5 albums pour passer la semaine : parcours contemporains, jeune virtuose et patrimoine musical

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1. Albares

Pacho Flores (né en 1981) : Albares, concerto pour bugle et orchestre. Roberto Sierra (né en 1953) : Salseando, concerto. Gabriela Ortiz (née en 1964) : Altar de Bronce, concerto pour trompette. Pacho Flores, trompette et bugle ; Royal Liverpool Philharmonic Orchestra ; Domingo Hindoyan, direction. PM Classics 880040427223.

On commence cette semaine avec Pacho Flores qui poursuit son exploration du répertoire pour trompette aux couleurs latino-américaines avec un nouvel opus enregistré aux côtés du Royal Liverpool Philharmonic Orchestra dirigé par Domingo Hindoyan. Le soliste vénézuélien y déploie sa palette expressive et sa technique souveraine au service d'un programme qui réunit son propre concerto pour bugle, Salseando de l’excellent Roberto Sierra et Altar de Bronce de Gabriela Ortiz. Un panorama coloré de la trompette concertante avec des partition évocatrices.  

2. Hans Werner Henze : 5 Neapolitanische Lieder (Live, Hambourg 1956 — Remastered 2026)

Hans Werner Henze (1926-2012) : Fünf neapolitanische Lieder pour baryton et orchestre. Hermann Prey (1929-1998), baryton ; NDR Elbphilharmonie Orchester ; Hans Schmidt-Isserstedt (1900-1973), direction. Enregistrement public, Hambourg, 1956 ; restauration 2026. 3618029194807.

L’avantage du numérique c’est qu’il nous permet de retrouver des grandes lectures du passé sans nécessiter un album complet.   

Captés en concert à Hambourg en 1956 et restaurés pour cette réédition, ces cinq Lieder napolitains de Hans Werner Henze constituent un témoignage de premier ordre sur la réception immédiate de l'œuvre. Hans Schmidt-Isserstedt, à la tête de la phalange hambourgeoise, en livre une lecture engagée, tandis que le jeune Hermann Prey y affirme déjà l'autorité vocale et l'intelligence du texte qui feront sa réputation. Un document précieux où l'écriture de Henze, nourrie des mélodies populaires de la baie de Naples, trouve une incarnation d'une grande justesse.

Coffret de collection à la hongroise chez Decca Eloquence

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Franz Liszt (1811-1886), Béla Bartók (1881-1945), Zoltán Kodály (1882-1967), Ernő Dohnányi (1877-1960), Joseph Haydn (1732-1809) : Œuvres orchestrales, concertantes et chorales. Gábor Gabos, Dino Ciani, David Wilde, Valentin Belchenko, Sviatoslav Richter, Kornél Zempléni, Tibor Wehner (piano) ; Pál Lukács (alto) ; Chœur et Orchestre Philharmonique de Budapest, Orchestre symphonique de la Radio hongroise ; János Ferencsik, György Lehel, Zoltán Kodály (direction). Livret en anglais. 17 CD Decca Eloquence 4844395. 2025.

La complicité violoncelle/piano, au détour des XIXe et XXe siècles 

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César Franck (1822-1890) : Sonate pour violoncelle et piano en la majeur, transcription Jules Delsart. Nadia Boulanger (1887-1979) : Trois Pièces pour violoncelle et piano. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur. Matthijs Vermeulen (1888-1967) : Sonate pour violoncelle et piano. Lidy Blijdorp, violoncelle ; Tobias Borsboom, piano. 2024. Notice en anglais et en français. 65’ 29’’. Channel Classics CCS47726.

Bach hors des sentiers battus

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Bach Goldberg Variations. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Variations Goldberg BWV 988, arrangement pour cor, violon, marimba et clarinette basse de Tomáš Ille (2017, révisé 2025). Radek Baborák, cor ; Dalibor Karvay, violon ; Andrei Pushkarev, marimba ; Petr Valášek, clarinette basse. 2025. Notice en anglais et tchèque. 59'. Animal Music ANI 146.

Le Finlandais Osmo Tapio Räihälä et le changement climatique

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Extinction. Osmo Tapio Räihälä (°1964) : Swarm, pour octuor à cordes ; Versum II : Postea, et Versum III : Inter, pour électronique ; Biodegradable Kiss, pour flûte et percussion ; Oil Today Water Tomorrow, pour saxophones et électronique. Quatuor Avanti et Quatuor Airo ; Kaisa Kortelainen, flûtes ; Jerry Piipponen, percussion ; Anna-Sofia Anttonen, saxophones ; Osmo Tapio Räihälä, électronique. 2024/25. Notice en anglais. 46’ 53’’. Uvuloid UVU229.

