Hommage à Nadia Boulanger. Oeuvres d’Igor Stravinsky (1882-1971), Astor Piazzolla (1921-1992), Aaron Copland (1900-1990), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Nadia Boulanger (1887-1979), Vladimir Cosma (1940–, Lili Boulanger (1893-1918), Françis Poulenc (1899-1963), Gabriel Fauré (1845-1924), Michel Legrand (1932-2019), Philip Glass (1937-), Jean Françaix (1912-1997), Leonard Bernstein (1918-1990). Lola Descours, basson ; Paloma Kouider, piano ; Trio ABC ; Octuor de France. 2024. Livret en français et anglais. 67’31’’. Indésens Calliope Records. IC039
Au Festival international de Piano La Roque d’Anthéron, de jeunes musiciens en vue se retrouvent aux côtés de grands pianistes mondiaux. Ainsi, les 5 et 6 août, le Français Gabriel Durliat (né en 2001) et la Russe Alexandra Dovgan (née en 2007) montent sur la mythique scène du Parc de Florans.
Gabriel Durliat, un surdoué
Tout au long du récital, Gabriel Durliat se montre particulièrement sensible dans l’interprétation des mouvements lents, qu’il aborde avec une maîtrise remarquable. Ses jeux sont empreints d’un sens profond du chant et d’un lyrisme naturel, où chaque note semble respirer, sans jamais sombrer dans la lourdeur, même lorsqu’il adopte un tempo très lent. Que ce soit dans les œuvres de Mozart, Fauré ou Schubert, il parvient à insuffler une grande délicatesse. En revanche, les mouvements rapides de la Sonate n°10 en ut majeur K. 330 de Mozart « coulent » sous ses doigts, certes avec fluidité, mais délaissant quelque peu la précision. Le troisième mouvement est dynamique, où la deuxième partie révèle une tendresse et une innocence touchantes. Les trois pièces suivant de Fauré -Barcarolle n° 1 en la mineur op. 26, In Paradisum (extrait du Requiem op. 48 dans un arrangement du pianiste), et Barcarolle n° 12 en mi bémol op. 106 bis- sont regroupées telle une suite, avec une alternance de tempi, modéré-lent-modéré. Ici, la cohérence de l’interprétation, à la fois réfléchie et expressive, fait briller le sens de sa construction musicale. En effet, il compose entre l’intimité (1re partie de l’op. 26, In Paradisum) et l’ouverture qui se caractérise par l’élargissement du spectre sonore (2e partie de l’op. 26 puis l’op. 106 bis).
Dans la Sonate n°21 en ut mineur D.958 de Schubert, qu’il a présentée pour la première fois en public comme il nous l’a confié après le concert, il est encore possible de percevoir l’absence du poids accablant de la vie qui caractérise l’œuvre tardive de Schubert. Néanmoins, il parvient avec brio à faire ressortir le côté pathétique de la pièce, en accentuant habilement certains accords dans le deuxième mouvement, tout en maintenant admirablement une transparence générale. Dans l’Allegro final, le rythme obstiné, typiquement schubertien, est parfois imprécis, et, comme dans le mouvement initial, les triolets mélodiques à la main droite ont tendance à filer. Malgré ces quelques faiblesses, son interprétation demeure vibrante et fait entrevoir son sens de construction.
Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°3 en mi bémol, op. 55 “Eroica”; Gustav Mahler ((1860-1911) : Symphonie n°5 en do dièse mineur. Park Avenue Chamber Symphony, direction : David Bernard. 2020-2022. Livret en anglais. 120’29’’. Recursive Classics RC5213876.
Johannes Brahms (1833-1897) : O Traurigkeit, o Herzeleid WoO7. Fugue en la bémol mineur WoO 8. Prélude & Fugue en la mineur WoO 9. Prélude & Fugue en sol mineur WoO 10. Onze Préludes de choral Op. 122 (+ registration alternative pour Schmücke dich, o liebe Seele et conclusion alternative pour Herzlich tut mich verlangen. Konstantin Volostnov, orgue de l’église centrale des Chrétiens-Baptistes évangéliques de Moscou. Août 2020. Livret en anglais. TT 67’12. Naxos 8.579147
Robert Schumann (1810-1856) : Sechs Stücke in kanonischer Form Op. 56 ; Vier Skizzen für den Pedal-Flügel Op. 58 ; Sechs Fügen über den Namen Bach Op. 60. Tom Winpenny, orgue de l’église St. Matthäi de Gronau (Leine). Juillet 2022. Livret en anglais. TT 63’21. Naxos 8.574432
Italo Montemezzi (1875-1952) : Symphonie en mi mineur ; Sérénade « A ti hermosa » ; Italia mia ! Nulla fermerà il tuo canto, poème symphonique. 2002/03. Orchestre Philharmonique de Vérone, direction Enzo Ferraris. Notice en anglais. 52.12. Opera Discovery 1CC24261-07.
