Ars Musica 2014

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Enrique Mazzola © Martin Sigmnd

Walter Hus et Steve Reich donnent le ton
Une des grandes particularités d’Ars Musica 2014, c’est l’accent mis sur des compositeurs belges. On n’en parle pas assez, mais ils sont aujourd’hui fort nombreux et souvent des plus doués et des plus inventifs : Claude Ledoux, Todor Todoroff, Michel Fourgon, Thierry De Mey, Peter Vermeersch, Jean-Paul Dessy, Michel Lysight, Jean-Luc Fafchamps, Walter Hus… Lequel, le 14 novembre, a eu l’insigne honneur d’inaugurer le festival au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar pour les nouveaux polyglottes) avec deux pièces symphoniques jouées en première mondiale : Temesta Blues Concerto et Universal Nation. Fou de piano, curieux de toutes les musiques, du baroque au hip-hop, en passant par le jazz et les innovations apportées par des irréguliers tels que Morton Feldman ou John Cage, Walter Hus a de l’énergie à en revendre. Quoique plutôt hybride, son Temesta Blues Concerto est une œuvre divisée en quatre mouvements à la fois pleine de réminiscences (Ravel, Stravinski, Prokofiev, Ligeti, voire Rachmaninov) et pleine de contrastes et de couleurs très riches, surtout dans les tessitures orchestrales – un orchestre de près de quatre-vingt exécutants, en l’occurrence le Brussels Philharmonic dirigé par un Enrique Mazzola en pleine forme ! Au clavier, Jean-Philippe Collard-Neveu l’était tout autant. On aurait dit un gosse émoustillé par son nouveau jouet…
La deuxième pièce de Walter Hus, Universal Nation, arrangement d’une musique trance électrisante et rythmée à souhait, a à juste titre conquis la salle Henri Le Bœuf (elle n’était pas comble, hélas !). On peut parier qu’elle entrera très vite dans le chatoyant répertoire de la musique actuelle.
Comme y est entrée, dès 1984, Desert Music de Steve Reich, une œuvre qui exige un effectif nombreux (dont une demi-douzaine de percussionnistes et une trentaine de choristes) et qu’Enrique Mazzola a conduite brillamment en deuxième partie de programme. Basée sur des textes du poète américain Williams Carlos Williams (1883-1963), elle fait directement référence au désert du Nouveau-Mexique où l’armée américaine a procédé à des essais nucléaires en juillet 1945, trois semaines avant de larguer une bombe au plutonium sur Nagasaki. Beaucoup de mélomanes ont découvert Desert Music par l’enregistrement historique qu’en a donné la Brooklyn Philharmony sous la direction de Michael Tilson Thomas, en 1985. Et si grâce à leur remarquable et enthousiasmante interprétation, le Brussels Philharmonic et Enrique Mazzola venaient de lui conférer à un tout nouveau souffle ?
Jean-Baptiste Baronian
Bruxelles, Bozar le 14 novembre 2014

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