Une Rolls Royce, les Wiener Philharmoniker !  

par
HArding

Daniel Harding

Une ou deux fois par saison, l’Agence Caecilia organise un concert de prestige en invitant une grande formation. Ce fut le cas le 26 avril avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne qu’aurait dû diriger Zubin Mehta ; pour des raisons de santé, il a dû céder la place à Daniel Harding qui a décidé de respecter le programme prévu.

En première partie a donc été présentée la Première Symphonie ‘Jeremiah’ de Leonard Bernstein. Sous sa baguette, le premier mouvement, ‘Prophecy’, devient une supplique déchirante que ponctuent les cuivres ; en émane un choral aux inflexions douloureuses qui atteint le paroxysme du tragique. ‘Profanation’ tient de la danse sacrale dont la percussion accentue la violence pour parvenir à une sauvagerie jubilatoire. Et ‘Lamentation’ fait intervenir la mezzosoprano Elisabeth Kulman dont le timbre sombre véhicule l’expression du désespoir face à une Jérusalem saccagée ; la nuance ‘piano’ décante peu à peu la véhémence de la plainte pour ne laisser que quelques points de suspension. Décontenancé par une œuvre achevée fin décembre 1942, le public ne réserve qu’un accueil poli devant une exécution pourtant irréprochable.
Il est vrai que la qualité exceptionnelle des pupitres se dégagera davantage de l’une des grandes symphonies de Gustav Mahler, la Cinquième en ut dièse mineur, inscrite en seconde partie. D’emblée, l’appel des quatre trompettes, d’une rare homogénéité, s’estompe devant un dessin de cordes dont la fusion n’est pas mise à mal par tout éclat tonitruant qui pourrait déstabiliser le discours. Bénéficiant de la précision des attaques, le ‘Stürmisch bewegt’ révèle des accents péremptoires que les bois assoupliront pour donner libre cours à l’ample cantabile des violoncelles qu’irisera la phalange des violons en lui greffant une note d’étrangeté. Le Scherzo arbore la légèreté d’un ländler qui finit par s’assimiler à une valse chaloupée, émaillée par un pizzicato ; mais l’ébullition du dernier passage conclusif est suscitée avec une précision du trait absolument ahurissante. Du célèbre Adagietto, la baguette de Daniel Harding exorcise toute mièvrerie en lui conférant une profondeur grâce au legatissimo des cordes confinant à une seule ligne ; les aigus s’élident, le souffle est retenu jusqu’au moment où apparaît le Finale : la nature semble se régénérer en libérant un motif fugué puis un choral proclamé par les cuivres hors normes des ‘Wiener’. A leurs accents triomphants feront chorus les spectateurs propulsés de leurs sièges !
Paul-André Demierre
Genève, Victoria Hall, 26 avril 2018

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