Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Bang on a Can All-Stars play Ryuichi Sakamoto

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La retrouvaille au bistrot-d’en-face d’amis musiciens (la conversation porte, bien sûr, sur les projets, les envies, les idées en matière de musique) précède la redécouverte, à Bozar, de la Salle M, en rénovation pendant près d’un an, à l’acoustique ou la technique améliorées, de même qu’à la remise en valeur d’éléments structurels conçus à l’origine par Victor Horta : ça ne va pas jusqu’à sentir le neuf, mais le lieu a pris un coup de jeune, frais et bienvenu dans une époque à la subvention culturelle morose.

L’ensemble amplifié Bang on a Can All-Stars est une spin-off de l’organisation, (quasi) éponyme et new-yorkaise, fondée en 1987 par un trio de directeurs artistiques (Julia Wolfe, David Lang et Michael Gordon), centrée sur la création de nouvelles œuvres et connue pour ses concerts marathon ; l’ensemble naît en 1992, mélange allégrement les sources musicales (le classique côtoie chez eux l’expérimental, l’ambient, la world, le rock, le jazz) et collabore notamment avec Terry Riley ou Steve Reich, Louis Andriessen ou Ornette Coleman – mais pas Ryuichi Sakamoto (1952-2023).

Le programme consacré à l’artiste japonais s’inscrit dans cette largesse d’ouverture : très tôt inspiré, devant son piano, tant par Debussy et la musique impressionniste que par le rock des Beatles ou des Rolling Stones, il étudie à la fois la composition et les musiques électronique et ethnique – l'ethnomusicologie le mène aux sons africains et indiens, en plus de ceux de l’île Okinawa (lui-même est originaire de Tokyo), l’électricité aux synthétiseurs (Buchla, Moog, ARP). Il fusionne musique électronique et musique japonaise traditionnelle ou minimaliste, en même temps qu’il fonde le trio synth-pop Yellow Magic Orchestra, équivalent japonais du Kraftwerk allemand, avec lequel il connaît une première reconnaissance, nationale et internationale et qu’il travaille, peu après, des compositions dansantes parsemées de dub et d’afrobeat. L’écriture de la musique du film Furyo (de Nagisa Oshima), sur le plateau (il y tient également un rôle) duquel il rencontre David Bowie succède à une collaboration avec David Sylvian (du groupe Japan) et introduit Sakamoto dans le monde des bandes originales (Le dernier Empereur ou Un thé au Sahara de Bernardo Bertolucci), ce qui ne l’empêche pas d’explorer les genres, du rap et de la house à la bossa nova, avant de, en 1996, sur un album qui porte, nu, le nom du millésime, de reprendre certains morceaux de son répertoire (des musiques de films de différentes étapes de son parcours, mais pas que) dont il réduit la palette à trois instruments, exclusivement acoustiques : piano, violon et violoncelle – douze morceaux qui font l’objet du programme de Bang on a Can All-Stars, que le clarinettiste Ken Thomson arrange en y ajoutant contrebasse, guitare électrique, percussions et, bien sûr, clarinette, revenant parfois aux compositions originales ou à des versions préexistantes.

Yutaka Sado et Javier Perianes avec l'OPMC

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L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo invitait le chef d’orchestre japonais Yutaka Sado et le pianiste espagnol Javier Perianes. L’Auditorium Rainier III affichait presque complet pour ce concert symphonique qui réunissait le dynamisme et l’art du chef japonais à la sensibilité poétique du pianiste espagnol.

Le programme proposait des œuvres particulièrement appréciées du grand public. Il s’ouvrait avec L’Apprenti sorcier de Paul Dukas. Sado débute prudemment, soignant le ciselé instrumental — les flûtes notamment. Il sait ménager les surprises et faire monter progressivement la tension. On perçoit pleinement l’esprit du poème symphonique de Dukas : sa drôlerie, sa tendresse, mais aussi son inquiétude lorsque la machine se dérègle et s’emballe. La pulsation ne se relâche jamais, variant et relançant constamment les épisodes : timbales claquantes, moments d’effusion, basson goguenard, tempêtes de cordes… C’est drôle, coloré, imagé, d’une maîtrise instrumentale et d’une puissance d’évocation étourdissantes.

