Evviva il bel canto : Anna Bolena à Liège

par allison adler dating

Anna Bolena m’est apparue essentiellement comme une exaltation du beau chant, du bel canto ; tout y contribue.

L’intrigue, le livret de Felice Romani, est tragique : il nous raconte comment Anna Bolena – Ann Boleyn -, la seconde épouse d’Henri VIII, roi d’Angleterre, va être éliminée pour faire place « à la suivante », Giovanna Seymour - on se rappellera que ce roi insatiable multipliera par six le nombre de ses mariages. Le royal amant va ourdir un stratagème impitoyable : faire revenir d’exil Riccardo Percy, lui-même épris de la reine, et les prendre tous deux au piège de l’adultère. Ajoutons-y, pour que l’engrenage tragique fonctionne bien, Smeton, un petit page amoureux, et Lord Rochefort, le frère d’Anna. Voilà de quoi émouvoir les cœurs sensibles.

L’évocation historique est évidemment la bienvenue : le spectacle des malheurs et des turpitudes des « grands » nous fascine, que nous soyons philosophes ou simplement en quête de ragots plus ou moins épicés. Depuis toujours -et de nos jours encore- la cour d’Angleterre est une source intarissable d’intrigues plus ou moins haletantes, qui n’ont cessé d’inspirer… Shakespeare ou le Sunday Sun (que l’on songe au « destin tragique » de Lady Di ou aux supposées querelles opposant les deux jolies belles-sœurs d’aujourd’hui ; mais dans ce cas, on est davantage dans la comédie).

Avec Anna Bolena, le vingt-neuvième opéra du prolifique Gaetano Donizetti (il en composera septante-deux), on a vite l’impression que toute cette réalité n’est en fait qu’un support bienvenu pour l’exaltation d’un chant virtuose. Ce qui compte, ce ne sont pas les dilemmes, les ruses, les trahisons, mais bien la façon dont le chant peut et va les transcender. Le bonheur lyrique l’emporte sur le malheur humain.

La partition de Donizetti le prouve à foison, avec ses pom-pom-pom, parfois même guillerets, pistes d’envol pour les grands airs et grands ensembles. Nuançons ! Certains de ceux-ci cessent d’être prévisibles et sont absolument merveilleux dans le chant et la façon dont celui-ci est magnifié par l’une ou l’autre intervention instrumentale soliste.

L’on comprend la destinée de cet opéra. A sa création, en 1830, il connaît un grand succès, mais indissociable du talent de l’interprète d’Anna : la grande Giuditta Pasta. L’œuvre ensuite disparaît jusqu’à ce qu’elle ressuscite en 1957 grâce… à Maria Callas, preuve s’il en est que c’est une œuvre « dédiée ». Ce que démontre la liste de toutes les chanteuses qui se sont ensuite emparées du rôle.

A Liège, Stefano Mazzonis di Pralafera inscrit l’œuvre dans un magnifique écrin. Le spectateur est accueilli par un rideau de scène aux traits d’Anna Bolena. Il est ensuite plongé dans un décor typique de l’époque (Gary Mc Cann), superbement éclairé (Franco Marri). Henri VIII ressemble à s’y méprendre au fameux tableau de Hans Holbein (costumes de Fernand Ruiz). Très belle image de forêt aussi. Ajoutons-y de magnifiques « tableaux » significatifs comme les scènes de la condamnation des adultères ou des derniers moments d’Anna.

Sous la baguette attentive de Giampaolo Bisanti, l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège se met au service des voix. Olga Peretyatko ne rate pas la chance qui lui est offerte. Elle parcourt -allégrement quoique tragiquement- tous les états d’âme de sa pauvre héroïne, s’imposant définitivement dans ses derniers moments plus nuancés, ceux qui précèdent la mort, avec son air « de la folie » et celui de sa marche à l’échafaud. A son côté, le Riccardo Percy de Celso Albelo est le ténor qui convient, plus « vaillant » que nuancé, mais conforme en fait au type d’écriture de l’opéra. Marko Mimica privilégie aussi la puissance vocale d’Enrico. Après une première partie au timbre difficile, Sofia Solviy trouve les justes élans d’une Giovanna Seymour déchirée entre son amour et son amitié. Francesca Ascioti exprime les beaux accents de Smeton, l’agent innocent d’un destin funeste. Luciano Montanaro a toutes les affections et douleurs de Lord Rochefort, le frère de la reine. Quant à Maxime Melnik, il impose le collaborateur royal qu’est Sir Hervey.

Opéra Royal de Liège Wallonie9 avril 2019

Stéphane Gilbart

Crédits photographiques : Opéra Royal de Wallonie-Liège

 

 

 

 

 

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