Evgeny Sviridov, fin archet pour peigner Sonates et Capriccios de Franz Benda

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Franz (František) Benda (1709-1786) : Sonates pour violon et basse continue en ut mineur L.3.10, en si bémol majeur L.3.125, Sonate XXVII pour violon et basse en sol majeur L.3.86, Sonate XVII pour violon et violoncelle en la mineur L.3.118, Capriccio 2 en fa mineur. Franz Benda ou Carl Höckh (1707-1773) : Capriccio 27 & Minuetto en ré mineur, Capriccio 35 & Angloise en fa dièse mineur, Capriccio 38 & Polognese en sol majeur. Ludus Instrumentalis. Evgeny Sviridov, violon. Alexander Scherf, violoncelle. Elizaveta Solovey, théorbe. Stanislav Gres, clavecin. Décembre 2022. Livret en allemand, anglais. TT 65’15. CPO 555 610-2

De ce compositeur natif de Bohême, à trente kilomètres de Prague, les mélomanes de longue mémoire se rappellent peut-être la sonate et le concerto pour flûte enregistrés par Jean-Pierre Rampal au milieu des années 1950 pour le label tchèque Supraphon. Lui et ses frères Jan Jiři (1713-1752) et Jiří Antonín (1722-1795) brillèrent comme violoniste à la Cour de Prusse. Le futur roi Frédéric II avait repéré le jeune František dans une taverne de Ruppin en 1733, se l’attacha pour son orchestre de Potsdam, puis le garda à son service comme Konzertmeister et conseiller musical. On notera que les deux hommes, le virtuose et le monarque, s’éteignirent la même année 1786, laissant leur nom associé à l’esthétique que l’on désigna comme « École de Berlin ».

Après les albums du České barokní trio autour d’Antonín Rous (Studio Matous, 1999), d’Anton Steck (CPO, 2005), d’Hans Joachim Berg (Naxos, 2010), de Leila Schayegh (Glossa, 2011), la discographie des Sonates pour violon de Franz Benda vient s’enrichir de ce nouveau CD, qui en propose quatre. Quatre parmi une abondante collection, que le musicologue Douglas Lee avait entrepris de recenser dans un catalogue paru en 1984 : 139 opus, si l’on se fie au website de la Franz-Benda-Gesellschaft, sous la direction de Nobuaki Tanaka, qui a signé la notice du présent disque. Certaines sources évoquent toutefois plus de cent cinquante sonates pour archet, au sein d’un inventaire disséminé dans diverses archives d’Europe (Berlin, Dresde, Bruxelles) et d’Amérique du Nord (Washington).

On ne lui connaît aucune sonata da chiesa ni sonata da camera en quatre mouvements : la structure relève d’une coupe tripartite, principalement un mouvement lent puis deux de célérité croissante. À l’exception de la sonate en sol majeur, qui enserre un mouvement modéré (Siciliano) au cœur d’un Allegretto et d’un Scherzando. Le style se ressent de Johann Gottlieb Graun (1703-1771), son confrère à la résidence princière de Ruppin, et élève de Giuseppe Tartini (1692-1770). Une manière virtuose, mais surtout sensible que vantèrent les observateurs contemporains, louant son cantabile et ses tournures mélodieuses. C’est précisément cette onction qui guide Evgeny Sviridov, lequel semble avoir percé le secret de la sonorité lubrifiée, ductile, chantonnante que tréfilent ces sonates.

Sans élever la voix, sans brusquer ni rompre les lignes, se pliant à un idiome de médulleuse souplesse, bien différent du geste plus caractériel que nous avions repéré dans l’anthologie consacrée à Johann Gottlieb Goldberg, –le premier disque gravé par l’ensemble Ludus Instrumentalis. Outre le violoncelle, le continuo enrôle théorbe et clavecin (un Bruce Kennedy d’après Mietke), et sertit une prestation soliste aussi précise que nuancée. Le programme est complété par un giron de Capriccios, dont la paternité se dispute entre Benda et son ami violoniste Carl Höckh, tôt rencontré lors des années d’exil polonais. Là encore, sur son anonyme nord-italien de c1730, Evgeny Sviridov impressionne par sa concentration et son jeu lustré qui tire expression des moindres anfractuosités des partitions. Un luxe de finesse, qui se tisse avec des inflexions toutes vocales : une recette de boudoir qui honore à sa façon ce que l’on sait de la douce faconde par laquelle Benda charmait son auditoire prussien.

Christophe Steyne

Son : 8,5 – Livret : 9 – Répertoire : 8 – Interprétation : 9

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