Variations faustiennes
Grâce à la reprise du Petit Faust d’Hervé, je me suis replongé dans les adaptations musicales de ce qu’il est convenu d’appeler le mythe de Faust. Le Docteur Faust (ou Faustus) a bien existé. Il doit tout à Goethe qui, à son tour, doit beaucoup à une myriade de compositeurs, à commencer par Gounod, le plus joué, le plus célèbre. Mais Gounod n’était pas le premier : Schumann, Wagner, Berlioz et Liszt avaient traité du même sujet avant lui, chacun à sa manière.
À l’origine, le Faust de Gounod est un opéra-comique (avec dialogues). Succès immédiat. L’œuvre est jouée partout, traduite dans plusieurs langues, et l’on voit fleurir aussitôt quantité de fantaisies et paraphrases qui font la joie des salons parisiens et le bonheur des virtuoses en tournée. Alard, Sarasate et Wieniawski pour le violon, Albert Zabel pour la harpe et Liszt pour le piano, pour ne citer qu’eux. Tous reprennent les thèmes favoris de Gounod, les tordent et les pressurent jusqu’à leur ultime quadruple croche. Succès garanti.
D’autres ont cherché à prolonger l’action des librettistes de Gounod, Jules Barbier et Michel Carré. Au début des années 1920, Albert Carré, neveu du précédent, imagine une suite à l’histoire de Faust et Marguerite. Celui qui avait été à la tête de l’Opéra-Comique lors de la création de Pelléas et Mélisande, offre au compositeur Claude Terrasse le livret d’une fantaisie lyrique. Quinze ans après, Faust et Marguerite sont mariés, un couple usé, mais elle est toujours fringante. Méphisto, déchu par Satan pour avoir échoué à posséder l’âme de Marguerite, cherche à se racheter en la poussant dans les bras d’un Siebel devenu adulte. Mais, avec l’âge, la mémoire de Méphisto n’est plus très sûre et ses formules sataniques se sont émoussées. Le tout sur un cocktail très subtil de thèmes de Gounod. Un régal.