Urlicht : Songs of Death and Resurrection. Lieder avec orchestre et extraits d’opéras de Gustav Mahler (1860-1911), Engelbert Humperdinck (1854-1921), Erich Wolfgang Korngold (1897-1957), Hans Pfitzner (1869-1949), Alexander von Zemlinsky (1871-1942), Walter Braunfels (1882-1954) et Alban Berg (1885-1935). Samuel Hasselhorn, baryton ; Orchestre Philharmonique de Poznan, direction Łukasz Borowicz. 2023. Notice en français, en anglais et en allemand. Textes en langue originale, avec traductions en français et en anglais. 56.10. Harmonia Mundi HMM 902384.
Himmelsburg. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concertos pour violon en mi majeur BWV 1042, en ré mineur BWV 1052R, en la mineur BWV 1041, en sol mineur BWV 1056R. Lina Tur Bonet, violon. Musica Alchemica. Timoti Fregni, Noyuri Hazama, violon. Natan Paruzel, alto. Marco Testori, violoncelle. Margherita Naldini, violone. Matteo Messori, clavecin. Novembre 2022. Livret en anglais, français, allemand. TT 59’56. Glossa GCD 924702
Wonder Women. Œuvres de Antonia Bembo (c.1640-c.1720), Francesca Caccini (1587-c.1641), Francesca Campana (c.1615-1665), Maurizio Cazzati (1616-1678), Andrea Falconieri (1585/6-1656), Isabella Leonarda (1620-1704), Barbara Strozzi (1619-1677), et chants traditionnels mexicains et italiens. Céline Scheen, soprano ; Luciana Mancini, mezzo-soprano ; Benedetta Mazzucato,mezzo-soprano ; Vincenzo Capezzuto, alto ; L’Arpeggiata, théorbe, direction, conception et arrangements de Christina Pluhar. 2023. Notice en anglais, en français et en allemand. Textes chantés en langue originale, avec traduction anglaise. 70.19. Erato 5054197959165.
Ludwig van Beethoven (1170-1827) / Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°5 en ut mineur, Op.67 ; Symphonie n°3 en mi bémol majeur, Op;58 “Eroica” ; Symphonie n°7 en la majeur, Op.92 ; Symphonie n°9 en ré mineur Op.125 ‘Ode an die Freude” ; Ouvertures de Coriolan, Op.92, Leonore n°2, Op.72 ; Leonore n°3, Op72b ; Quatuor à cordes en Fa mineur, Op.72. Margarita Vilsone, soprano ; Evelyne Krahe, mezzo-soprano ; Michael Müller-Kasztelan, ténor ; Derrick Ballard, baryton. Czech Philharmonic Choir de Brno ; Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz, direction : Michael Francis. 2021-2023. Livret. en allemand et anglais. 3 CD Capriccio C5484
Un bonheur partagé ! Au sud-est de la Finlande, à Savonlinna, une petite ville au bord du lac Saimaa, le plus grand lac d’un pays qui en compte tant et tant. A l’occasion du presque centenaire Festival d’Opéra, dans la cour d’honneur (prudemment recouverte) du redoutable château d’Olavinlinna. Au milieu d’un public nombreux manifestement heureux de se retrouver là pour ses célébrations lyriques annuelles. Au programme du festival cette saison, Lohengrin, Nabucco, Don Giovanni, La Fiancée vendue et, la raison de ma présence là-bas, l’Adriana Mater de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho (1952-2023).
Une œuvre créée à l’Opéra Bastille de Paris le 3 avril 2006, une œuvre plus que fraîchement accueillie à l’époque par une critique qui s’en prenait aussi bien au livret qu’à la partition. Et pourtant ! Voilà que cette même œuvre, dans sa production suédoise par le Norrlandsoperan, a suscité l’enthousiasme unanime.
Le livret ? Il est de l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, déjà l’auteur de celui de « L’Amour de loin », le premier opéra de Kaija Saariaho. Quelque part dans un pays en guerre (à la création, on pouvait y reconnaître les Balkans, mais les soubresauts de l’Histoire ne cessent hélas d’en actualiser les lieux), une jeune femme victime d’un viol se retrouve enceinte. Malgré les injonctions de sa sœur, elle garde l’enfant : « C’est mon fils, c’est à moi qu’il ressemblera ». Elle se réjouit de ces « deux cœurs qui battent en elle ». Mais elle est néanmoins taraudée par une terrible question : lui ressemblera-t-il ou ressemblera-t-il à son père, « sera-t-il Caïn ou Abel ? » Dix-sept ans plus tard, le fils retrouve son père, bien décidé à le tuer. Mais il découvre alors que ce père est devenu aveugle et ne peut se résoudre à l’exécuter. Il se désole de cette décision auprès de sa mère : « J’ai manqué de courage, je me suis enfui. Mère, pardonne-moi ! » Mais elle lui répond alors : « Cet homme méritait de mourir, mais tu ne méritais pas de le tuer… Si tu étais vraiment le fils de cet homme, tu l’aurais tué. J’ai enfin la réponse : le sang du meurtrier s’est apaisé en côtoyant le mien… Aujourd’hui, nous ne nous sommes pas vengés, Yonas. Mais nous nous sommes sauvés ».