Les Irish Songs de Beethoven dans des arrangements de Philippe Pierlot 

par

Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Irish Songs, et chansons suédoises, extraits, WoO 152, 153, 154, 157 et 158. Accompagnés d’airs folkloriques écossais et irlandais. Maria Keohane, soprano ; Ricercar Consort, direction Philippe Pierlot. 2020. Notice en anglais et en français. Textes complets des chansons avec traduction française. 57.00. Mirare MIR540. 

L’éditeur de musique écossais Georg Thomson (1757-1851), dont la petite-fille deviendra l’épouse de Charles Dickens, publie entre 1790 et 1840 plusieurs volumes de chansons populaires écossaises, irlandaises et galloises, et d’autres pays. Il sollicite à cette intention une série de compositeurs, à commencer par Haydn avant de se tourner vers Beethoven, en leur demandant des arrangements pour piano, avec possibilité d’y adjoindre un violon et un violoncelle. Le maître de Bonn s’acquittera ainsi de près de cent quatre-vingts commandes dans la décennie 1810, années fécondes pour lui s’il en est. Avec la particularité, comme l’explique la notice du musicologue Barry Cooper, auteur du Dictionnaire Beethoven paru chez Lattès en 1991, que l’éditeur ne communique que rarement les paroles des chansons, préférant leur adapter des poèmes écrits par de grands écrivains, après avoir reçu les arrangements de Beethoven – lequel acceptait cette manière de procéder. Le présent enregistrement propose neuf mélodies irlandaises et deux suédoises, dans des transcriptions effectuées par Philippe Pierlot pour des instruments variés plus proches des traditions folkloriques, à savoir le fiddle, la harpe celtique, la guitare romantique ou le baryton, sans oublier le violon et la contrebasse. Les Irish Songs choisis datent des années 1810 à 1815. 

A l’évidence, l’éditeur Thomson avait de la culture et savait choisir les textes des auteurs qu’il voulait ainsi mettre en valeur. On s’en convaincra en voyant apparaître le nom de Walter Scott pour le douloureux On the massacre of Glencoe (Wo0 152 n° 5), où est évoqué un épisode tragique de la fin du XVIIe siècle au cours duquel une quarantaine d’hommes d’un clan furent lâchement assassinés par ceux qui les hébergaient. D’autres détails sur les paroles destinées aux songs sont expliqués dans la notice, ainsi que des considérations sur l’intérêt des préludes et postludes beethovéniens. L’atmosphère des différents airs varie de la légèreté à la tristesse, en passant par l’affirmation de la vaillance du cœur d’un Irlandais, la fraîcheur du moment matinal, le soir de la Saint-Jean ou les elfes des vallées. Les deux airs suédois qui viennent s’ajouter au programme font partie de la série des arrangements qui débutent en 1816 et brassent plutôt des mélodies d’Europe continentale, comme la jolie berceuse Lilla Carl, aux vers mélancoliquement tournés (Wo0 158 n° 17).

On est bien conscient que le meilleur de Beethoven n’est pas ici, la nécessité alimentaire ne nourrissant pas d’office le génie, mais l’audition révèle beaucoup de charme et de finesse, d’autant plus que la soprano Maria Keohane, qui est née à Manchester mais a grandi en Suède, et a été la complice d’autres aventures du Ricercar Consort (Bach, Buxtehude, Weckmann…), donne à cet univers marginal des inflexions souples. Son chant pur sait se révéler parfois envoûtant. Une spécificité du programme réside dans l’insertion, au détour des pages de Beethoven, de mélodies folkloriques, quatre d’entre elles étant arrangées avec subtilité par Sarah-Janes Summers pour le fiddle, dans la tradition du style ancien de violon traditionnel que l’artiste prolonge. Elles s’inscrivent dans l’ambiance et l’instrument apporte un parfum d’’improvisation qui invite à la rêverie. 

On notera la qualité globale des autres interprètes : Sophie Gent au violon, Giovanna Pessi à la harpe celtique, Daniel Zapico à la guitare romantique, Benoît Vanden Bemden à la contrebasse et Philippe Pierlot au baryton, qui s’est chargé avec art des arrangements pour les chansons de Beethoven. Une osmose raffinée se crée entre eux au fil de ce récital séduisant, empreint d’une élégante fluidité qui ne laissera pas indifférent. L’enregistrement, qui bénéficie d’une belle définition sonore, a été effectué en mars 2020 à l’église Saint-Jean de Beaufays, tout près de Chaudfontaine. 

Son : 9  Notice : 10  Répertoire : 7,5  Interprétation : 9

Jean Lacroix

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.