Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Compositrices du XIXe siècle : Pauline Viardot

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Après Maria Malibran, la série consacrée aux compositrices du XIXe siècle se poursuit avec un portrait de Pauline Viardot.

Michelle Ferdinande Pauline García, connue sous le nom de Pauline Viardot (Paris 18 juillet 1821 – Paris 18 mai 1910)

Bien après sa naissance, son professeur de piano, Franz Liszt, écrit : Elle naquit dans une famille où le génie semblait héréditaire . Pour que le génie fasse éclore ses talents, il doit être cultivé sur un terreau fertile et c’est le cas de Pauline Viardot-García. 

Elle est bien entourée pour sa première apparition publique, son baptême, lorsqu’elle a 6 semaines. Comme parrain, ses parents ont choisi le compositeur italien Ferdinando Paër, directeur du Théâtre-Italien de Paris et de la musique du roi et, comme marraine, la Princesse Praskovia Galitzina (ou Golitsyna), une aristocrate d’origine russe, figure majeure de la haute société parisienne, qui tient salon et encourage les artistes. Pauline, comme on l’appelle désormais, baigne déjà dans un monde cosmopolite.

Quand elle naît, son frère Manuel a 16 ans et sa sœur Maria 13. « Paulita » amuse la famille avec ses mots d’enfants, sa douceur et son caractère facile. Pour son père, elle est un petit miracle et il la traite avec bien plus de tendresse et de délicatesse que les deux aînés. Elle est de tous les déplacements et spectatrice des prouesses des membres de la famille. Toute petite, elle assiste aux débuts de sa sœur, d’abord en cercle fermé à Paris, puis sur scène, à Londres. 

A 4 ans, elle est témoin du premier opéra chanté en italien à New York, sur la plus grande scène du continent, le Park Theatre. Il s’agit de Il barbiere di Siviglia, ossia L’inutile precauzione de Gioachino Rossini avec, dans le rôle du comte Almaviva écrit pour lui, son père (le ténor Manuel García) et dans celui du barbier Figaro, son frère Manuel. Sa mère joue le rôle de Berta, une vieille gouvernante, et Maria, sa sœur de 17 ans, celui de Rosine, une jeune et riche élève. Les autres membres de la troupe sont des Italiens. Les opéras de l’époque se terminant très souvent par la mort violente d’un héros, la petite ne peut s’empêcher de pousser des cris de terreur. Toutes les représentations auxquelles j’ai assisté dans ma prime enfance se sont terminées de la même façon dramatique pour moi, écrit-elle.

À Genève, une triomphale Marianne Crebassa 

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Durant cette saison, le Grand-Théâtre de Genève propose six récitals de chant avec piano. C’est pourquoi, ce dimanche 19 janvier, l’on y a applaudi Marianne Crebassa accompagnée du pianiste-compositeur Fazil Say dans un programme de musique française qui reprend partiellement le contenu de leur dernier enregistrement intitulé ‘Secrets’. 

Dans une longue robe rouge vif, la jeune mezzo affiche ce sourire vainqueur et cette bonhommie sympathique qui caractérisaient son Fantasio à l’Opéra-Comique ou sa Cenerentola à la Scala de Milan, tandis que Fazil Say s’impose comme un alchimiste des sons nimbant de teintes vaporeuses le Debussy peu connu des Trois Mélodies de 1891 sur des poèmes de Paul Verlaine : dès les premières mesures de « La mer est plus belle », elle se veut une diseuse soignant son élocution, corsant graduellement les demi-teintes pour s’élancer vers les extrémités de registre et laisser en points de suspension l’onde roulée de cloches déferlant sur « L’échelonnement des haies ». Dans une gestique ô combien maniérée, le pianiste propose ensuite les Trois Gnossiennes d’Erik Satie, comme s’il était en train de les improviser avec un toucher d’une rare finesse qui irise ensuite deux des Préludes du premier Livre de Claude Debussy, une Cathédrale engloutie se profilant dans une brume doucement sonore (comme requis par la partition) avant de faire résonner le grand orgue puis un Minstrels dégingandé par ses rythmes surprenants. Et la première partie s’achève avec deux pages majeures de Maurice Ravel : Shéhérazade, le triptyque de 1903 sur des poèmes de Tristan Klingsor, permet une fois encore à la chanteuse de faire valoir son art de la narration qu’elle sait rendre palpitante en profitant de la largeur des tempi pour susciter de véhéments contrastes de coloris, quitte à rendre l’aigu strident ; et c’est par de judicieux appuis sur les temps faibles que la Vocalise-étude en forme de habanera acquiert son déhanchement suggestif.

