Un Kaléidoscope de couleurs nordiques

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Edvard GRIEG
(1843 - 1907)
Quatuor à cordes en sol mineur Op. 27
Jean SIBELIUS
(1865 - 1957)
Quatuor à cordes Voces Intimae Op. 56
Olav Anton THOMMESSEN
(°1946)
Felix Remix
Quatuor Engegård
SACD – 72’23 – Livret de présentation en anglais, allemand et français - BIS 2101

Le Quatuor Engegård signe son premier disque sous le label suédois Bis en s’attaquant aux grands quatuors scandinaves. Edvard Grieg et Jean Sibelius sont mis à l’honneur dans, respectivement, le Quatuor à cordes en sol mineur Op. 27 (1877-79) et le Quatuor à cordes Voces Intimae Op. 56 (1909). La texture quasi-orchestrale de ces œuvres est reproduite fidèlement, sans pour autant être lourde : le son du quatuor se métamorphose miraculeusement en celui d’un puissant orchestre à cordes. Avec une sonorité homogène, les musiciens norvégiens prennent la parole d’une seule voix. Armé d’un lyrisme indéniable et d’un producteur / ingénieur du son exceptionnel, Ingo Petry, le Quatuor Engegård affronte aisément les difficultés que posent ces deux chefs-d’œuvre, notamment dans la création d’un large éventail de scènes toutes pleinement assumées (paysage pastoral, danse paysanne...). À la fin du 1er mouvement du Grieg, le superbe solo de violoncelle, d’une grande quiétude, contraste avec l’intensité et l’agitation qui l’entourent. Plus loin, dans le deuxième mouvement du Sibelius, les quatre voix s’emballent dans un tourbillon d’énergie, suivi de l’Adagio di Molto, l’apogée émotionnelle du quatuor, d’où la pièce tire son sous-titre Voces Intimae. Ce terme, écrit par Sibelius lui-même sur un manuscrit, peut désigner le caractère conversationnel des instruments dans l’œuvre, tout comme l’intimité des sentiments qu’elle exprime. Les archets norvégiens rendent bien ces deux différentes interprétations du sous-titre. Globalement, une très belle palette de couleurs nous est offerte. On peut néanmoins regretter un manque de clarté de la part des instrumentistes dans le Vivace de Sibelius. La dernière plage, Felix Remix, du compositeur norvégien Olav Anton Thommessen (°1946), basée sur le deuxième mouvement Allegro di molto du Quatuor Op. 44 n° 2 de Felix Mendelssohn, tombe ici comme un cheveu dans la soupe. Sur un disque réunissant deux quatuors scandinaves romantiques, le remaniement contemporain d’une œuvre allemande n’est pas cohérent et Felix Remix ne propose rien de bien intéressant comparé aux autres œuvres qui méritent toute l’attention d’un auditeur averti.
Pierre Fontenelle, Reporter de l’IMEP

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