Le retour de Viktoria Mullova à Monte-Carlo 

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Viktoria Mullova n'était plus venue à Monte-Carlo depuis plusieurs années. Ce retour était très attendu des mélomanes tant l'artiste se plaît à s’affranchir des frontières : après un passage par la musique baroque jouée sur cordes en boyau avec les meilleurs ensembles baroques, une incursion dans le monde du jazz et du pop, culminant par un duo de jazz avec son fils le bassiste Misha Mullov-Abbado. On la retrouve en compagnie de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dans le Concerto n°1 de Chostakovitch, une partition qui est son cheval de bataille depuis des années. 

Mullova revient au jeu de ses débuts, celui inspiré de l'école russe transmise par son mentor Leonid Kogan. La profondeur, la retenue, l'émotion et l'autorité avec lesquelles elle aborde chaque mouvement se démarquent vraiment. Chaque note est chantée, la résonance de son violon est étonnante, elle a une manière très pure de faire de la musique qui va droit au cœur. Elle commence le premier mouvement avec une ligne de chant douce et hypnotique qui ne s'arrête qu'à la dernière mesure. Le scherzo a tout le mordant nécessaire. Le son douloureux de la Passacaille, la virtuosité de la cadence et le “Burlesque” qui tourne en dérision la folie de l’agitation quotidienne, est époustouflant. Qui donc ne serait pas bluffé par l'incroyable virtuosité de Mullova ? Elle se balade dans les portées, sur des tempi supra-humains et reste imperturbable... Quel talent, quel flegme -et quel immense travail. Avec Mullova, la plus grande virtuosité est toujours au service de la plus grande musicalité. Même si l'on craint l'usage forcené des superlatifs, ne s'approche-t-on pas ici du sublime ? C'est un triomphe ! Après plusieurs rappels elle nous offre une page de Bach qui est son compositeur préféré, et qu'elle joue à merveille.

L’ultime veine créatrice de Bach, convoquée à la mémoire du facteur d’orgue Gérard Bancells

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Bach à Leipzig. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Ricercar à six voix [Offrande musicale BWV 1079]. Dies sind die heiligen Zehn Gebot ; Fughetta super Dies sind die heiligen Zehn Gebot ; Wir glauben all’ an einen Gott ; Vater Unser im Himmelreich [BWV 678-683, Clavierübung III]. An Wasserflüssen Babylon ; Nun komm, der Heiden Heiland ; Trio super Nun komm, der Heiden Heiland ; Jesus Christus, unser Heiland BWV 653, 659-661, 665, 666 [Autographe de Leipzig]. Vom Himmel Hoch da komm ich her BWV 701. Variations canoniques BWV 769a. Vor deinen Thron tret’ ich hiermit BWV 668. Stéphane Bois, orgue de la chapelle Sainte-Claire de l’Institut catholique de Toulouse. Livret en français, anglais. Juillet 2022. TT 78’49. Hortus 226

ICMA 2024 : les nominations

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Le jury des International Classical Music Awards ICMA publie la liste des nominations pour l'édition 2024.

Les nominations de cette année comprennent de nombreux solistes, ensembles, chefs d'orchestre et orchestres de renom, ainsi qu'un grand nombre de jeunes musiciens, dont beaucoup sont nommés pour la première fois. Au total, 375 productions audio et vidéo de 115 labels différents ont été nominées. 

Pour être nommée, une production doit être proposée par au moins deux membres du jury. Avec 23 nominations, Naxos occupe la première place. Il est suivi par Pentatone (22), Harmonia Mundi (21) et Alpha (20). Les finalistes seront connus le 11 décembre. Les noms des lauréats seront révélés le 18 janvier 2023.

La cérémonie de remise des prix et le concert de gala se dérouleront au Palau de la Musica de Valence le 12 avril 2024, avec l'Orquesta de Valencia dirigé par son directeur artistique et musical Alexander Liebreich.

Le site des ICMA : www.icma-info.com

Bohuslav Martinů, entre Paris et New-York

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Bohuslav Martinů (1890-1959) : Concerto pour violon, piano et orchestre H. 342 ; Sonate pour violon et piano n° 3 H. 303 ; Cinq Petites Pièces pour violon et piano H. 184. Josef Špaček, violon ; Miroslav Sekera, piano ; Orchestre symphonique de la Radio de Prague, direction Petr Popelka. 2020/22. Notice en anglais, en allemand, en français et en tchèque. 63.15. Supraphon SU 4330-2.