À Berlin, le Bruckner sans égal d'Herbert Blomstedt

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Associé au pianiste norvégien Leif Ove Andsnes, Herbert Blomstedt dirigeait, ce 16 janvier, l’Orchestre Philarmonique de Berlin dans le 22e Concerto pour piano de Mozart et la 4e Symphonie d’Anton Bruckner. 

Avec ses 92 printemps, Herbert Blomstedt, aujourd’hui doyen de la direction d’orchestre, donnait ce soir-là son cinquantième concert à la tête des Berliner Philharmoniker, couronnant ainsi une collaboration entamée il y a 44 ans. Émotion et admiration se mêlent devant cette haute stature venant prendre place devant l’orchestre d’un pas juvénile et s’apprêtant à diriger debout et sans partition.  Au piano, Leif Ove Andsnes venait poser un nouveau jalon de son itinéraire mozartien, le Mozart Momentum/1785-1786, projet qui amènera le pianiste norvégien à interpréter et enregistrer les œuvres phares de ces deux années particulièrement fécondes. 

Dylan Corlay et l'Intercontemporain

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Dijon retrouve avec bonheur l’Ensemble Intercontemporain, venu l’an passé au Consortium. Mais cette fois, c’est à l’Auditorium, en grande formation, et dirigé par Dylan Corlay dont on découvre les extraordinaires talents à cette occasion.

Le Concerto de chambre, pour 13 instrumentistes, écrit par Ligeti en 1969-70, fait maintenant figure de classique. Sa séduction est cependant intacte. Si les spécialistes y voient un jeu sur les intervalles, sur les timbres agrégés, sur les imbrications rythmiques, le néophyte se laisse prendre par la douceur de ces sons fondus, en un brouillard parfois suspendu, ponctué. Ainsi l’accord émis par l’orgue se poursuit-il à l’orchestre avec d’extraordinaires mixtures. Un régal. La fluidité, la poésie du « calmo », troublées par la stridence des bois après un accord puissant du piano, se retrouvent enfin. Les accents, les attaques de mètres irréguliers, imprévisibles, provoquent toujours le même effet (movimento preciso e mecanico). La plus large palette dynamique est sollicitée avec des coulées rompues par des incises violentes. Le presto virtuose, les gazouillements du piano et des bois, puis un passage fébrile qui s’épuise témoignent de l’art de Ligeti, mais aussi de l’excellence de la formation et de son chef. Dans la lignée de Ligeti, l’Islandaise Anna Thorvalsdottir nous propose Hrim (2009-2010), séduisante pièce aux couleurs singulières. Trémolos des cordes, touches discrètes des vents, déchirures pour aboutir à une sorte de grand choral, serein. Puis un unisson dont chacun s’écarte avec discrétion pour un épanchement lyrique, rompu par des arrachements de plus en plus violents, avant de retrouver le caractère initial où les cordes amorcent une mélodie touchante. Le charme est bien là.

