Un Freischütz de solide facture

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Carl Maria VON WEBER (1786 -1826) :  DER FREISCHÜTZMichael KRAUS, Ottokar ; Franck van HOVE, Kuno/Samiel’s Voice ; Julia KLEIDER, Agathe ; Eva LIEBAU, Ännchen ; Günther GROISSBÖCK, Kaspar ; Michaël KÖNIG, Max ; Stephen MILING, A Hermit ; Till von ORLOWSKY, Kilian ; Choeurs et Orchestre de la Scala de Milan, MYUNG-WHUN CHUNG, dir.Matthias HARTMANN, mise en scène ; enregistré les 13 et 17 octobre 2017, Teatro alla Scala, Milan. 135’-NTSC 16.9-PCM stereo and DTS 5.1- 0- DVD 9- sous titres allemand, anglais, français, japonais, coréen – Naxos 2.110597

Présenté à la Scala de Milan en 2017, ce Freischütz a remporté un vif succès. A juste titre pour au moins trois raisons : l’absence de surinterprétation, la subtilité de la direction d’orchestre et la qualité de la distribution. Déjà, la mise en scène : hétérogène, elle hésite entre allusions folkloriques et décalage fantaisiste, d’où des costumes néo écossais- mi-alsaciens - mi roumains. Toutefois, elle respecte le climat populaire, l’intrigue et la partition. Ainsi, les enjeux apparents et souterrains de ce chef d’œuvre -charnière entre le monde du « Singspiel » et celui de l’opéra romantique, entre Mozart et Wagner- peuvent libérer des rêveries qui s’égarent alors sans obstacle où la musique de Weber la conduit. La captation en DVD, avec ses fonds noirs, peu de plans d’ensemble et des changements de cadrage parfois intempestifs nous prive, par exemple, dans la scène de la Gorge au Loup, des contorsions sataniques de danseurs ruisselants d’un sang fluorescent certainement plus spectaculaires sur scène. Il reste que, dans cette lutte à mort entre l’animalité et la tendresse humaine où la proie du chasseur se fait femme, c’est bien la puissance expressive de la musique qui saisit le public dès l’ «Ouverture». Myung-Whun Chung, intensément concentré, à la tête d’un orchestre de la Scala en extase, fait de ces premières mesures un émerveillement de douceur, réminiscences, rythmes populaires, menaces et noirceur. L’instrumentation novatrice de Weber comme sa caractérisation dramatique sont mises en valeur à chaque instant. On comprend combien cette grande houle qui soulève la Cavatine d’Agathe (Acte III) vers des sommets de legato et de ferveur impressionnera Wagner… qui s’en souviendra avec Elsa, Senta et tant d’autres. Wagnérien également le personnage du chasseur Max (Michael König) dont le chant généreux est limité par une certaine raideur. Par ailleurs, le contraste entre la féminité, la verve populaire de la petite servante Ännchen (Eva Liebau à la belle présence scénique) et la brutalité virile d’Ottokar (Michael Kraus), Kuno (Franck van Hove) l’Ermite de (Stephen Miling) jusqu’au chœur masculin de la Scala fonctionne parfaitement. D’autant que l’excellent acteur-chanteur-athlète Günther Groissböck (Kaspar) incarne le versant satanique avec un engagement qui rend la scène de la Gorge au loup particulièrement inquiétante. La lumière viendra du chant pur, admirablement phrasé, de Julia Kleiter (Agathe) d’une beauté tellement irrésistible que sa Cavatine lui vaudra une longue ovation. Ajoutons chœur féminin et solistes instrumentaux en adéquation. Mais, il faut le souligner, ce sont la fusion musicale et l’interprétation de Myung Chung qui rendent cette version tout à fait séduisante.

Bénédicte Palaux Simonnet

 

 

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