Un éblouissant Don Quichotte par le Ballet de l’Opéra de Paris 

par dating again in your 60s

Pour les fêtes de fin d’année, le Ballet de l’Opéra de Paris affiche, pour dix-huit représentations à la Bastille, l’un des piliers de son répertoire, Don Quichotte, dans la production que Rudolf Nureyev avait conçue pour la compagnie en 1981. L’on sait le travail considérable que nécessita le remaniement de la chorégraphie de Marius Petipa datant de 1868 et s’articulant en un prologue et trois actes. Le danseur collabora avec le chef d’orchestre John Lanchberry qui révisa la partition de Ludwig Minkus en déplaçant certains numéros, en en supprimant quelques-uns et en réorchestrant même certaines séquences. Cette première mouture sera présentée à la Staatsoper de Vienne en 1966 puis transmise à Marseille, Zürich, Oslo et à l’Australian Ballet où sera tourné un film en 1972. Mais dix-neuf ans plus tard, à la demande de l’Opéra de Paris, Rudolf Nureyev élaborera une seconde version en accentuant le caractère inquiétant du Prologue et en ajoutant de nouvelles variations au rôle du barbier Basilio ; et le résultat sera affiché au Palais Garnier le 6 mars 1981 avec des décors et costumes de Nicholas Georgiadis. Toutefois, en 2002 sera commandée une nouvelle production constituée de décors d’Alexandre Belaiev évoquant l’Espagne mauresque du XVIIIe siècle et de costumes d’Elena Rivkina inspirés des toiles de Goya.

Vingt ans plus tard, pour la 228e représentation, persiste l’effet éblouissant que produit cette suite de tableaux flatteurs dont l’éclat est rehaussé par l’Orchestre de l’Opéra National de Paris dirigé par Valery Ovsyanikov. Sous les habiles éclairages de Philippe Albaric, le Corps de ballet est continuellement émoustillé par une chorégraphie qui s’ingénie à donner un caractère spécifique à chaque danseur, qu’il soit valet ou femme de chambre, jeune bourgeoise de Barcelone, pêcheur ou même matador. D’emblée, l’on sourit en voyant le Don Quichotte d’Arthus Raveau, spectre d’un passé glorieux, empêtré dans sa cuirasse et son heaume vermoulus, pourfendant de sa hampe démesurée les parapluies miteux figurant les monstres et les quelques enfants qui peuplent le théâtre de marionnettes. Lui prête main-forte le Sancho Pança d’Hugo Vigliotti, moine libidineux aussi jovial que le Frère Tuck d’Ivanhoé. Mais l’intérêt du spectateur se porte sur le couple Kitri-Basilio qui voit Léonore Baulac, étoile chevronnée aux pirouettes éblouissantes, chaperonnant les débuts de Guillaume Diop, futur choryphée au sourire ravageur qui peine encore dans les portés tout en maîtrisant déjà les sauts de chat et les bonds. Dans les tableaux de la Grande Place et de la Taverne, s’imposent deux premiers danseurs, Florian Magnenet, Espada à l’arrogance présomptueuse côtoyant la séduisante Danseuse de rue d’Héloïse Bourdon. Haut en couleurs, le duo grotesque du prétentieux Gamache de Daniel Stokes et du cupide Lorenzo de Cyril Mitilian. Dans la scène de la vision, rayonne la Reine des Dryades d’Hannah O’Neill ; dans celle du campement tzigane, est mis en valeur le gitan de Mathieu Contat, flanqué de ses comparses Bleuenn Battistoni et Inès McIntosh. Au rideau final, le public d’un Opéra Bastille archi-comble rappelle l’ensemble de la distribution à grand renfort d’ovations.

Paris, Opéra Bastille, le samedi 11 décembre 2021

Paul-André Demierre

Crédits photographiques : Julien Benhamou

 

 

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