Le Chopin jubilatoire de Yundi

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Frédéric CHOPIN (1810-1849) : Concertos pour piano et orchestre n° 1 op. 11 et n°2 op. 21. Yundi, piano et direction ; Orchestre Philharmonique de Varsovie. 2020. Livret en anglais, français et allemand. 71.41. Warner 0190295320188.

On ne présente plus Yundi, ce pianiste aux moyens techniques et expressifs superlatifs, sinon pour rappeler qu’après avoir été 3e Prix du Concours Liszt à Utrecht en 1999, il a brillamment remporté le Concours International Chopin l’année suivante. Né et formé en Chine, il a alors à peine 18 ans, il est le premier pianiste de son pays à remporter cette prestigieuse compétition dont il est le plus jeune lauréat. Il entame alors une carrière de soliste ponctuée d’enregistrements de Chopin, bien sûr, mais aussi de Beethoven, Liszt, Scarlatti, Schumann, Prokofiev, Ravel ou de créateurs de son pays natal. Installé en Allemagne, Yundi parcourt le monde où il donne des récitals devant des salles combles. Il est réputé pour la finesse de son jeu, mais aussi pour sa virtuosité sans failles.

Il en donne un exemple irrésistible dans le présent CD Warner qui entraîne l’enthousiasme d’un bout à l’autre en raison de l’élan qu’il insuffle aux deux concertos, mais aussi du bonheur qui s’en dégage. Enregistré à Varsovie, à une date non précisée dans le livret, Yundi est au four et au moulin puisqu’il dirige en même temps la Philharmonie de Varsovie qui le suit comme un seul homme dans la moindre sollicitation et le dosage le plus adapté. Nous ne reviendrons pas sur les détails de ces partitions hyper connues, si ce n’est pour rappeler que le second concerto est en fait le premier au niveau de l’écriture. Dans l’opus 11, on est frappé d’emblée par une atmosphère chambriste qu’installe Yundi, sans le moindre effet appuyé, avec un sens confondant du lyrisme qui va lui permettre, après un peu plus de quatre minutes d’orchestre, d’inscrire son entrée pianistique à l’intérieur d’un paysage suggestif dans lequel il se coule avec aisance et une élégance à la fois libre et imaginative. Ce qui n’empêche pas l’intensité du son, ni la poésie qui jaillit sous ses doigts comme si elle naissait en phase de création intuitive. Yundi s’engage dans une méditation dialoguée, investie et frémissante. On est déjà subjugué à la moitié de l’Allegro moderato car son clavier chante avec souplesse et une infinie évidence. Le virtuose ne cherche pas l’effet, celui-ci surgit à peine, équilibré et spontané. Le trait n’est pas grossi, il est dessiné. La technique est impeccable, virevoltante, en osmose avec le propos, noble et majestueux. Dans la Romance - Larghetto, la respiration est si contrôlée que l’on se met à rêver à des images murmurées, sinon à une âme en recherche d’elle-même, accompagnée d’une mélancolie tendre et apaisante. Une telle approche pensive atteint le plus profond de la sensibilité de l’auditeur. Le Rondo final ajoute de la verve et de la vivacité dansée à cette interprétation qui nous comble par sa sincérité. Une sincérité doublée d’une joie qui ne cesse de s’amplifier pour atteindre l’euphorie, celle que procure l’évidence.

Yundi connaît son Chopin par cœur, et le mot prend encore tout son sens dans l’opus 21, dont le contenu est plus dramatique. Ce n’est pas une simple connaissance du compositeur qu’a le pianiste, c’est presque une identification, car la compréhension est admirable. Yundi donne l’impression d’improviser dès l’énergique entrée orchestrale à laquelle il confère un cadre ardemment mesuré, qui lui permet de veiller à sa propre entrée, désirée, avec un souffle lyrique immédiat qui va être la constant, y compris dans les sentiments exprimés. On est loin de démonstrations sirupeuses ou de vaines conquêtes, on est dans l’exigence stylistique la plus subtile. Yundi prend le temps de ciseler les notes, d’en faire jaillir l’essence la plus évocatrice. A ce niveau-là, on savoure chaque seconde, lumineuse et si fraternelle. Le dynamisme de l’orchestre n’est pas gommé, il se pose comme un socle pour le discours pianistique, assurant une aisance permanente, avec des accents résolument romantiques. On est surpris, dans le sublime Larghetto, d’entrer encore plus en intimité avec Chopin. Comme si c’était encore possible ! Yundi nous prend par la main pour raconter la clarté de la confidence, son inscription dans la complicité intériorisée et pour dessiner un univers dans lequel le rêve rejoint l’introspection. Admirable moment que celui-là qui nous met en face d’un absolu irréel tel que l’on peut le ressentir au fond de soi ! On éprouve la sensation d’être hors du temps, hors de l’espace, hors de la réalité qui disparaît totalement au gré de ces notes perlées qui sont des mots d’amour. L’émotion est si forte qu’elle fait désirer que ce temps en dehors duquel Yundi nous place s’arrête là, au bord de l’âme. Il y a de la magie dans cette conception, car elle est à la frontière de la connivence, prête à s’offrir à la beauté de l’inspiration. L’Allegro vivace n’enlève rien à ce rêve éveillé, car Yundi ne se laisse pas dépasser par la tentation de l’allégresse gratuite. Il poursuit sa ligne légère, dynamique, valsante, avec une clarté qui s’épanouit jusqu’à l’ultime note, laissant l’auditeur dans la certitude d’avoir vécu une aventure musicale intense, mais si riche en messages d’une ineffable beauté.     

On sort tout à fait conquis de cette audition, avec un sentiment de plénitude jubilatoire, qui se renouvellera après une nouvelle écoute, confirmant que l’on n’a pas été bluffé par une première impression plastique. Cette jubilation, qui exprime bien la sensation de bonheur procuré, explique la volonté avouée de hisser très haut cette version des deux concertos de Chopin, en tout cas parmi les plus incontestables réussites d’une discographie pléthorique.

Son : 10  Livret : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

Jean Lacroix    

 

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