Retour musical sur le concert du Nouvel an 2025

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Bonne nouvelle, même à 83 ans on peut réserver des surprises aux gens ! Alors que nous étions sans espoir concernant la tonalité du Neujahrskonzert 2025... Ricardo Muti se révèle au bout de sa septième tentative plus intéressant dans cet exercice qu'il ne l'a jamais été en 30 ans. Tous les espoirs sont donc permis dans la vie.

Il nous faut modérer tout de suite notre propos. Muti, qui est une légende dans bien des répertoires, n'est pas devenu un Carlos Kleiber bis du jour au lendemain. Disons qu'il y a un grand mieux par rapport à ses six concerts du nouvel an précédents. De l'enterrement de première classe habituel nous passons sans avertissement à une prestation pleine de finesse, intelligente et libre. Un peu de légèreté, d'esprit viennois cela change tout ! Il faut entendre la célèbre Tritsch-Tratsch Polka pour s'en convaincre et la non moins réputée valse Accelerationen.

Pour une fois nous en avons pour notre argent un 1er janvier avec le chef napolitain. Même dans l’ouverture du Baron tzigane il y des traces de vie jusqu'à rarement vues chez Muti dans sa direction du répertoire de la famille Strauss. On y prend un certain plaisir et l'ennui s'éloigne à mesure que le concert gagne en intensité. Point de révolution ici mais une impression globale de réussite dans une optique traditionnelle.

Bach à Lüneburg : neuvième volume d’une remarquable intégrale de l’Orgelwerk

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Intégrale de l’oeuvre d’orgue vol. 9. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Variations canoniques BWV 769/760a ; Fuga sopra il Magnificat BWV 733 ; Aria d’après Couperin BWV 587 ; Variations sur Herr Christ der einig’ Gottessohn Anh.77 ; Fugue en sol mineur BWV 131a ; O Vater allmächtiger Gott BWV 758 ; Fugue en sol majeur BWV 577 ; Wenn wir in höchsten Nöten sein Anh.78 ; Liebster Jesu, wir sind hier BWV 754 ; Six Chorals « Schübler ». Marie-Ange Leurent, Éric Lebrun, orgue de l’église Saint Jean de Lüneburg. 2023. Livret en français. 74’13''. Chanteloup Musique.

Beethoven et Bruckner à Monte-Carlo

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On retrouve le chef d'orchestre franco-suisse Bertrand de Billy pour le premier concert symphonique de l'année de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo sur la scène de l’Auditorium Rainier III Monte-Carlo

Le Trio Zeliha composé de la violoniste Manon Galy, du violoncelliste Maxime Quennesson et du pianiste Jorge González Buajasán interprètent en première partie le Triple concerto de Beethoven. Ces jeunes trentenaires sont tous vainqueurs de concours internationaux et ont également une carrière de solistes. Ils s'étaient produits à Monte-Carlo en 2020, en pleine pandémie du Covid, à leurs débuts pour un concert de musique de chambre. Ils avaient programmé le Trio des esprits et le Trio archiduc de Beethoven.  Jorge González Buajasán avait donné un an plus tard une superbe interprétation du Concerto n°1 de Chopin avec l'OPMC sous la direction de Stanislav Kochanovsky. 

L'originalité du Triple concerto de Beethoven réside dans l'art d'équilibrer le détail de la musique de chambre et concertante, un étonnant mélange d’intimité et de déferlement orchestral. Beethoven n'a pas écrit de concerto pour violoncelle mais dans le triple concerto, le violoncelle à la partie privilégiée. Maxime Quennesson entretient un dialogue poétique avec le violon de Manon Galy et avec le piano majestueux de Jorge González Buajasán quand il joue en duo.  Et quand Quennesson joue seul, il est transpercé par son violoncelle. Bertrand de Billy, l'OPMC et les solistes ont une communication immédiate.

Le public est charmé par l'enthousiasme, l'ardeur, la musicalité, l'énergie vibrante, la virtuosité et la présence scénique du jeune trio. Après une ovation, ils donnent en bis le “rondo all'ongarese" du Trio n°39 de Haydn.

A Genève, un Orchestre de Chambre de Lausanne insolite

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Christian Immler
Photo: Marco Borggreve

Durant cette saison 2024-2025, l’Orchestre de la Suisse Romande, occupé par les répétitions de Salome au Grand-Théâtre de Genève, invite l’Orchestre de Chambre de Lausanne à se produire deux fois au Victoria Hall en l’espace de quinze jours.

Le premier programme aurait dû comporter les Six Monologues de Jedermann de Frank Martin, remplacés au cours de ces dernières semaines par les Kindertotenlieder de Gustav Mahler. Le baryton-basse Johan Reuter aurait dû en être l’interprète. Tombé malade, il est remplacé au pied levé par Christian Immler, interprète chevronné du lied, actuellement professeur à la Kalaidos Fachhochschule de Zürich.