Michael Tilson Thomas (1944–2026) : la disparition d'un visionnaire

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Michael Tilson Thomas s'est éteint le 22 avril 2026 à son domicile de San Francisco, à l'âge de 81 ans, emporté par le glioblastome qu'il affrontait publiquement depuis 2021. Deux mois après la disparition de son époux Joshua Robison, compagnon de toute une vie et architecte discret de sa carrière, celui que ses proches et le public appelaient simplement « MTT » laisse derrière lui un héritage dont l'ampleur et la singularité débordent largement le cadre ordinaire de la direction d'orchestre américaine. Avec lui s'éteint une figure qui aura incarné, mieux que quiconque de sa génération, l'idée que la musique n'a pas de frontières — ni entre les époques, ni entre les genres, ni entre les publics.

Un héritage, une fluidité

Né à Los Angeles le 21 décembre 1944, petit-fils de Boris et Bessie Thomashefsky, étoiles du théâtre yiddish new-yorkais du début du XXe siècle, Tilson Thomas grandit dans un creuset où se rencontraient la tradition savante européenne, le théâtre populaire, le Broadway naissant et la culture américaine des marges. Cette généalogie éclaire sans doute ce qui fut la constante de toute son existence musicale : la conviction jamais démentie que la musique dite savante et les musiques vernaculaires appartiennent au même continuum. Pianiste redoutable, accompagnateur instinctif, improvisateur né, il circulait entre le jazz, la chanson, le musical, Mahler et Copland avec une aisance sans pose, sans surplomb, sans l'embarras que mettent tant de chefs à revendiquer leurs curiosités extra-classiques.

Formé à l'Université de Californie du Sud auprès d'Ingolf Dahl, il fréquente très jeune Igor Stravinsky et Aaron Copland, relais vivants d'une modernité qu'il portera sa vie durant. Stravinsky, d'ailleurs, ne fut sans doute pas choisi au hasard : il y avait dans ce maître du XXe siècle — capable de passer du primitivisme rugissant du Sacre au néoclassicisme le plus épuré, puis au sérialisme tardif — une figure en miroir de ce que MTT allait lui-même devenir. Un artiste de la navigation entre les styles, de la surprise continuelle, de la réinvention comme méthode. Son irruption sur la scène internationale est foudroyante : assistant du Boston Symphony à vingt-quatre ans, il se révèle lors d'un remplacement au pied levé, puis scandalise New York en y dirigeant les Four Organs de Steve Reich — l'un des premiers gestes d'un chef de premier plan en faveur du minimalisme américain dans une salle de concert traditionnelle. L'épisode dit tout : le goût du risque, le refus des hiérarchies, la certitude qu'une grande institution peut et doit accueillir l'inattendu.

Cette même audace, il la portera aussi au cœur du répertoire le plus canonique. Dès l'orée des années 1980, il entreprend à Londres avec l'English Chamber Orchestra, pour CBS Masterworks, l'une des toutes premières intégrales des symphonies de Beethoven confiées à un orchestre de chambre — pari rare à l'époque, qui anticipait d'une décennie les ambitions d'allégement d'effectifs popularisées par la mouvance historiquement informée. Gramophone soulignait alors combien ces lectures rééquilibraient la relation entre cordes et vents, offrant quelque chose de plus proche de ce que Beethoven lui-même avait probablement en tête. L'intégrale, couronnée par une Neuvième devenue référence, montre combien MTT pensait le classique et le contemporain dans un même geste de réinvention.

Les avant-gardes américaines comme patrie

Il n'est sans doute pas de chef de sa génération qui ait autant fait pour imposer à la légitimité symphonique les francs-tireurs américains du XXe siècle. Dès son mandat à la tête du Buffalo Philharmonic (1971-1979), il y grave en 1980, pour CBS Masterworks, la toute première intégrale de l'œuvre symphonique de Carl Ruggles — musique âpre, granitique, d'un contrapuntisme dissonant sans concession, que personne n'avait osé affronter dans son intégralité. Ce double album demeure, plus de quarante-cinq ans après sa parution, l'étalon indépassable de la discographie ruggelsienne. Dans la foulée, il entreprend une intégrale des symphonies de Charles Ives, chantier au long cours partagé, chose remarquable, entre le Chicago Symphony (Symphonies n°1 et n°4, gravées 1986-1989) et le Concertgebouw d'Amsterdam (Symphonies n°2 et n°3, 1981-1982), ainsi que les œuvres orchestrales majeures. Jamais avant lui la musique d'Ives n'avait reçu pareille attention : un travail d'orfèvre sur les strates polytextures, sur l'art ivesien de faire cohabiter plusieurs musiques simultanées, exécuté avec une précision et une ferveur qui firent d'un coup entrer ce compositeur, jusqu'alors tenu à distance, dans le grand répertoire international. Henry Cowell, Morton Feldman, Lou Harrison, Meredith Monk, John Cage, Edgard Varèse, David Del Tredici, Charles Wuorinen, Steven Mackey, Mason Bates, Samuel Carl Adams, plus tard, viendront allonger cette lignée — une « grande tente » esthétique que personne avant lui n'avait dressée avec une telle conviction.