Javier Perianes arrive sur scène avec une énergie presque pugilistique et se précipite vers le piano. Une fois installé au clavier, Perianes joue avec affection, sensibilité, plaisir et une virtuosité toujours au service du Concerto d'Edvard Grieg, qu’il interprète avec fraîcheur et une éloquence profonde et authentique.

Yutaka Sado est reconnu pour son style de direction énergique et sa vision musicale claire, façonnant les œuvres avec précision et une grande maîtrise. Javier Perianes, de son côté, séduit par son toucher raffiné, son phrasé lyrique et sa profonde intelligence interprétative. Ensemble, ils proposent un voyage musical captivant et raffiné, jouant sans cesse sur le contraste entre grandeur orchestrale et intimité poétique.

Elisabeth Leonskaja à Monte-Carlo

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La Philharmonie de Monaco a eu l'honneur d'accueillir la grande dame du piano, Elisabeth Leonskaja. À 80 ans, elle conserve une vitalité intacte.

Son répertoire immense embrasse aussi bien les classiques viennois que les compositeurs contemporains. Au titre de sa récente actualité : un album chez Warner Classics, entièrement dédié à la Seconde École de Vienne, avec des œuvres d'Alban Berg, Arnold Schoenberg et Anton Webern.

Chez Leonskaja, on perçoit une ferveur et une générosité qui oscillent entre un recueillement extatique, presque en apesanteur, et un bouillonnement rageur, parcouru de vagues emportant tout sur leur passage. C'est une interprète fascinante, au jeu puissant, très personnel, farouche et sans compromis.

Malheureusement, le grand public privilégiant les concerts symphoniques, la salle était bien trop peu remplie. Seuls Martha Argerich et Evgeny Kissin, lors de leurs derniers récitals, parviennent encore à faire salle comble à l'Auditorium. Il serait sans doute judicieux d'envisager une alternative, peut-être avec une salle de 300 à 400 places.

Le récital s'est ouvert avec la Sonate n° 18 en ré majeur K. 576 de Wolfgang Amadeus Mozart, qu'elle a interprétée avec une énergie et une expressivité remarquables.

Un changement d'atmosphère radical a ensuite été proposé avec les Sechs kleine Stücke d'Arnold Schoenberg : de petites pièces empreintes d'un lyrisme suspendu.

Lucilin dans la ville : Mathémusiques

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United Instruments of Lucilin pousse son engagement en faveur de la musique contemporaine de différentes manières : Mathémusiques allie exploration conceptuelle et performance (il n’y a pas que la musique) et fait partie du cycle de concerts (Lucilin in the City) que l’ensemble met sur pied dans différents lieux de la ville (une façon de sortir du cadre institutionnel de la Philharmonie et de titiller des publics potentiellement différents) – dans le quartier historique de la Ville Haute, le Cercle Cité accueille plus souvent congrès et expositions qu’expérimentations sonores, en particulier lorsque le Master of Ceremony a le look, hollandais et contre-culturel, en vogue à la place du Dam au début des années 1970 (j’en ai encore des souvenirs, disons, agités).

Sur la petite scène face aux gradins, les musiciens, revêtus du cache-poussière blanc des laborantins, écoutent, avec autant d’attention que le public, l’argumentaire (débroussaillé et véhément) de Samuel Vriezen, revêtu du cache-poussière blanc du professeur allumé (il est écrivain, pianiste, poète et compositeur) : Tom Johnson (il apprend de Morton Feldman ou de John Cage tout autant que des mathématiciens modernes et des philosophes antiques) s’intéresse au matériau musical de base (c’est un minimaliste, option formaliste – ses articles dans The Village Voice font découvrir  Steve Reich ou Philip Glass), avec logique, humour (parfois aussi métacommunication, comme dans The Four Note Opera, où les chanteurs explicitent à haute voix certaines réflexions intérieures, telles « le ténor n'a presque rien à dire » ou « je dois me concentrer ») et algèbre ; dès Nine Bells, en 1979 (soit peu avant son installation à Paris), le compositeur américain met en place des procédés mathématiques, plus exactement des structures raisonnées et logiques, sur lesquelles il s’appuie pour créer.

