Des archives symphoniques de la BBC pour l’Anglais Robert Simpson 

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Robert Simpson (1921-1997) : Symphonies n° 5 et n° 6. London Symphony Orchestra, direction : Andrew Davis ; London Philharmonic Orchestra, direction : Sir Charles Groves. 1973, 1980. Notice en anglais. 72.05. Lyrita SRCD.389.

Né dans la cité thermale de Leamington, Robert Simpson se destine d’abord à la médecine, avant de se décider pour la musique et de prendre des cours de composition à Londres auprès de Herbert Howells et d’obtenir aussi un diplôme de philosophie à l’Université de Durham. Engagé à la BBC comme producteur dès 1951, il va y faire une carrière de trente années. Son catalogue comprend de la musique pour orchestre, dont des concertos pour piano (dédié à John Ogdon), violon, flûte ou violoncelle (destiné à Raphaël Wallfisch), de la musique de chambre, dont quinze quatuors, et des pièces pour piano. Simpson est l’auteur d’essais consacrés à Carl Nielsen et à Anton Bruckner, et a réalisé des éditions des symphonies du dernier nommé et de Beethoven. Composées entre 1951 et 1990, ses onze symphonies ont fait l’objet d’une intégrale chez Hypérion dans un coffret paru en 2006, dans lequel trois orchestres, le City of London Sinfonia, le Bournemouth Symphony Orchestra et le Royal Philharmonic Orchestra étaient placés sous la baguette de Vernon Handley et de Matthew Taylor, proche de Simpson et dédicataire de la onzième symphonie. Le présent CD propose des archives de la BBC, à savoir les premières exécutions en public de la Symphonie n° 5 en 1973 et de la Sixième en 1980. Il s’agit d’un hommage du label Lyrita à l’occasion des cent ans de la naissance du compositeur.

La Symphonie n° 5 de 1972 répond à une commande du London Symphony Orchestra. La création, objet du présent CD, a lieu le 3 mai 1973 au Royal Festival Hall de Londres et est accueillie avec enthousiasme. La notice de Jürgen Schaarwächter raconte un événement qui s’est produit pendant l’écriture de cette partition. A l’occasion d’une visite à Havergal Brian (1876-1972), le couple Simpson accompagne son ami compositeur et son épouse au restaurant. Simpson y est pris d’un malaise, s’effondre et est conduit dans un hôpital. Victime d’une hémorragie sous-arachnoïdienne, il subit une longue hospitalisation, qui sera suivie d’une période d’importants troubles de santé. Frappé par la maladie, Simpson, qui n’a pas encore achevé cette cinquième symphonie, n’est pas capable de communiquer pendant plusieurs semaines, mais entend tout ce qu’il se passe autour de lui. Il dira plus tard qu’il a alors pris conscience du fait qu’il lui restait beaucoup de musique à écrire dans son existence. A quel point cette épreuve, une fois surmontée, a-t-elle influencé la mise au point définitive de sa partition, traversée par de violentes déflagrations orchestrales et des plages de sérénité ? 

L’œuvre, en un mouvement découpé en sections, s’ouvre dans un climat mystérieux, avec des éclats feutrés de timbales, avant un premier climax dévastateur de très haute intensité. D’autres épisodes vont alterner dans un Allegro initial mouvementé. Simpson est un postromantique à la rhétorique proche de Carl Nielsen, dont il a subi une profonde influence. Il a le sens du rythme et de l’impact produit par une énergie qui se traduit par des fortissimos impressionnants. Après cette démonstration de force, un Canon plus serein fait émerger une flûte aux accents mystérieux avec des variations des clarinettes et des cordes. Un court Scherzo, bondissant et joyeux, précède un deuxième Canon entamé lentement par les cordes avant un épisode crescendo-decrescendo aux timbales. Le mouvement final, Molto allegro e con fuoco, fait appel à une puissance orchestrale souvent désordonnée, aux effets ravageurs, qui clôture cette partition dans un climat d’orgie sonore. Malgré les aléas du direct (des toux sont audibles à plusieurs reprises), Andrew Davis (°1944), qui est alors un jeune chef d’orchestre de moins de trente ans, insuffle aux forces du London Symphony la fougue nécessaire pour souligner les aspects fastueux de cette partition, qui se révèle passionnante à l’audition. 

Autre commande, cette fois du London Philharmonic Orchestra, la Symphonie n° 6 de 1977 a été inspirée quant au contenu par son dédicataire, un gynécologue réputé, Ian Craft (1937-2019), pionnier du traitement de la stérilité. La notice évoque les détails rédigés par le compositeur pour la première exécution publique, le 8 avril 1980 : Simpson, admirateur de Craft, a voulu retracer, dans cette œuvre en deux parties, l’évolution d’un embryon dès sa fertilisation. Il se défend d’avoir écrit une musique descriptive, tout en précisant que les différents stades de la grossesse sont évoqués, contractions comprises, jusqu’à la naissance. Après celle-ci, marquée par une explosion orchestrale, la conscience individuelle émerge et se forme peu à peu, physiquement et mentalement, l’œuvre s’achevant dans un contexte de grande vitalité. Simpson fait explicitement référence à Carl Nielsen qui proclamait que la musique était « le son de la vie », et qu’il avait en quelque sorte voulu le prendre au mot en écrivant sa partition. Lorsque la création eut lieu sous la direction de Sir Charles Groves, chef d’orchestre pourtant éminemment respecté, Simpson déclara son insatisfaction, soulignant l’impréparation des musiciens qui n’avaient bénéficié que d’une seule répétition, la veille du concert. Le compositeur effectua ensuite diverses révisions, et un enregistrement de studio, dans la forme définitive de l’oeuvre, fut entrepris sous la baguette de Vernon Handley ; c’est celui qui figure dans le coffret Hypérion évoqué en début d’article. La présente gravure doit donc être considérée d’abord pour son aspect de documentation historique et comme un stade de l’évolution de l’écriture de cette sixième symphonie. On reconnaîtra à cette version primitive une inspiration moins évidente, parfois erratique et fluctuante, avec des baisses de tension, même si Simpson y manifeste son goût habituel pour les effets de contrastes, les changements de rythmes et la diversité de l’orchestration, au sein de laquelle les cuivres et les timbales occupent une place significative, et où l’on constate aussi, de temps à autre, une influence des couleurs de Chostakovitch, que Simpson appréciait beaucoup. Un CD à réserver en priorité aux amateurs d’archives.

Son : 7,5    Livret : 8     

Répertoire : 9 (Symphonie n° 5) ; 7 (Symphonie n° 6) 

Interprétation : 9 (Symphonie n° 5) ; 6 (Symphonie n° 6)

Jean Lacroix 

 

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