Marie-Nicole Lemieux, Wagner sur le rocher

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Marie-Nicole Lemieux est cette année l' "Artiste en résidence" de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Pour le concert d'ouverture de la saison au mois de septembre dernier, elle nous avait séduit dans les Sea Pictures d'Edward Elgar.
Pour le premier concert de 2020, Marie-Nicole Lemieux revient avec les Wesendonck Lieder de Richard Wagner. Superbement entourée, la contralto canadienne a enchanté le public par la rondeur et le moelleux de sa voix de soliste répondant aux splendeurs orchestrales sous la baguette du Maestro Eliahu Inbal.

L’éternelle jeunesse du Fine Arts Quartet

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Les jeunes quatuors en quête de notoriété abordent Beethoven avec les Razumovsky, Bartok et Chostakovitch avec leurs derniers chefs-d’oeuvre. A l’inverse, le Fine Arts Quartet, l’un des très grands du 20e siècle encore en activité, nous propose ce soir trois œuvres de jeunesse, que l’on entend rarement au concert. Une grande tournée internationale l’a conduit à Dijon, où il n’était pas réapparu depuis 2011 (fabuleux concert avec Menahem Pressler). Comment, du reste, ne pas faire le parallèle entre le regretté Beaux Arts Trio de ce dernier et notre quatuor ? La ressemblance ne s’arrête pas aux titres. Les deux formations ont en partage la longévité -nées aux Etats-Unis après la seconde guerre mondiale- l’abondance des concerts et des enregistrements, le répertoire illustré, et, surtout, l’appartenance au panthéon des interprètes.

En première partie, le programme associe deux œuvres insouciantes, heureuses, d’une jeunesse manifeste. Beethoven tout d’abord avec le Quatuor en sol majeur opus 18 n°2 écrit au tournant du siècle, œuvre souriante sur laquelle plane l’ombre de Haydn. Entre le style galant, aux traits cocasses, et quelques rares rêveries ou effusions romantiques, c’est un Beethoven encore mal dégrossi. La perfection souveraine du Fine Arts Quartet, tout en ne sacrifiant jamais l’énergie juvénile, la fraîcheur, gomme les aspects un peu frustes, lourdauds du jeune Beethoven pour une élégance aristocratique. Le premier mouvement, vigoureux, tonique, l’adagio cantabile et son allegro surprenant, si magistralement joués soient-il, paraissent toujours un tantinet prétentieux et artificiels. Heureusement, le scherzo virevoltant, savoureux, nous réconcilie avec ce jeune Beethoven. Quant au finale, où s’affirme davantage la vraie nature du compositeur, son bonheur simple relève de l’évidence. La traduction qu’en donnent les musiciens du quatuor est d’une qualité exceptionnelle, avec un art de ménager les attentes, de suspendre le discours pour renouveler les expressions et structurer l’architecture.

Nouvel an à l'OSR

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Au cours de chaque saison, les Amis de l’Orchestre de la Suisse Romande organisent deux soirées symphoniques, dont un Concert de l’An ; l’aide financière de la Fondation Francis & Marie-France Minkoff leur permet d’inviter ainsi un chef et un soliste de renom. C’est pourquoi, le 15 janvier, l’on a fait appel à Ludovic Morlot, chef émérite de l’Orchestre Symphonique de Seattle, et à Renaud Capuçon qu’il n’est plus nécessaire de présenter.

La première partie du programme est consacrée à Antonin  Dvořák  et débute par une oeuvre peu connue, la Suite en la majeur op.98 dite ‘Américaine’, conçue pour piano en 1894 et orchestrée l’année suivante avec le numéro d’opus 98b. Du Moderato initial se dégage une tendresse nostalgique qui assouplit les fins de phrases mais qui se perd dans l’entrelacs des variations, brouillonnes dans leur enchaînement, ce que tente de corriger le Vivace subséquent par l’articulation de ses tutti. Grâce à l’intervention des bois, l’Allegretto paraît sautillant, tandis que les cordes enveloppent la berceuse de demi-teintes qui se corsent  d’élans exubérants pour une gavotte qui se veut pompeuse. Mais que cette page semble terne et peu inspirée par rapport aux deux premières Danses slaves de l’opus 72, élaborées en 1886, cultivant les contrastes afin de laisser affleurer la veine lyrique ; et les deux dernières de l’opus 46, datant de 1878, jouent de nonchalance déhanchée pour parvenir à un furiant enlevé avec panache. 

