Les Millésimes 2025 de Crescendo Magazine 

par

Cette édition 2025 des Millésimes de Crescendo Magazine est très particulière car, en janvier dernier, notre cofondatrice Michelle Debra (1950-2025), nous a quittés. Crescendo-Magazine avait été fondé, en 1993, par Bernadette Beyne (1949-2018) et Michelle Debra, initiative novatrice et visionnaire, à partir de la Belgique francophone. Au fil des années, Crescendo-Magazine s’est établi une notoriété internationale fondée sur la découverte et le partage, fédérant de nombreuses plumes et un lectorat fidèle, autour de la musique classique. 

Ainsi, de manière à faire perdurer, tant l’esprit pionnier que la passion de la découverte qui animaient Bernadette Beyne et Michelle Debra, la rédaction de Crescendo-Magazine, a souhaité, dans le cadre des Millésimes annuels, décerner un “Prix Bernadette Beyne et Michelle Debra” qui récompense une initiative pionnière et exemplative du  dynamisme de la scène musicale tout en y associant les plus hautes exigences de qualité et de renouveau. 

Ce premier “Prix Bernadette Beyne et Michelle Debra” est décerné à l’enregistrement consacré aux Symphonies n°1 et n°2 de la compositrice Elsa Barraine par  WDR Sinfonieorchester sous la direction de la cheffe d’orchestre Elena Schwarz (CPO).  Cet enregistrement consacre une artiste magistrale, dans le mouvement de redécouverte des compositrices, sous la direction d’une cheffe d'orchestre qui compte parmi les grands talents de notre temps et que Crescendo Magazine suit depuis plusieurs années au fil d’une carrière de haut rang.    

A une époque où la modernité est remise en cause, la sélection des Millésimes met en avant des compositeurs qui ont marqué leur époque par la rupture et l’incarnation de l'avant-garde. Ainsi l’enregistrement de l’année consacre un album qui met en relief le magistral Coro de Luciano Berio avec une partition du génial compositeur slovène Vito Žuraj : Automatones qui s’impose comme l’un des grands chefs d'œuvres des années 2020. 

Modernité de rupture également avec 2 merveilleuses parutions consacrées à Arnold Schoenberg par les Berliner Philharmoniker sous la direction de Kirill Petrenko et l’Orchestre symphonique de Montréal sous la baguette de Rafael Payare. 

Les millésimes 2025 de Crescendo Magazine, c’est une attention portée au matrimoine musical avec un album Amy Beach avec le chef d’orchestre Joseph Bastian, à la découverte de pans de répertoires encore méconnus comme les oeuvres pour piano de Miklós Rózsa par Krisztina Fejes, les mélodies de Donizetti, projet éditorial structurant du label Opera Rara ou bien une plongée dans la Paris musical du Premier empire.  

De Belgique, on salue les parutions Ricercar (Colonna/Haendel) et Musiques en Wallonie (Ysaÿe) avec les ensembles belges Chœur de Chambre de Namur et Orchestre philharmonique royal de Liège. 

Les critiques musicaux de notre média, apprécient toujours, entendre les classiques revisités par des interprètes de notre temps à l’image d’Alexandre Kantorow (Brahms - Schubert), François Dumont (Debussy), Beatrice Rana (Bach),  ou Evangelina Mascardi (Weiss). 

Nous vous invitons à découvrir cette cinquième édition des Millésimes de Crescendo-Magazine  dans cette brochure numérique, mais surtout, nous vous invitons à les écouter. 

Découvrir le palmarès 2025 des Millésimes de Crescendo Magazine

Zoi Tsokanou et la musique symphonique grecque 

par

Zoi Tsokanou.
Thessaloniki, Old Post, 11.06.2022.

La cheffe d’orchestre Zoi Tsokanou dirige l’Orchestre Symphonique d’Etat de Thessalonique pour un album, intitulé TOPOS, qui propose un panorama de la musique symphonique grecque au XXe siècle avec des oeuvres de  Solon Michaelides, Manolis Kalomiris, Yannis Constantinidis et Nikos Skalkottas. Ce titre de TOPOS, renvoie à la notion de territoire, concept en écho à ce disque majeur. A cette occasion, Crescendo Magazine s’entretient avec la musicienne afin de placer en perspective l’art orchestral grec. 

Votre enregistrement s'intitule "Musique orchestrale grecque du 20e siècle". Comment définiriez-vous les caractéristiques de la musique orchestrale grecque du XXe siècle ? Quelles sont ses caractéristiques remarquables ?

Ce qui rend la musique orchestrale grecque du XXe siècle si unique, c'est l'incroyable diversité des influences du patrimoine musical grec, depuis les années anciennes, le chant byzantin, les sons orientaux et la musique folklorique, se mêlant aux influences occidentales et aux tendances musicales du 20e siècle. Les compositeurs grecs ont dû trouver leur propre voix entre Orient et Occident, tradition et modernisme, en créant un amalgame unique de styles et de langages musicaux dans leurs partitions orchestrales, de l'École nationale grecque jusqu'à l'Avant-Garde.