« À la flamande » : L’Opera Ballet Vlaanderen dévoile une saison 2026-2027 entre héritage et audace

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Pour sa saison 2026-2027, l’Opera Ballet Vlaanderen (OBV) propose une programmation ambitieuse intitulée « À la flamande ». Sous l’impulsion de son directeur artistique Jan Vandenhouwe, cette nouvelle édition se conçoit comme un vaste festival explorant l’identité flamande, ses racines et son rayonnement international dans un monde en pleine mutation géopolitique. Cette saison marque également une étape clé avec l’arrivée de Stephan Zilias en tant que nouveau directeur musical, qui dirigera notamment une version concertante très attendue du Lohengrin de Wagner.

Un dialogue entre répertoire et créations mondiales

La programmation se distingue par un équilibre savant entre les grands classiques du répertoire et une volonté affirmée de création. Parmi les quatorze productions majeures annoncées, on dénombre sept créations mondiales. L’opéra de Verdi, La Traviata, fera son grand retour après vingt ans d’absence, dans une mise en scène contemporaine signée Tom Goossens. Le ballet n’est pas en reste avec une relecture de La Belle au bois dormant par le chorégraphe Marcos Morau. On note relève également une production de De Materie de Louis Andriessen et une version de concert de Lohengrin de Wagner.

L’identité flamande est au cœur de projets d’envergure, tels que la mise en scène inédite des oratorios de Peter Benoit, Lucifer et De Schelde, par le collectif FC Bergman. Le théâtre musical sera également à l’honneur avec De Draaischijf, une adaptation du roman de Tom Lanoye traitant des heures sombres de l’histoire culturelle anversoise pendant la Seconde Guerre mondiale.

Siegfried d’anthologie avec Yannick Nézet-Séguin au TCE

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À l’image du héros, un torrent de jeunesse, de force brute et de poésie déferle sous les fresques allégoriques du peintre Maurice Denis au Théâtre des Champs-Élysées. On comprend pourquoi tant de mises en scène du Ring laissent insatisfait ou perplexe, confirmant le reproche lancé par Giacomo Meyerbeer au Dr Véron, directeur de l’Opéra : « Vous cherchez un succès de décoration. Vous ne faites pas confiance à ma musique ! ». Dans le cas de Richard Wagner, cette exigence est d’autant plus impérieuse que la dimension visuelle du Ring est conçue comme partie organique du drame. Toute figuration exogène, tel un corps étranger, suscite d’abord discordance, puis rejet.

L’approche choisie ici se situe aux antipodes : elle soutient le récit, l’incarne par de sobres mouvements, des échanges de regards, des postures qui en renforcent l’impact. Les costumes demeurent discrètement allusifs : Wotan en manteau sombre de Wanderer, Brünnhilde sanglée dans un fourreau scintillant comme une armure, ou encore le Waldvogel, emplumé de rouge vif. L’action orchestrale et vocale sollicite et décuple ainsi librement l’imagination.

La cohésion — où aucun détail instrumental (superbes solos de tubas, cors, clarinettes, altos, et il faudrait citer tous les pupitres) n’est escamoté, aucun leitmotiv négligé, les contrastes tour à tour martelés ou délicatement estompés — participe d’une vision claire, nette et rayonnante. La pureté héroïque et naïve du protagoniste semble porter l’énergie collective à incandescence, ou plutôt celle des héros — au pluriel — car il s’agit en réalité d’une expérience collective. Manifestement, le public comme l’Orchestre philharmonique de Rotterdam jubilent à l’idée de retrouver un chef, Yannick Nézet-Séguin, qui les a portés à leur meilleur niveau. L’ovation finale témoignera avec ferveur de l’admiration collective.

Le chef canadien paraît lui-même particulièrement détendu, heureux et concentré. Ne réalise-t-il pas le vœu de Hector Berlioz : « jouer » de l’orchestre comme d’un instrument en soi ? La fusion entre le chant et l’orchestre fait également ressortir l’un des apports de Wagner, souvent sous-estimé : l’absorption de l’aria par le récitatif et son expansion continue sous forme de dialogues ou d’introspection.

De même, le jeu complexe des plans temporels et spatiaux, avec leurs réminiscences et leurs pressentiments, jusqu’à l’accès final à l’immanence du présent, devient clairement perceptible. Traités avec la même exigence de vérité, les épisodes de la Forge, du cor et de l’oiseau charment par la justesse du ton et la fraîcheur de l’inspiration.

García Alarcón magnifie la dimension humaine et spirituelle de Theodora

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George Frideric Handel (1685-1759) : Theodora, oratorio en trois actes, HWV 68. Sophie Junker (Theodora), Dara Savinova (Irene), Christopher Lowrey (Didymus), Matthew Newlin (Septimius), Andreas Wolf (Valens), Frederico Projecto (Messenger) ; Chœur de Chambre de Namur ; Millenium Orchestra, direction Leonardo García Alarcón. Texte de présentation en français et en anglais. 146'21. 2 CD Ricercar RIC 485.