Compositrices du XIXe siècle : Maria Malibran

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Comme souvent dans l’histoire, le rôle du père dans l’éducation musicale des filles est prépondérant. A ce titre, Manuel Garcia est extraordinaire : il a propulsé ses enfants dans le monde de la musique. Deux de ses filles sont devenues des « vedettes », des « stars internationales », comme on dirait maintenant. L’aînée est connue sous le nom de Maria Malibran ou même « La Malibran » et la plus jeune, sous celui de Pauline Viardot. Quels destins hors normes elles ont vécus !

La famille

Le père, Manuel del Pópulo Vicente Rodriguez García (Séville 1775 - Paris 1832). ,

Dès l’âge de six ans, le jeune Espagnol Manuel Garcia débute sa formation musicale à la cathédrale de Séville. Il y est enfant de chœur. Très vite, il développe ses dons. Dès l’âge de 17 ans, il est connu comme chanteur (ténor), compositeur, chef d’orchestre. C’est une personnalité très originale, un travailleur acharné, doué d’une voix superbe et d’une intelligence dramatique de premier ordre qui deviendra l’un des premiers chanteurs de son temps. Il magnifie l’opéra italien. C’est pour lui que Rossini écrit le rôle d’Almaviva de son Barbier de Séville. De plus, Il révéla à l’Europe étonnée, le véritable caractère du Don Juan de Mozart 2. Il ambitionne une renommée internationale et, fin 1806, il arrive à Paris, considéré comme le « Firmament musical » ou « La Mecque » par les musiciens de cette époque. Son épouse, Joaquina Sitchez, et son fils de deux ans, prénommé Manuel lui aussi, l’accompagnent, ainsi que Josepha présentée comme sa nièce, qui deviendra chanteuse professionnelle sous le nom de Giuseppina García Ruiz. Certains pensent qu’elle est une fille de son premier mariage avec la chanteuse Manuela Morales. C’est à Paris que naissent Maria et Pauline. Début 1808, il se fait engager au Théâtre-Italien où il se fait remarquer tant par son talent que par sa verve indomptable. J’aime la fureur indomptable de cet homme ; elle anime tout . On lui doit de nombreux opéras et opérettes en espagnol, italien ou français. Il est un maître de chant très qualifié, exigeant, impatient, violent de tempérament, d’une énergie prodigieuse qui forme, entre autres, ses enfants. Il emmène sa troupe en Italie, en Angleterre puis aux Etats-Unis et au Mexique, car il souhaite faire découvrir l’opéra italien aux Américains et aux Mexicains. Il décède à Paris à l’âge de 57 ans. Manuel García donne naissance à une fameuse dynastie d’artistes encore représentée de nos jours. Le perfectionnisme dynamique de Manuel García laisse sa marque sur trois continents et son héritage est propagé à travers le XXe siècle par ses enfants .

La mère, Maria Joaquina Sitchès, dite Briones (Espagne 1780 – Paris 1864), une actrice et soprano espagnole très douée, est aussi engagée au Théâtre-Italien. Elle est la seconde épouse de Manuel Garcia. C’est une personne douce, bienveillante, toujours encourageante et énergique. Après la mort de son mari, elle enseigne le chant à sa fille cadette, Pauline.

