Un Offenbach insolite 

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Jacques Offenbach (1819-1880) : Die schöne Lurette (Belle Lurette) avec Hella Janssen, Lurette ; Frank Folker, le Duc de Marly ; Lutz Jahoda, Malicorne, l’intendant du Duc ; Jola Siegl, Marceline, propriétaire d’une blanchisserie ; Hellmuth Kaphahn, le sergent Belhomme ; Wilhelm Klemm, Campistrel, un chanteur ; Wolfgang Bständig, Merluchet, un peintre ; Helmut Strutz, Cigogne, un poète. Chœur de la Radio de Leipzig, Grand Orchestre de la Radio de Leipzig, direction : Gottfried Kassowitz. Enregistrement : automne 1958. Notice de présentation en allemand et en anglais, sans livret. Texte chanté en allemand. 76’43 et 57’28  2 CD RELIEF CR 2005

Qui d’autres que Jacques Offenbach et ses librettistes Ernest Blum, Edouard Blau et Raoul Touché auraient eu l’idée de métamorphoser une expression courante comme « il y a belle lurette » (il y a bien longtemps) en un personnage qui donne son titre à l’ouvrage ? Comme Madame Sans Gêne, Belle Lurette est blanchisseuse ; et elle a accepté d’épouser le Duc de Marly qui cherchait à se marier pour hériter de sa tante. La jeune femme n’apprendra la vérité qu’une fois l’union scellée et, fine mouche, elle ne s’en laissera pas compter pour conquérir l’amour de son conjoint. A cet opéra-comique en trois actes, le musicien tenait beaucoup, lui qui était revenu exténué d’une tournée en Amérique et qui venait de renouer avec le succès grâce à La Fille du Tambour-Major présentée par les Folies-Dramatiques le 13 décembre 1879. Au cours des dix mois qui lui restent à vivre, il mène de front Les Contes d’Hoffmann et Belle Lurette qui sera en répétition lorsqu’il meurt le 5 octobre 1880. Et c’est Léo Delibes qui se chargera de l’orchestrer et d’en diriger la création du 30 octobre 1880 au Théâtre de la Renaissance, création qui n’obtiendra qu’un succès d’estime. Guère meilleur sort sera réservé à la première en langue allemande donnée au Jantsch-Theater de Vienne le 3 mai 1900 puis à Graz, l’année suivante.

Durant l’automne de 1958, la Radio de Leipzig décide d’enregistrer intégralement cette version avec dialogues parlés qui sera diffusée sur les ondes le 1er décembre 1958. Dans les archives maison, Rico Oberleitner, l’infatigable promoteur de la firme discographique Relief, en a retrouvé les bandes mono, d’une qualité sonore que le temps n’a pas endommagée. 

A en écouter le transfert sur CD, l’on reste pantois face à un chœur bien en place et un orchestre de Radio Leipzig aux coloris pimpants dirigés avec précision par Gottfried Kassowitz. Dès les premiers numéros, s’imposent une vitalité de tous les instants et un esprit de comique qui ne sombre jamais dans la vulgarité. Pétillants, les ensembles comme le Chœur des blanchisseuses, le Couplet de la statistique et le Tableau du homard, la Scène des cartes du premier finale, le duo Malicorne-Marceline paraphrasant le Beau Danube bleu et l’ensemble brillant concluant l’acte II. Hella Janssen prête son timbre léger d’adorable soubrette à Belle Lurette claironnant le rondò « Tratarata », jouant de malice dans le duo avec le Duc, se montrant frondeuse dans les séquences avec chœur telles que la ronde « Colette sur le lavoir », mais émouvante dans la romance « On s’amuse, on applaudit ». Face à elle, le Duc de Marly de Mark Folger a l’élégance de phrasé du ‘tenore di grazia’, alors que son intendant Malicorne, campé par Lutz Jahoda, est irrésistible de drôlerie en statisticien et en radoteur bégayant sur la valse de Johann Strauss tandis qu’il dialogue avec la Marceline usée de Jola Siegl, néanmoins si touchante dans les couplets du souper. Quelles compositions bouffes réalisent le Sergent Belhomme de Helmut Kaphahn et le trio des artistes Campistrel – Merluchet – Cigogne assumé par Wilhelm Klemm, Wolfgang Bständig et Helmut Strutz. Un bonheur !

Son : 9  Livret : 5 Répertoire : 10 Interprétation : 9

+ Bonus : Extraits d’une production de l’ORTF réalisée en 1965 avec Lina Dachary, Belle Lurette ; Michel Hamel, le Duc de Marly ; Gaston Rey, le Sergent Belhomme ; Aimé Doniat, Malicorne ; Fréda Betti, Marceline ; Dominique Tirmont, Campistrel ; Joseph Peyron, Merluchet. Chœurs et Orchestre Lyrique de l’ORTF, direction : Roger Albin.              Enregistrement de 1965. Texte chanté en français

Par rapport à l’intégrale en traduction allemande, que ces extraits de la radio française semblent datés ! Sous la direction de Roger Albin, les ensembles sont approximatifs par la diction confuse et le manque de rigueur rythmique. Mais au moins l’on prête attention à Lina Dachary qui confère à Lurette une fraîcheur de timbre et une présence théâtrale qui fascine dans la Scène des cartes. Et c’est pour qualité de leur élocution que l’on retient les prestations savoureuses d’Aimé Doniat et de Joseph Peyron dans les rôles de Malicorne et de Merluchet.

Son : 4   Livret : 5  Répertoire : 8   Interprétation : 5

Paul-André Demierre

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