Vivaldi au violon avec Alessandro Tampieri et Ottavio Dantone

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Antonio VIVALDI (1678-1741) : Concerti per violino VII « Per il castello » RV 257, 273, 367, 371, 389, 390. Alessandro Tampieri, violon ; Accademia Bizantina, direction : Ottavio Dantone. 2019. Livret en français, anglais, italien et allemand. 75.00. Naïve OP 7078.

Entreprise au début de notre siècle, l’Edition Vivaldi en est déjà à son volume 62, le septième consacré aux concertos pour violon. Le but du musicologue Alberto Basso en créant cette collection était d’enregistrer le considérable fonds de manuscrits et de partitions autographes de Vivaldi acquis par la Bibliothèque nationale de Turin en 1930, véritable mine d’or de près de 450 compositions du maître : concertos, musique vocale profane et sacrée, opéras. La construction du projet s’est faite par genre thématique et a été confiée à des spécialistes. Parmi les titres parus, dont un grand nombre a été salué par la critique, une petite dizaine a été confiée à l’Accademia Bizantina fondée à Ravenne en 1983. Avec Ottavio Dantone qui en est le directeur musical et artistique depuis 1996, l’ensemble a été couronné par d’importantes récompenses. Rappelons qu’Ottavio Dantone, né en 1960, a été le premier Italien à recevoir un prix au Concours International de Bruges où il fut classé troisième en 1986. Ce chef a dirigé des interprètes prestigieux comme Andreas Scholl, Viktoria Mullova ou Giuliano Carmignola. 

C’est Alessandro Tampieri, premier violon de l’Accademia Bizantina depuis 2011, qui officie ici. Récemment, sous la même étiquette et avec les mêmes partenaires, il avait enthousiasmé par son enregistrement des Concerti per viola d’amore, numéro 56 de l’Edition Vivaldi. En mai 1740, le compositeur, qui va mourir au milieu de l’année suivante, quitte Venise pour Vienne où il compte faire représenter un opéra pour le carnaval, ce qui ne sera effectif qu’après son décès. Vivaldi va fréquenter le « castello » du comte Collalto, situé en Moravie à Brtnice, petite cité du district de Jihlava à 70 kilomètres de Brno. Le répertoire vivaldien comportait là, d’après les indications de l’intéressante notice, huit concertos dont la moitié est hélas perdue. Les RV 273, 367, 371 et 390 figurent ici ; on y a ajouté les RV 257 et 389, de même atmosphère, qui dateraient du milieu des années 1720. Ces pages de fin de vie répondent, selon les explications de Cesare Fertonani, auteur du livret, au nouveau style galant : « (…) on assiste à l’avènement d’une esthétique de la sensibilité, qui invite à se concentrer sur l’affect, sur l’éloquence de la voix lyrique individuelle (…) ». 

Cette innovation est profondément assumée par Alessandro Tampieri dont on admire l’agilité de l’archet, mais surtout la subtilité avec laquelle il souligne l’ornementation et la fragilité d’une intériorité à la fois sobre et mesurée, sans autres effets que l’intimité au cœur de laquelle viennent se greffer des moments de nostalgie et de mélancolie, voire même de langueur. C’est l’âme touchante du compositeur qui est livrée avec des épanchements qui n’enlèvent rien à la théâtralité de passages enlevés, éblouissants ou au rythme affirmé. Avec Tampieri, on n’est pas dans la flamboyance d’autres solistes mais plutôt dans un contexte inventif marqué par un raffinement de l’écriture et de sa traduction en sonorités d’une grande intensité lyrique. L’Accademia Bizantina est au diapason de cette fluidité qui enchante et fait de ce CD, gravé en avril 2019 à la Chiesa di San Girolamo de Bagnacavallo, en Emilie-Romagne, un superbe programme dédié à l’ultime Vivaldi.

Son : 9   Livret : 10  Répertoire : 9  Interprétation : 9

Jean Lacroix

 

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