Micromégas, opéra rêvé et rêve d’opéra

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Le projet frémissait depuis un temps, de donner à Ars Musica sa sœur bisannuelle, en même temps qu’à la voix sa place dans la création contemporaine : Next Opera Days prend appui sur l’accessibilité (relative) de l’opéra de poche (la souplesse d’une distribution et d’une mise en scène parcimonieuses) pour propulser des (jeunes) compositeurs-narrateurs sur les scènes bruxelloises. L’opéra parlé (poétique et radiophonique) Consensus Partium d’Alessandro Bosetti et David Christoffel ouvre le jeu (après une table ronde sur les potentielles métamorphoses du genre et une master class de chant) et Mary de Clara Olivares (au Théâtre de La Balsamine le 17 novembre) , opéra entre littérature et art de la marionnette, le referme, deux créations entre lesquelles je m’installe, aux Brigittines, dans la Chapelle aux briques brutes aujourd’hui accolée à son aile moderne, vitrine de verre presqu’indécente dans la nuit pluvieuse mais diablement accueillante, pour l’inédit Micromégas, au premier soir des deux représentations que propose le festival -en fait, pas tout à fait, puisque la matinée est dédiée, en version courte, aux enfants, ravis du conte, jouissif autant que philosophique, de Voltaire.

Les trois voix féminines s’échelonnent sur la gauche de la scène (Karolyn Karolyi, la voix du cycle Sippal, Dobbal, Nádihegyedüvel de son compatriote György Ligeti ; Blandine Coulon, ancienne des chœurs d’enfants de la Monnaie ; Elise Gäbele, du Conservatoire Royal de Bruxelles), que délimite un dispositif visuel à deux écrans, encageant avec la douceur du translucide du premier les dix musiciens de l’Ensemble Musique Nouvelles et son chef, Jean-Paul Dessy. Les images en mouvement de Thomas Pénanguer, plasticien vidéo-graphique d’origine bordelaise, accompagnent de lueurs floues, parfois figuratives, le plus souvent évocatrices, les quatre parties musicales, jouées sans véritable interruption, et habillent l’imaginaire voltairien, prétexte, au travers du voyage interplanétaire du secrétaire de l’Académie de Saturne et du géant Micromégas, résident érudit exilé de Sirius, à une critique, argumentée et ironique, de l’ignorance nombriliste, de la guerre injuste, de la croyance intolérante -1752 ne diffère au fond pas tant de 2023.

Auferstehungshistorie de Schütz : une touchante interprétation pour ce 400e anniversaire

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Heinrich Schütz (1585-1672) : Auferstehungshistorie SWV 50 ; Sinfonias SWV 471. Surrexit pastor bonus SWV 469. Franz Tunder (1614-1667) : Sinfonia da Pacem. Michael Praetorius (1571-1621) : Christ ist erstanden. Ensemble Polyharmonique, Alexander Schneider. Johannes Gaubitz, Évangéliste. Livret en allemand, anglais, français. Texte des paroles en Allemand. Février 2022. TT 62’46. Accentus ACC 30620

Debussy, Ravel et Attahir par le Quatuor Arod 

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Le Quatuor Arod s’est imposé comme l’un des ensembles de chambre les plus brillants de la scène mondiale actuelle. A l’occasion de ses 10 ans, le Quatuor Arod fait paraître  un album  qui propose les quatuors de Debussy et Ravel mis en relief par une création de Benjamin Attahir. Cet enregistrement Erato est complété par un documentaire du légendaire Bruno Monsaingeon “Le quatuor Arod - Ménage à quatre” qui nous plonge dans le quotidien des musiciens.  Crescendo Magazine s’entretient avec Jérémy Garbarg, violoncelliste, du Quatuor Arod. 

Votre album propose les Quatuors à cordes de Debussy et Ravel, deux piliers du répertoire, en particulier pour des interprètes français. Qu’est-ce qui vous a motivés à enregistrer, maintenant, au stade actuel de votre évolution artistique, ces deux partitions et pas avant ?

Pour un quatuor français, s'attaquer aux quatuors de Ravel et Debussy est une étape assez symbolique. L'année des 10 ans d'existence du Quatuor Arod semblait être le bon moment pour s'adonner à ce répertoire que nous chérissons. En tant qu'artistes, nous avons été baignés toute notre vie dans la culture de la musique française mais aussi de toutes ses formes d'art, et aborder ce langage nous est apparu comme quelque chose d'évident. Durant ces dix années d'existence, nous avons peaufiné les couleurs de notre instrument quatuor, et marquer cette saison anniversaire par l'approfondissement et l'enregistrement de ces chefs-d'œuvre nous a profondément inspirés et fait évoluer. 

Votre album propose le premier enregistrement de l’édition révisée RAVEL EDITION du Quatuor pour instruments à cordes de Ravel. Qu’est-ce que cette édition vous a apporté  ? En quoi cette édition révisée a-t-elle questionné votre connaissance  de la partition de Ravel ?

