Triomphe pour Cecilia Bartoli !

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© Uli Weber

Œuvres de Raupach, Araia, Dall’oglio, Veracini, Porpora, Manfredini, Hasse Cécilia Bartoli, mezzo – I Barocchisti, Diego Fasolis, direction Loin des classiques habituels, Cécilia Bartoli s’est produite sur la scène du Palais des Beaux-Arts ce jeudi 13 novembre 2014. Loin, puisque la mezzo apprécie l’innovation et aime se pencher sur des œuvres et répertoires trop peu connus du public, un répertoire surprenant, riche et expressif. Grâce au succès qui est le sien, Bartoli peut se permettre ce genre de détournement, le public toujours présent pour l’acclamer. Il faut avouer que la voix et la technique de l’artiste sont d’une richesse hors du commun. Elle donne presque l’impression que tout est facile, évident. Dans chaque coin de la salle, le moindre son pianissimo passe, sans le moindre effort. Ainsi, elle crée quelques nuances et dynamiques extraordinaires qu’on ne percevrait pas en temps normal. Au programme : une partie du parcours qu’elle a développé pour son dernier CD, celui de la place de l’opéra en Russie. L’interprétation de ces œuvres, rendue possible uniquement grâce aux Archives musicales du Théâtre National Académique Mariinsky de Saint-Pétersbourg, rend ainsi hommage aux compositeurs du 18ème siècle : Manfredini, Hasse, Porpora, Araia, Raupach, Veracini… A cette époque, la Russie vit des moments troublés tant socialement que culturellement. Après la disparition du tsar Pierre le Grand, qui avait radicalement réformé le pays, et souhaitant se rapprocher du modèle de l’ouest, le pays voit trois femmes successivement au pouvoir : Anna Ivanovna, Elisabeth et Catherine II. Aux destinées politiques, elles instaurent chacune des avancées culturelles majeures. Anna Ivanovna crée, sur base d’un premier orchestre, de la première Académie de la Musique Russe et du premier Chœur de la Cour royale (Capella de Saint-Pétersbourg), un opéra seria tout en faisant venir une troupe d’opéra italienne pour la production de La Forza dell’amorer e delle’odio du premier compositeur de la cour russe, Francesco Araia. Elisabeth voit le baroque transiter vers le classicisme. Araia signe le premier opéra en langue russe tandis que la musique de ballet voit le jour. Catherine la Grande, qui goûtait peu à l’opéra, fit venir de grands noms de la scène européenne ainsi que le célèbre compositeur, Galuppi. Aux côtés des pièces vocales, quelques ouvertures et Sinfonia ont été sélectionnées et jouées par l’excellent I Barocchisti sous la direction de Diego Fasolis. Leur dynamisme, tant dans la technique de jeu que dans l’interprétation, est irréprochable. On goûte notamment à un vibrato extrêmement contrôlé, à une large palette de couleurs et de dynamiques, le tout dans une interprétation juste et expressive. Diego Fasolis dirige son ensemble avec humour et souplesse tandis qu’il développe une attention particulière envers la mezzo. Derrière une mise en scène « Hollywood » (éclairage continue sur la chanteuse, changement de tenue jusqu’à celle d’une impératrice), Cécilia Bartoli développe aussi un beau dialogue avec le chef et les instruments solistes (violon, flûte, hautbois et théorbe). On notera l’excellente aptitude des cors, irréprochable. Le concert qui devait se conclure à 22h00 s’est finalement vu agrémenté d’une troisième partie de « bis ». Très naturellement, Cécilia Bartoli offre à son public quelques tubes de son répertoire pour le plus grand plaisir des auditeurs. Elle communique avec eux et ne place aucune barrière. Il est néanmoins regrettable qu’aucune traduction des textes n’ait été donnée… une soirée inoubliable. Ayrton Desimpelaere
Bruxelles, Bozar, le 13 novembre 2014

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