Vive le sujet ! Tentatives réussies de Zoé Lakhnati et Nicole Genovese à Avignon
Ce programme historique pensé conjointement avec la SACD est un laboratoire de création qui commande à deux artistes une rencontre avec une personnalité de leur choix. Cela aboutit à deux formes de 30 minutes dans l’écrin du jardin de la vierge du lycée Saint Joseph. Ce concept créé en 1997, apparaît toujours comme un joyeux temps d’essais.
Zoé Lakhnati, chorégraphe formée au CNSMD de Lyon puis à P.A.R.T.S, propose une rencontre avec Claudia Atletica, bodybuildeuse pour la pièce Claudia the Virgin.
La chorégraphe se place au pied de la scène, en costume noir aux épaules larges avec lunettes de soleil et cheveux tirés inspectant les derniers spectateurs qui s’installent. Vigile attentive, elle reçoit des ordres de la sécurité en voix off. Tout est fin prêt pour l’apparition de la vierge.
Vous avez bien lu, la vierge apparaît dans un immense drapé bleu pétrole et salue sa miniature blanche en ce lieu magnifique. Un autel se constitue à ses pieds, composé d’une statue d’athlète, de coupes de victoires sportives et de baskets dorées. Du tissu s’extrait Claudia Atletica et son corps veiné, aux muscles saillants.
La rencontre opère quand la danseuse tombe à plat ventre, la bodybuildeuse se dresse alors debout sur son dos. Magie du spectacle vivant en extérieur, quelques gouttes de pluie tombent. Peu à peu les rôles s’estompent : elles jouent de leurs poids, contrepoids et de la gravité pour proposer des figures multiples avec différents points de contact et portés. C’est au moment où l’on s’interroge sur ce qui se joue que la voix off revient et se demande “qui protège qui ?”.

Les deux femmes sont désormais liées et la bodybuldeuse porte sur ses épaules la danseuse, toutes deux sont recouvertes du tissu bleu qui ne laisse deviner plus qu’une madonne. La voix conclut : "le danger n'est plus la chute mais l'attachement"
Ce duo s’empare de ce lieu mythique pour proposer une pièce teintée d’humour. Une vraie rencontre a été créée entre les deux figures grâce à un travail que l’on imagine dense. Dans cette pièce où chaque imprécision pourrait tout faire vaciller, la technique de chacune est précise et maîtrisée. On retiendra leur prestance et la beauté des images qu’elles convoquent.

Après un très court changement de plateau, Nicole Genovese propose La machine à affranchir née de sa rencontre avec le magicien manipulateur de cordes Quoc Tien Tran.
Ici, il y a 3 personnages : Nicole Genovese interprète une femme qui cherche à se pendre, Sébastien Chassagne joue un homme à côté de ses baskets achetant du poisson chez son boucher, Quoc Tien Tran incarne un consommateur compulsif de livraisons rapides et d’offres “3 au prix de 2”. Sans oublier, bien sûr, la voix de la machine à affranchir.
Peu à peu, un certain comique de situation et de répétition se met en place et les tours de magie débutent : des chaussures commandées par Quoc Tien Tran s’extirpent continuellement des lacets. S’ensuit tout un jeu sur le nœud. Les deux comédiens s’exclament, “ah”, “oh”, avant que ces onomatopées contaminent le public conquis face à ces tours de magie remarquables.
Si l’humour semble léger et que l’absurde domine, on cherche malgré tout un sens à la pièce. C’est en se détachant de la figure du magicien pour prêter oreille plus alerte au texte que des enjeux sous jacents émergent : écologique, l’addict aux promotions est un surconsommateur ; philosophique, “ne plus pouvoir compter sur la réalité est ce qui m’angoisse” conclut la dépressive.
Somme toute, comédiens et magicien demeurent trop cantonnés à leur discipline, et faute d’explorer toute la symbolique du lien lié à la corde, la rencontre peine à se faire en symbiose.
Crédits photographiques : Christophe Raynaud