« Le serpent a sonates », nouvelle série de concert au Centre de Musique de Chambre de Paris

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Inauguré en novembre 2015 par le violoncelliste Jérôme Pernoo, le Centre de Musique de Chambre de Paris aborde ses concerts sous des formes nouvelles, libérées de tous les carcans et cérémonials de la musique classique. Il crée des spectacles musicaux où une troupe d’interprètes, dont la plupart sont des étudiants et des jeunes diplômés du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, jouent tous les morceaux du grand répertoire par cœur, avec des mouvements et des déplacements minutieusement réglés selon le scénario et la mise en espace de Jérôme Pernoo. Le spectacle est conçu pour mettre en valeur le compositeur et les contextes historiques et artistiques des œuvres choisies. En résidence à la Salle Cortot attachée à l’Ecole Normale de Musique de Paris, idéale pour la musique de chambre, ils présentent le même programme neuf fois, les jeudis, vendredis et samedis à 21h pendant trois semaines. Il est précédé par le « single » à 19h30, un concert où une jeune formation de chambre (trio, quatuor…) joue une seule œuvre d’une durée de 30 à 45 minutes. Entre ces deux concert, « Freshly composed » permet à des jeunes compositeurs de présenter en 10 minutes leurs dernieres œuvres qu’ils interprètent eux-mêmes. Afin de préparer les représentations, les musiciens suivent des répétitions en immersion, presque en stage intensif, pour s’imprégner de la musique. Cela tisse un lien étroit entre eux, crée une unité, ce qui transparaît en toute évidence dans leur interprétation qui atteint toujours un niveau de perfection étonnant. Autre grand succès du CMCP, c’est « Bach and Breakfast » : les spectateurs sont accueillis, un dimanche matin, par un café, un croissant et une partition, en l’occurrence une cantate de Bach ; après une répétition avec un chef de chœur, ils chantent lors d'un concert qui suivra.

Melancholia, par les Dissonances

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Proposé à Dijon avant la Philharmonie de Paris, Caen, puis Le Havre, le concert est intitulé « Melancholia », sans que l’on en comprenne bien le sens. Référence à Dürer, à Lars von Trier, dont le film peignait la résignation dans l’attente de la fin du monde ? La question demeure sans réponse, comme l’œuvre de Charles Ives… Etat de tristesse accompagnée de vagues rêveries ? Certainement pas.

En effet sont couplées deux œuvres dont le rapprochement est pour le moins inattendu. C’est une gageure que Rendering, restitution d’ébauches laissées par Schubert, en forme de 10e symphonie, organisée en trois mouvements, complétée et instrumentée par Luciano Berio. L'ensemble associe aux fragments originaux une trame où notre compositeur laisse vagabonder son imaginaire. « Tout en travaillant sur les esquisses de Schubert, je me suis proposé d’appliquer les critères modernes de restauration, qui s’efforcent de « rallumer » les couleurs d’époque, sans pour autant cacher les atteintes du temps et les vides inévitables dont souffre l’œuvre, comme c’est le cas de Giotto à Assise. »  L’œuvre fut commandée et créée par le Concertgebouw d’Amsterdam. Plus qu’une curiosité, l’exercice est à la fois gratifiant, essentiellement dans les passages où Schubert n’est plus que prétexte, et frustrant pour qui viendrait y découvrir un semi-pastiche. On glisse ainsi de séquences authentiquement schubertiennes à des incises où la thématique donne lieu à un traitement original de déconstruction-reconstruction. C’est savoureux dès le premier allegro. L’andante, avec le célesta, commence de façon incertaine avant que Schubert se dévoile, prenant parfois les couleurs prémonitoires de Mahler ou la légèreté aérienne de Mendelssohn, avec des soli admirables. Le traitement des bois nous ravit. L’allegro final surprend par son écriture recherchée, sa polyphonie plus riche que celle que nous connaissons de Schubert avec, toujours, cette alternance de passages « originaux » et la fantaisie des séquences de Berio. Manifestement, les musiciens s’amusent comme ils le feraient dans une parodie de Gerard Hoffnung. L’émotion reste superficielle, formelle. Schubert ne sort pas grandi de cette aventure, malgré les qualités rares des interprètes.