Concert de clôture du Festival Rhénan à Strasbourg
Après un concert inaugural du pianiste français Adam Laloum en 2025, la deuxième édition du Festival Rhénan se clôturait ce 04 juillet au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg. Dans une salle Erasme délaissée par son public habituellement présent en nombre, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg s’est produit pour la première fois sous la baguette du jeune chef Swann Van Rechem. Pour l’occasion, c’est un programme très (trop ?) diversifié qui nous a été proposé.
Pour débuter ce concert, nous avons pu entendre l’ouverture Coriolan op.62 de Ludwig van Beethoven. Cette œuvre, précurseure des poèmes symphoniques du XIXème, conte l’histoire tragique du général Coriolan, ennemi de sa patrie qui, renonçant à la vengeance, finit par tomber sous les coups de sa propre armée. Partition tumultueuse, elle fut l’occasion d’observer la belle entente entre le chef français et l’ensemble strasbourgeois. Leur souci du détail, notamment dans les nuances pianos et une mise en place d’horloger, fut de très bon goût. Nous pouvons cependant regretter un manque de corps dans les moments les plus prenants, rendant l’ensemble relativement plat.
Changement de répertoire pour la deuxième œuvre et le Concerto No.2 pour piano et orchestre en ut mineur de Marie Jaëll, interprété par Adam Laloum. Élève de César Franck et Camille Saint-Saëns, Marie Jaëll compose son deuxième concerto pour piano en 1884. D’un seul tenant, cette pièce méconnue fut interprétée de manière contrastée par le pianiste français. Très solide dans ses interventions solistes, avec un son clair et enchanteur dans les aigus, il a montré certaines limites dans les passages tutti, ne parvenant pas à passer au-dessus de l’orchestre. On peut noter un manque de contact entre le soliste et le chef, sans doute dû à un recours fréquent à la partition du pianiste. Il en a résulté certains décalages d’énergie ou de mise en place entre l’orchestre et Adam Laloum. Nous avons par contre pu profiter d’un magnifique bis tout en introspection pour clôturer cette première partie assez mitigée.
Après l’entracte, les musiciens sont revenus sur scène avec nettement plus d’énergie. Nous avons tout d’abord pu entendre la création française du Concerto No.2 pour marimba et cordes “Fantasia” d’Emmanuel Séjourné. Compositeur, pédagogue et percussionniste mondialement reconnu basé à Strasbourg, Emmanuel Séjourné s’inspire tant du jazz et du rock, que des musiques du monde et des musiques de film telles que celles de Bernard Hermann ou Nino Rota. C’est Vassilena Serafimova, tout juste nommée à la direction artistique des Percussions de Strasbourg, qui a interprété le concerto (vous pouvez retrouver une interview de la percussionniste bulgare sur notre site). Cette musique dansante, avec un deuxième mouvement en clin d'œil au tango, rencontra un franc succès auprès du public qui a applaudit avec enthousiasme, réclamant un bis qui ne viendra finalement pas.
C’est dans la dernière pièce de ce programme, l’Oiseau de Feu version 1919, que nous avons pu profiter pleinement de la connexion entre Swann Van Rechem et les musiciens de l’orchestre. À son aise dans ce répertoire qu’il fréquente sans doute davantage, le jeune chef a démontré une précision chirurgicale dans chacun de ses gestes, accompagnant chaque phrasé, chaque nuance, chaque intervention et poussant les musiciens toujours plus loin. Ce fut également l’occasion d’entendre cet orchestre prendre pleinement possession de l’espace sonore, laissant derrière lui la timidité de la première partie, surtout dans la Danse infernale du roi Kastcheï qui fut le plus beau moment de ce concert.
Palais de la Musique et des Congrès, Strasbourg, 04 juillet 2026, Alex Quitin
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