Jaehong Park à Menton

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L’Association des Amis du Festival de Musique de Menton œuvre activement au rayonnement du festival et à la diffusion de la musique, en organisant tout au long de l’année des événements favorisant les rencontres entre artistes et mélomanes. Elle a récemment invité le pianiste coréen Jaehong Park dans le cadre somptueux de l’église anglicane Saint John à Menton, où un magnifique piano Bösendorfer trônait sous l’autel.

Jaehong Park s’impose aujourd’hui comme l’une des figures les plus marquantes de sa génération. Lauréat du prestigieux Concours de piano Ferruccio Busoni 2021, il mène une carrière internationale en plein essor. Il enregistre actuellement les 24 Préludes de Sergueï Rachmaninov, programme qu’il proposait lors de ce récital mentonnais.

Il ouvre la soirée avec le célèbre Prélude en do dièse mineur, suivi des 10 Préludes op. 23, offrant d’emblée une plongée intense dans l’univers de Rachmaninov. Son jeu séduit par une fluidité et une pureté remarquables, trouvant un équilibre subtil entre une puissance incisive — écueil fréquent dans ce répertoire — et toute tentation de pathos excessif. Les lignes mélodiques se déploient avec limpidité, le contrepoint reste lisible, les tempi sont judicieusement choisis et les nuances parfaitement maîtrisées, même dans les textures les plus denses. Sa grande stature et l’ampleur de sa main, évoquant celle de Sergueï Rachmaninov lui-même, semblent ici servir pleinement une approche où la puissance sonore ne sacrifie jamais la clarté du discours.

Siegfried d’anthologie avec Yannick Nézet-Séguin au TCE

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À l’image du héros, un torrent de jeunesse, de force brute et de poésie déferle sous les fresques allégoriques du peintre Maurice Denis au Théâtre des Champs-Élysées. On comprend pourquoi tant de mises en scène du Ring laissent insatisfait ou perplexe, confirmant le reproche lancé par Giacomo Meyerbeer au Dr Véron, directeur de l’Opéra : « Vous cherchez un succès de décoration. Vous ne faites pas confiance à ma musique ! ». Dans le cas de Richard Wagner, cette exigence est d’autant plus impérieuse que la dimension visuelle du Ring est conçue comme partie organique du drame. Toute figuration exogène, tel un corps étranger, suscite d’abord discordance, puis rejet.

L’approche choisie ici se situe aux antipodes : elle soutient le récit, l’incarne par de sobres mouvements, des échanges de regards, des postures qui en renforcent l’impact. Les costumes demeurent discrètement allusifs : Wotan en manteau sombre de Wanderer, Brünnhilde sanglée dans un fourreau scintillant comme une armure, ou encore le Waldvogel, emplumé de rouge vif. L’action orchestrale et vocale sollicite et décuple ainsi librement l’imagination.

La cohésion — où aucun détail instrumental (superbes solos de tubas, cors, clarinettes, altos, et il faudrait citer tous les pupitres) n’est escamoté, aucun leitmotiv négligé, les contrastes tour à tour martelés ou délicatement estompés — participe d’une vision claire, nette et rayonnante. La pureté héroïque et naïve du protagoniste semble porter l’énergie collective à incandescence, ou plutôt celle des héros — au pluriel — car il s’agit en réalité d’une expérience collective. Manifestement, le public comme l’Orchestre philharmonique de Rotterdam jubilent à l’idée de retrouver un chef, Yannick Nézet-Séguin, qui les a portés à leur meilleur niveau. L’ovation finale témoignera avec ferveur de l’admiration collective.

Le chef canadien paraît lui-même particulièrement détendu, heureux et concentré. Ne réalise-t-il pas le vœu de Hector Berlioz : « jouer » de l’orchestre comme d’un instrument en soi ? La fusion entre le chant et l’orchestre fait également ressortir l’un des apports de Wagner, souvent sous-estimé : l’absorption de l’aria par le récitatif et son expansion continue sous forme de dialogues ou d’introspection.

De même, le jeu complexe des plans temporels et spatiaux, avec leurs réminiscences et leurs pressentiments, jusqu’à l’accès final à l’immanence du présent, devient clairement perceptible. Traités avec la même exigence de vérité, les épisodes de la Forge, du cor et de l’oiseau charment par la justesse du ton et la fraîcheur de l’inspiration.