L’Orchestre Simón Bolívar et Gustavo Dudamel à la Philharmonie : tout pour la fête !

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Au départ, il y a El Sistema, « Le Système », né en 1975 (on fête donc cette année son cinquantenaire). Il s’agit, nous dit le livret distribué pour les deux concerts donnés à la Philharmonie par son orchestre phare et son chef emblématique, d’un « programme d’une ampleur inégalée, désormais un véritable modèle pédagogique élargi à près de soixante-dix pays, a permis d’offrir une formation musicale gratuite à plus d’un million d’enfants et de jeunes au sein de 443 centres et 2351 modules d’enseignement répartis sur l’ensemble du territoire vénézuélien. »

Sur scène, il y a donc l’Orchestre Symphonique Simón Bolívar, dirigé par celui qui en a pris les rênes en 1999 (lui-même issu de ce fameux El Sistema) et qui est devenu, depuis, incontestablement une star : Gustavo Dudamel.

Quant à la déclinaison française de ce programme vénézuélien, il s’agit de Démos (Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale), dont on fête cette année les 15 ans, et qui a déjà bénéficié à plus de 10 000 enfants de 7 à 12 ans.

Deux concerts étaient donc proposés : le samedi soir, avec des œuvres de José Antonio Abreu, le fondateur d’El Sistema (et professeur de Gustavo Dudamel, qui dit avoir tout appris de lui), et la Troisième Symphonie de Gustav Mahler ; et le dimanche après-midi, dont il sera question ici.

Avant même que le concert ne commence, il y a un air de fête. Tout d'abord, nous sommes accueillis, dans le hall, par des sonneries de cuivres, qui semblent venir du ciel... En montant au premier balcon, on découvre, sur la coursive qui donne sur le hall, huit musiciens de l’orchestre, en frac, qui jouent à intervalle régulier une courte (et impressionnante) fanfare. 

Et puis, dans la salle, il y a une atmosphère particulière. Moins feutrée que d’habitude. Sur scène, il y a de quoi installer une bonne centaine d’instrumentistes. L’entrée de Gustavo Dudamel déchaîne aussitôt l’enthousiasme.

A la Philharmonie de Paris : London Calling

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Boulez, Benjamin, Brahms. Triple B pour une soirée avec un grand S, et un casting anglo-saxon cinq étoiles : Sir Simon Rattle et le London Symphony Orchestra, avec une certaine Barbara Hannigan en guest. Bref, la promesse d’un sacré moment.

Boulez joué à domicile 

Eclat (1965) était la première pièce donnée ; une petite dizaine de minutes de travail sur les timbres, avec quinze instruments. Et rien que pour entendre glockenspiel, harpe, célesta, mandoline et cymbalum sur la même scène, ça vaut le détour. L’une des nombreuses spécificités de ce morceau réside quand même, il faut le dire, dans la circulation imprévisible du son, qui erre nerveusement de pupitre en pupitre, sans que l’on ait toujours le temps d’identifier quel instrument joue. Expérience singulière, vous en conviendrez, que de voir des timbres aussi irréductibles se confondre. On aurait tout de même apprécié un calme olympien pour cette dentelle sonore – on eut plutôt droit à cinquante nuances de raclement de gorge. Indice de l’intérêt éprouvé par le public ? Joker.

Picture an evening like this 

Quoiqu’il en soit, après ce Boulez bien ardu, on avait soif de phrases juteuses. Arriva à point nommé l’Interludes and Aria de George Benjamin, pièce d’une vingtaine de minutes pour orchestre et soprane créée quelques jours plus tôt à Londres (tirée en réalité de l’opéra Lessons in Love and Violence du même compositeur). Ce morceau trouble, étrange, faisait émerger en son milieu une litanie sauvage exécutée par une Barbara Hannigan transie et bluffante. Un récitatif qui déborde rapidement son propre cadre, à coup de soubresauts, dans une ligne vocale (on n’oserait dire mélodique) folle et heurtée, mais fascinante malgré tout. Au global, la performance reste, même dans les passages purement orchestraux, une expérience étrange et déconcertante. Si vous connaissez le duo Benjamin/Crimp, vous ne serez pas surpris.

Le Ring à Bayreuth en 1953 : Joseph Keilberth exalte le chant

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Richard Wagner (1813-1883) : Der Ring des Nibelungen. Hans Hotter (Wotan, Wanderer), Martha Mödl (Brünnhilde), Wolfgang Windgassen (Siegfried), Ramón Vinay (Siegmund), Regina Resnik (Sieglinde), Gustav Neidlinger (Alberich), Joseph Greindl (Fafner, Hunding, Hagen), Ira Malaniuk (Fricka, Waltraute), Rita Streich (Waldvogel), etc. ; Chœurs et Orchestre du Festival de Bayreuth, direction Joseph Keilberth.  1953. Notice en anglais et en allemand. 14 h. 15’. Un coffret de 12 CD Pan Classics PC 10461