Missa Solemnis au Festival Beethoven à Varsovie

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En ce moment se déroule la 27e édition du Festival Beethoven à Varsovie. Entre le 26 mars et le 7 avril, 15 concerts sont donnés. Créé et dirigé par Elżbieta Penderecka, le festival propose aussi bien des concerts symphoniques que des concerts de musique de chambre. Ils ont principalement lieu à la Philharmonie de Varsovie. Cette année, le public peut écouter des orchestres venant de Corée du Sud, d’Espagne ainsi que les principales phalanges polonaises. Le thème de cette année est « Beethoven- Entre l’Est et l’Ouest ».

Au programme du concert de ce vendredi 26 mars, une pièce majeure du répertoire sacré : la Missa Solemnis en ré majeur, Op. 123 de Beethoven. Cette oeuvre monumentale est interprétée par l’Orchestre Philharmonique de Varsovie, le Chœur du Philharmonique Karol Szymanowski de Cracovie, la soprano Polina Pastirchak, l’alto Ulrike Helzel, le ténor Patrik Reiter et la basse Łukasz Konieczny. Tout ces artistes sont dirigés par le chef d’orchestre américain Leonard Slatkin. Piotr Piwko a quant à lui préparé le chœur.

Rentrons immédiatement dans le vif du sujet. Le Kyrie, dont le début avec cet Assai sostenuto est grandiose, ne manque pas d’intensité notamment avec l’entrée du chœur après une petite introduction orchestrale. Dans l’Andante, assai ben marcato, les solistes du soir fusionnent en toute simplicité avec le chœur. Ce Kyrie se termine avec le retour de l’Assai sostenuto. Tout comme au début, l’harmonie fait preuve de justesse dans ses interventions et solos.

Le Gloria est une émulation brillante inspirée par le chef Leonard Slatkin débordant d’une énergie maîtrisée. Les interventions de l’orchestre, particulièrement des cordes, sont précises et viennent ponctuer le dynamisme du chœur ainsi que les parties solistes. Ces derniers excellent chacun dans son rôle comme dans la fugue de l’Allegro maestoso admirablement lancée par le timbalier. Le Presto, avec des cors et trompettes triomphantes, clôture ce Gloria rempli de vitalité. 

Le Credo, avec son Allegro ma non troppo, fait preuve d’une certaine allégresse mais reste tout de même intense. Une large palette de nuances est développée dans cette partie de l’oeuvre. L’Adagio, divinement serein, est une parenthèse enchantée bien que plus de délicatesse de la part des flûtes ne nous aurait pas dérangé. Changement de caractère pour le « Et resurrexit ». Cet Allegro molto commence avec une intervention ferme et franche des ténors avant que les autres pupitres du chœur ne les rejoignent. Le choeur fait preuve de véhémence avec un orchestre à son service qui l’est tout autant. L’Allegro con moto - Grave démontre la virtuosité des choristes et la sobriété du quatuor vocal se poursuivant dans le Grave, dernière partie de ce Crédo avec des « Amen » poignants.

Le Sanctus commence avec un Adagio mystérieux où chaque soliste chante avec les choristes de la même voix. Ils parviennent à ne faire qu’un, le soliste se mélangeant aux choristes sans que ces derniers ne prennent le dessus sur lui. Le Presto, fougueux, fait le lien vers le Benedictus. Après une brève introduction orchestrale avec un beau solo des violoncelles, place à un moment suspendu dans le temps avec le solo de violon merveilleusement interprété par le konzertmeister Krzysztof Bąkowski. Les quatre solistes, tout comme l’orchestre et le chœur d’ailleurs, construisent musicalement ce Benedictus pour nous envoûter. Ajoutons à cela le solo virtuose du konzertmeister et ce Sanctus est une grande réussite. Par contre, coup de malchance pour Krzysztof Bąkowski puisqu’il casse une corde durant son solo. Il prend rapidement le violon de sa collègue de pupitre et continue sans sourciller son solo tout en gardant la même qualité de jeu.

Cette messe solennelle se termine avec l’Agnus Dei. L’Adagio commence avec un solo de basson avant que Łukasz Konieczny (basse) ne fasse son entrée et réponde au basson. Ulrike Helzel (alto), dont la prestance scénique est indéniable, chante avec passion et se démarque particulièrement dans cette partie de l’œuvre tout comme Patrik Reite (ténor) et Polina Pastirchak (soprano) faisant tous deux preuve de finesse. L’Allegro vivace fait la part belle à des timbales et trompettes étincelantes. Un nouvel Adagio vient calmer une dernièrement fois les ardeurs de cette messe imposante avant qu’un Presto, admirablement lancé par le timbalier, ne vienne clôturer l’œuvre.

Au vu de l’enthousiasme du public et de la longue standing ovation réservée aux artistes, nous pouvons conclure que ce concert est une réussite. Le chef d’orchestre Leonard Slatkin mène avec brio tout le beau monde présent sur scène. Il réussit à galvaniser les musiciens, choristes et solistes pour tirer une version musicale, parfois puissante, parfois douce de cette Missa Solemnis. Le public ne s’y trompe pas et acclame véritablement tous les protagonistes de cette soirée.

Varsovie, la Philharmonie, le 31 mars 2023

Thimothée Grandjean, Reporter de l’Imep

Crédits photographiques : Lewel Li

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