La question de l'édition est toujours centrale dans notre travail de recherche autour de l'œuvre que nous travaillons et la découverte du travail de la RAVEL EDITION a profondément remis en question certains aspects de l'œuvre. Là où le novice ne voit qu'une différence de nuance, d'emplacement d'une dynamique, d'un phrasé, nous voyons l'expression d'un premier geste artistique altéré par la volonté d'interprètes de l'époque, le travail bâclé d'éditeur qui prend des libertés dans la copie, et un rapport à la musique plus libre de la part du compositeur. Le travail de la RAVEL EDITION consiste à revenir à la source et à comprendre le pourquoi des modifications ultérieures. Obtenir ces éléments de réponse en tant qu'interprètes a permis de trouver plus de cohérence dans la partition à beaucoup de moments où nous nous questionnions. De plus, cela permet aussi de comprendre que Ravel a parfois révisé la partition car les interprètes qui en ont assuré la création n'avaient pas forcément les moyens de réaliser la version écrite correctement -à l'interprète de juger de ce qui sonne le mieux, en fonction de son goût.  Nous encourageons tous les quatuors à travailler sur cette édition, et espérons que les droits régissant le manuscrit en permettent bientôt la libre consultation. 

Cet album propose également une œuvre contemporaine de Benjamin  Attahir, Al Asr. Comment avez-vous rencontré ce compositeur ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans son écriture ?

Il y a beaucoup de liens entre Benjamin Attahir, le Quatuor Arod, et Ravel et Debussy. Al Asr a été créé en 2017 par le Quatuor Arod et c'est la pièce que nous avons le plus souvent joué en concert -plus de 70 représentations en 6 ans ! L'univers sonore de Benjamin est très imagé, suggestif et poétique, lui conférant ainsi de grandes similitudes avec les chefs-d'œuvre de Ravel et Debussy. Il reproduit dans sa pièce la "chaleur écrasante du désert", un oud, et compose une immense fugue finale. C'est cette fascination pour les compositeurs du passé qui l'ont aussi poussé à travailler sur la révision du Quatuor de Ravel avec la RAVEL EDITION, tout était donc fait pour que nous intégrions sa pièce à notre album français. 

Philippe Chamouard, compositeur

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Le compositeur Philippe Chamouard est à l’honneur d’un album Indésens Calliope Records qui propose 3 de ses concertos. A l’occasion de cette parution stimulante portée par des interprètes d’exception, Crescendo a souhaité s’entretenir avec le compositeur. 

En ces temps de déconstructions multiples, votre œuvre comporte force figures classiques comme des symphonies et des concertos. Qu’est-ce qui vous attire vers ces formes musicales ?

Il paraît dépassé d’utiliser encore de nos jours les formes musicales classiques. Pendant plusieurs siècles, elles ont fait la preuve de leur solidité et de leur équilibre. Pourquoi s’en passer de nos jours ? La variation est toujours présente chez les compositeurs alors qu’elle apparaît en tant que forme au XVIe siècle. Bien qu’on puisse utiliser des structures plus libres comme je le fais souvent plutôt dans des partitions courtes, c’est cet équilibre formel qui me permet de construire une partition symphonique.

En ce qui concerne les concertos, cet album en propose 3 : pour violon, basson et trompette. Soit 3 instruments très différents de timbres et de tessitures. Vous avez également composé un concerto pour harpe celtique Qu’est-ce qui vous a séduit dans ces instruments au point d’en composer des concertos?

Concernant la forme du concerto, le sujet est différent. D’abord, excepté celui pour basson qui a été conçu comme tel avec trois mouvements, les autres partitions ne sont pas réellement des concertos. Ce sont plutôt des œuvres concertantes ou avec instrument principal et orchestre. En réalité, chacun de mes « concertos » possède sa propre personnalité qui ne répond pas forcément aux critères de la forme. J’ai écrit le Concerto pour violon qui est en fait un concertino en un seul mouvement car j’ai toujours été attiré par les instruments à cordes. C’est la raison pour laquelle j’ai composé un « concerto » pour violoncelle dont l’intitulé Entre source et nuages à plus de valeur. D’ailleurs, c’est l’éditeur qui l’a classé dans le genre concerto. Le Concerto nocturne pour trompette et orchestre n’est pas non plus un concerto au sens usuel du terme bien que ce soit Maurice André qui m’ait demandé d’en écrire un pour son instrument. J’ai voulu faire résonner une trompette non pas brillante et virtuose comme elle est souvent montrée mais poétique, encline au charme et à la méditation ; ses timbres se fondant avec les autres pupitres de l’orchestre.  Il y a peu de pièces orchestrales concertantes avec la harpe celtique et le basson. Je trouvais utile de leur consacrer au moins une partition.