La belle échappée belge de l'Atelier Lyrique de Tourcoing

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L'équipe de l'Atelier Lyrique, jamais à court de bonnes idées ni de nouveaux lieux de rencontre, avait décidé ce jeudi d'avril de faire étape à Mouscron. Cette ville frontalière de 60 000 habitants, dont les origines remontent à l'an mil, a définitivement opté pour son appartenance belge en 1963, après avoir été tantôt française, tantôt belge. C'est dire si Français et Belges s'y côtoient et y commercent quotidiennement. Le rendez-vous était donné sur le coup de 20h en l'église Saint-Barthélemy, sise sur la Grand-Place, aujourd'hui piétonne et jalonnée de quelques belles terrasses de bistrots fort bienvenues, offrant l'occasion aux mélomanes arrivés tôt de déguster une bonne bière au soleil.

Une façon fort agréable, ma foi, de se préparer à découvrir la « Gran Partita » de Mozart, interprétée par l'ensemble anversois Terra Nova Collective. Œuvre très singulière du répertoire mozartien, la Gran Partita est une symphonie en sept parties pour treize instruments à vent et une contrebasse.

Composée peut-être en 1781 et créée, nous dit-on, le 23 mars 1784 au Burgtheater à Vienne, cette sérénade N°10 est l'une des plus longues (46 minutes) composées par Mozart, alors au sommet de son art. Elle est aussi, comme bien d'autres œuvres du génial compositeur viennois, fortement imprégnée de l'influence culturelle des Lumières. Toutes choses que n'a pas manqué de rappeler Vlad Weverbergh, clarinettiste, chef d'orchestre et directeur artistique de Terra Nova Collective. En préambule au concert, Vlad Weverbergh s'est également employé avec simplicité et humour à partager avec le public très nombreux sa passion pour sa ville d'Anvers, son riche patrimoine artistique et musical, à l'instar du compositeur Amand Vanderhagen dont les « pièces d'harmonie » figuraient également au programme.

Le Festival Images Sonores s’élargit

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Le festival du Centre Henri Pousseur ouvre les frontières (à l’heure où d’autres taxent et retaxent pour refermer les leurs), avec des master classes animées, pour les étudiants du Conservatoire Royal de Liège, par trois solistes et pédagogues de l’Ensemble Intercontemporain (Paris) et un spectacle familial au titre, Babils du Nil, à l’allitération enfantine, coproduit avec United Instruments of Lucilin (Luxembourg) – collaborations qui colorent les concerts entourant ces événements.

Ouverture sous terre

J’arrive au Mom samedi (cette salle atypique et souterraine au bar sympathique), après un détour imprimé par Livre aux Trésors (une librairie subjective) et l’achat de L’horloger aveugle, un texte de Richard Dawkins, scientifique et passionné, qui œuvre à persuader de la validité de la théorie darwinienne (à l’heure où d’autres – souvent les mêmes – malaxent autisme, vaccins et absence de discernement dans une même mixture obscurantiste) – dont j’entame les premières pages au centre de Liège, devant un jus d’orange frais et une part de tarte flan et chocolat – faite pour pourfendre la foi. La soirée d’ouverture se décline en avant et après entracte et je retrouve avec plaisir deux des pièces compilées sur le disque Polaroïds de l’Ensemble Hopper, (Dé)fragmentation 2.0 de Gilles Doneux – une musique tendue, déroutante, aux effets électroniques incisifs (il est aussi réalisateur en informatique musicale) et à la clarinette poussant jusqu’à la saturation (Rudy Mathey) – et Khorram ân ruz de Jean-Luc Fafchamps, qui pose une atmosphère étrange, embrumée, scandée par le double coup de peau résonnant et dont émerge la voix de la soprano Donatienne Michel-Dansac : c’est un thriller en sons avec ascension dramatique, forces sombres, climax, étourdissement vertigineux et retour à une réalité engourdie. Y fait écho Mokṣa – going back home, une création de Laura Résimont : le premier parle d’attente et de retour, la seconde donne la parole à Krishna, à propos de libération, de dévotion, du retour au monde spirituel – un thème éthéré cher à la jeune compositrice et sonothérapeute dont la musique, contrôlée et dense, reflète un engagement plein.

