Genève découvre Der Wald d’Ethel Smyth

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Depuis quelques années, l’Orchestre de Chambre de Genève se donne la peine de présenter un ou deux ouvrages en version de concert. Ce fut le cas en mars dernier avec Le Prophète de Giacomo Meyerbeer. Et la saison actuelle s’achève avec Der Wald, deuxième opéra de la compositrice britannique Ethel Smyth (1858-1944). Formée au Conservatoire de Leipzig, elle se perfectionna auprès d’Heinrich von Herzogenberg, tout en développant une liaison avec son épouse, Elisabeth. Dans les cercles musicaux de la capitale, elle fit la connaissance de Brahms, Grieg et Tchaikovsky. En 1840, elle s’établit à Londres où seront créées une Sérénade pour orchestre en ré majeur et une Messe en ré majeur. A l’intention du public allemand, elle composa trois ouvrages sur des livrets de Henry Brewster, Fantasio, joué à Weimar en 1898, Der Wald (1902) et The Wreckers (intitulé en allemand Standrecht) et créé à Leipzig en 1906.

Pour en venir à ce deuxième opéra, Der Wald fut créé à la Hofoper de Berlin le 9 avril 1902, puis fut présenté au Covent Garden de Londres en juillet de la même année, avant d’être affiché au Metropolitan Opera de New York le 11 mars 1903 sous la direction d’Alfred Hertz. Notons que, durant plus de cent ans, il demeurera le seul ouvrage lyrique écrit par une femme, présenté sur la scène newyorkaise jusqu’à 2016 où sera affiché L’amour de loin de Kaija Saariaho.

Tributaire du romantisme tardif, l’écriture d’Ethel Smyth révèle une forte personnalité qui, sans souscrire au wagnérisme ambiant, s’inscrit dans le sillage de Brahms, tout en prenant en considération les innovations de Richard Strauss. Son orchestration fait valoir une palette d’une rare richesse, ce que se fait fort de démontrer l’Orchestre de Chambre de Genève en confiant d’abord à la jeune cheffe assistante Celia Cano le soin de nous faire découvrir l’Ouverture du troisième ouvrage, The Wreckers, qu’elle conçoit comme un tableau de genre en développant chaque section avec une louable précision.

Pour la présentation de Der Wald, lui succède au pupitre Raphaël Merlin, le directeur musical et artistique de l’Orchestre de Chambre de Genève, qui s’ingénie à mettre en exergue la générosité mélodique d’un discours orchestral opulent soutenant une intrigue bien mince : une jeune paysanne, Röschen, devrait convoler en justes noces avec Heinrich le bûcheron. Mais leur union est contrecarrée par Iolanthe, la maîtresse du Landgrave Rudolph, qui voudrait asservir le fringant soupirant en jetant un sort sur son avenir. Mais l’amour finira par triompher dans cette forêt où règne la nature éternelle.

 Pour célébrer ce panthéisme triomphant, Raphaël Merlin fait appel au Motet de Genève, magnifiquement préparé par Romain Mayor, qui seconde ses options en jouant la carte de l’exubérance lyrique. Mais dans l’acoustique si particulière du Bâtiment des Forces Motrices, cette expansion frise par moments la boursouflure, en nous privant de cette dimension mystérieuse évoquant les esprits de la forêt.

L’ensemble des solistes est de grande qualité, à commencer par Isabelle Druet, mezzosoprano au timbre granitique, Iolanthe manipulatrice exsudant la malfaisance comme une Ortrud déchaînée, emportée par la fureur de ne pas parvenir à ses fins. Lui tiennent tête bravement la Röschen de Chelsea Zurflüh, dardant ses aigus jusqu’à l’extrémité de ses moyens, et le brave Heinrich du ténor Pierre Derhet qui se laisse galvaniser par le courage, afin de défendre la légitimité de leur union. Le baryton Felix Gygli joue le colporteur s’immisçant dans cette tortueuse intrigue avec la bonté d’accent dont fait preuve la basse Ruben Drole personnifiant Peter, le père compatissant de Röschen. Et Vincent Le Texier tente de donner consistance au Landgrave Rudolph si malmené par son ex-maîtresse Iolanthe.

Au moment où prend fin le bref Epilogue, éclatent les salves d’applaudissements d’un public conquis acclamant l’orchestre et son chef, le chœur et l’ensemble des solistes.

Que l’on se le dise ! Au cours de la prochaine saison, l’Orchestre de Chambre de Genève nous permettra de découvrir un ouvrage pratiquement méconnu d’Henry Février, La Femme nue, le 14 octobre, avant de proposer en version de concert Thaïs de Massenet le 24 mars 2027.

Par Paul-André Demierre

Genève, Bâtiment des Forces Motrices, concert du 27 mai 2026

Crédits photographiques : Sébastien Moritz

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