manière novatrice. C’est un choix auquel on peut adhérer ou non, en fonction de notre conception l’évolution de la musique savante sur le plan (a)tonal. En général, lorsqu’un compositeur contemporain choisit la voie de la tonalité, il doit faire preuve de modernité sur d’autres plans (rythmique, formel, mélodique, de timbre…) pour sortir du lot. Or il est difficile d’identifier un aspect unique ou innovant au sein des compositions figurant sur ce CD. Dans les œuvres pour chant et piano, on pourrait, par moments, croire à une fade imitation du lied romantique ou postromantique, ponctuée de quelques timides accords plus dissonants et aux mélodies peu marquantes. L’auditeur aventureux qui se tournera vers ces œuvres dans l’attente de découvertes surprenantes sera déçu. Au contraire, celui qui a peur de l’audace parfois excessive de nombreux compositeurs contemporains se verra réconforté dans les couleurs et les structures familières de Gaathaug.

Quant à la mezzo-soprano Marianne E. Andersen, son intonation est très juste, son interprétation nuancée, sa diction très claire… Mais l’attaque de presque chaque son se fait sur un timbre très plat, ne laissant le vibrato s’épanouir qu’à partir d’un certain temps sur une note tenue. A priori, il n’y a rien de mal à se servir parcimonieusement de cet effet pour mettre un mot en valeur et élargir la palette expressive de la voix. Mais Andersen en abuse, lassant et fatiguant l’oreille. L’écoute d’autres enregistrements confirme chez elle une voix naturellement bien plus lyrique ; elle chante en constante retenue vocale ici, sans doute pour donner une couleur plus populaire à ces œuvres.

Idéaux esthétiques mis à part, il nous reste tout de même cette impression étrange d’écouter une musique qui essaye en vain de communiquer l’intensité dramatique et la profondeur philosophique des textes sur lesquels elle se base (tous écrits à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle) et qui n’en frôle que la surface. Le De profundis fait exception : son instrumentation rend justice au texte bouleversant de F. García Lorca traitant de la persécution des homosexuels en Espagne et ailleurs en Europe (il écrit le poème en pensant aussi au poète irlandais Oscar Wilde qui fut emprisonné pour son identité sexuelle). L’intensité rythmique rappelle par moments celle du flamenco, et les percussions en bois font résonner l’image des squelettes des « cent amoureux » qui « dorment pour toujours en dessous de la terre sèche » de l’Andalousie (traduction libre). La dernière pièce de l’album s’achève sur la phrase Wer seid irh ? (Qui est-tu ?) chantée a capella - question que l’on aimerait poser au compositeur en retour…

Aline Giaux, Reporter de l’IMEP

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