María Dueñas et Alexander Malofeev : et le violon retrouva son âme !

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Je suis heureux d’avoir entendu cette prodigieuse artiste pour la première fois en direct dans un répertoire de musique de chambre, en compagnie d’un pianiste aussi créatif, attentif et admirateur de sa partenaire. L’on peut ainsi s’éloigner d’un certain « formatage » que la performance du soliste dans un concerto avec orchestre pourrait entraîner. Ce dialogue créatif avec un partenaire stimulant amène les artistes à un dépassement de soi, car ils savent que leur partenaire va surenchérir et apporter sans cesse de nouvelles idées interprétatives.

Puisque le degré de beauté sonore et émotionnelle que la jeune Espagnole est capable d’atteindre plonge l’auditeur dans un état de transe absolu, l’on ne sait plus si cette succession de phrases sublimes, de sonorités splendides ou de virtuosité invraisemblable relève du domaine du réel ou de celui du rêve. J’avoue avoir fermé les yeux à maintes reprises et avoir atteint une extase musicale idéale, inatteignable pour le commun des mortels : la perfection du trait et la profondeur expressive sortent totalement du vécu habituel, même chez les plus grands interprètes.

Ensuite, l’on rouvre les yeux et l’on est surpris de dévisager cette toute jeune femme, gracieuse et frêle, maniant son archet avec une aisance ahurissante, comme si le violon n’était que l’extension du corps d’une danseuse. Et cette invraisemblable main gauche, à la précision chthonienne, qui trouve ses notes avec une facilité déconcertante ! Tout cela semble chimérique ; l’on se dit, inconsciemment, qu’il y a dans un jeu dont l’excellence dépasse l’entendement quelque chose du pacte du Doktor Faustus avec le diable, de cet envoûtement satanique dont parlaient les contemporains de Paganini.

Le Grand Duo en la majeur de Schubert a la réputation d’être une pièce ingrate à jouer pour les violonistes : Dueñas y déploie ses ailes dans des phrasés d’une inspiration divine, répondant aux suggestions de myriades de couleurs provenant du pianiste avec une clarté et une retenue qui poussent l’auditeur à une écoute de plus en plus attentive, presque exacerbée. La succession de pianissimi, ponctuée de quelques accents et de forte soudains, oblige à une attention particulière, récompensée par un plaisir esthétique sans borne.

Les lauréats des prix ICMA Lifetime et Discovery Award : une collaboration exemplaire

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Dimache dernier, Can Saraç, lauréat du prix ICMA Discovery Award 2025, a partagé la scène avec l'Orchestre de chambre danois, sous la direction du maestro Adam Fischer, récipiendaire du prix ICMA Lifetime Achievement Award. Cette rencontre, rapportée par Frauke Adrians, membre du conseil d'administration des ICMA, a mis en lumière la synergie remarquable entre un jeune talent prometteur et une figure emblématique de la direction d'orchestre.

Une coïncidence riche de sens

Le concert, qui s'est déroulé le 12 avril, a présenté un programme ambitieux : la Musique pour cordes, percussions et célesta et le Concerto pour piano n° 3 de Béla Bartók, ainsi que la Cinquième Symphonie de Beethoven. John Frandsen, directeur général du Danmarks Underholdningsorkester, a souligné la coïncidence inattendue de ce programme avec les élections parlementaires hongroises, ajoutant une dimension symbolique à la performance de Fischer, chef hongrois reconnu pour son engagement.

Can Saraç : une étoile montante

À seulement 17 ans, Can Saraç, pianiste turc né en 2007, a fait ses débuts danois avec une assurance et une maturité impressionnantes. Sa maîtrise du Concerto pour piano n° 3 de Bartók a été saluée pour sa clarté, sa détermination et son absence de sentimentalité excessive. Il a su dialoguer avec les bois dans l'Adagio et a captivé le public par son interprétation des rythmes jazzy de l'Allegro vivace. Cette performance a démontré non seulement son talent exceptionnel, mais aussi sa capacité à s'intégrer parfaitement à l'orchestre, trouvant en Adam Fischer et l'Orchestre de chambre danois des partenaires de premier ordre.