Bernard Foccroulle livre à des réflexions sur le monde de l'opéra

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"Un art qui donne sens au monde" est le sous-titre de ce recueil d'entretiens. Cette belle phrase sert de fil rouge à la pensée de l'ancien directeur de la Monnaie (1992-2007) et du Festival d'Aix-en-Provence (2007-2018). Fil rouge qu'il déclinera en quatre entretiens, comme suit : la création, la participation du public, le dialogue interculturel, et la place de l'opéra dans un monde globalisé. Rédactrice en chef de L'Avant-Scène Opéra, Chantal Cazaux interroge Bernard Foccroulle sur la création contemporaine, qui évite au genre de devenir muséal.

Mais l'écriture doit respecter les chanteurs (ce ne fut pas toujours le cas), et la mise en scène, ne pas exagérer la dimension visuelle. Il parlera du fameux Regietheater, sans ambages, mais aussi de Peter Sellars, de Patrice Chéreau ou de Dmitri Tcherniakov, qu'il apprécie beaucoup. Foccroulle déclare que la plupart des transformations de notre société se retrouvent dans les opéras. Sabine de Ville l'interpelle sur les relations entre l'opéra et le public. Il insiste sur une programmation qui doit tenir compte de la signification de l'intrigue pour le spectateur de nos jours. Produire des opéras surannés n'est pas son fait. A Aix, il a ciblé non seulement le public jeune, mais aussi les quartiers moins favorisés et les associations. Un long passage est consacré à un aspect culturel qui lui est cher, la relation à la Méditerranée ("qui a vu naître l'opéra et la plupart des mythes qui l'ont inspiré", p. 107). A propos d'interculturalité, il répondra à  Shirley Apthorp, critique au Financial Times, que l'Orient et l'Occident ont eu des échanges constants, et qu'une culture européenne développée indépendamment des autres n'est qu'un mythe. Ce sont ces échanges qu'il a voulu recréer à Aix en invitant nombre de musiciens orientaux, mais en se produisant également là-bas. L'opéra peut créer un espace "sécurisé" et amener à une meilleure compréhension du monde. La quatrième et dernière interview élargit encore le propos en posant la question de la place de l'opéra dans un monde globalisé. L'interlocuteur est Anton Fleurov, dramaturge et journaliste moscovite. A eux deux, ils étudient la place de l'opéra dans l'histoire occidentale. Ensuite, ils partent pour un tour du monde de l'évolution du genre : Etats-Unis, Japon, Chine, Russie ou les pays du Golfe. D'où l'importance, pour un festival comme celui d'Aix, de se tourner vers le monde : coproductions, tournée, diffusions au cinéma. Les partenariats culturels, au-delà des différences, constituent un enrichissement mutuel, selon Foccroulle, qui cite plusieurs exemples sans cacher certains problèmes telles, pour les mises en scène, la liberté d'expression politique, ou la nudité. Et il revient, in fine, au titre de l'ouvrage : voilà comment il faut faire vivre l'opéra.

Bruno Peeters

Bernard FOCCROULLE : Faire vivre l'opéra, 2018, Actes Sud, 196 p, 20 euros.

 

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