Comment avez-vous choisi les œuvres présentes sur cet album ?

Ce fut un processus plutôt agréable ! Nous voulions présenter avec cet album quelques points forts de la musique symphonique grecque avec une référence claire aux TOPOS grecs en tant que symbole du paysage associé à la culture, au peuple, à l'esprit et à l'âme locaux. Le choix des pièces se compose de quatre approches différentes de l'adaptation de la musique folklorique dans le langage musical des quatre compositeurs. C'est une musique familière que nous connaissons très bien et avec laquelle nous grandissons, comme les Suites de danses de Constantinides et Skalkottas, une pièce en lien particulier avec le fondateur de  l’Orchestre symphonique d’État de Thessalonique, Solon Michaelides, et une découverte et premier enregistrement, l'île rare de la figure la plus impressionnante de l'École nationale grecque de musique, M. Kalomiris.

Les superbes paysages de Grèce semblent être une source d'inspiration essentielle pour les compositeurs. La musique symphonique grecque est-elle essentiellement naturaliste ?

Il est vrai que les paysages grecs et surtout la musique folklorique qui leur est associée ont toujours été une grande source d'inspiration pour les compositeurs, et c'est précisément le sujet de notre nouvel album. Mais ce n’est qu’une facette de la musique symphonique grecque et même dans ce spectre, la musique n’est pas seulement naturaliste ; l'impression de la nature devient plus importante que la nature elle-même et devient source d'un langage musical qui crée des paysages musicaux entièrement nouveaux. Cela se produit particulièrement dans la musique de Skalkottas alors qu'il explore le TOPOS grec avec des partitions orchestrales très sophistiquées et innovantes qui sont loin des éléments naturalistes et des airs folkloriques.

Pour cet enregistrement, vous dirigez l’Orchestre Symphonique d’État de Thessalonique, dont vous avez été directeur artistique de 2017 à 2023. Comment cet enregistrement s’est-il inscrit dans votre mandat ?

Rencontre avec Dominique Corbiau 

par

Le contre-ténor Dominique Corbiau fait paraître un album consacré à la Cantate baroque italienne (Sonamusica). Ce programme explore la cantate pastorale avec un programme original mais fédérateur. Pour cet album, il est aux côtés de l’Ensemble La Camerata Sferica qu’il a fondé. Dominique Corbiau répond aux questions de Crescendo Magazine. 

Votre album met en avant la cantate baroque italienne. Le répertoire baroque est d’une richesse presque sans fin, dès lors, pourquoi avoir opté pour ce genre musical de la cantate baroque ?

J'ai conçu ce programme pour des concerts d'été qui ont finalement été annulés à cause du Covid. On m'avait demandé de proposer quelque chose sur le thème de la nature et avec un effectif instrumental restreint pour faciliter les déplacements. La cantate pastorale m'a donc semblé une évidence par son format chambriste (voix soliste et continuo) et par l'omniprésence de la nature comme sujet ou décor de l'action dramatique. En faisant quelques recherches pour choisir les œuvres, j'ai remarqué que la symbolique et le sens poétique des fleurs avaient souvent inspiré les compositeurs italiens du début du 18ème siècle (mon répertoire fétiche). De là m'est venue l'idée d'élaborer une sorte de bouquet floral et musical. J'ai par ailleurs décidé de ne pas toujours enregistrer l'intégralité d'une cantate mais de parfois choisir un air en particulier, qui collait parfaitement avec la thématique et dont je savais qu'il conviendrait idéalement à ma voix.

À la lecture du programme, il y a des œuvres de compositeurs connus comme Alessandro Scarlatti et Nicola Porpora, mais aussi d’autres de compositeurs moins connus comme Giovanni Zamboni ou Giovanni Battista Pescetti. Je présume que c’est un choix délibéré de mettre en avant des compositeurs encore peu connus ?

Les pièces vocales sont effectivement de compositeurs plus connus mais n'ont que peu (voire jamais) été enregistrées. L'aspect "découverte" est donc bien présent tant pour les parties chantées que pour les interludes instrumentaux qui sont eux de compositeurs plus rares. Comme vous le faisiez remarquer, le répertoire baroque est d'une grande richesse, alors autant s'aventurer dans des contrées moins explorées.

Outre les cantates, l’enregistrement alterne les pièces vocales avec des partitions instrumentales. Pourquoi cette optique d’une sorte de pause instrumentale entre les cantates ?

Je conçois toujours mes programmes (concerts ou disques) en étant attentif à l'enchaînement des pièces. Que ce soit la tonalité, le tempo, le caractère ou l'orchestration, tous ces éléments doivent selon moi être agencés soigneusement pour apporter la fluidité nécessaire à une écoute agréable. Dans le même ordre d'idée, je reprends la recette de mon prédécesseur, le contre-ténor Gérard Lesne qui a toujours inséré des pièces instrumentales dans ces albums de cantates baroques italiennes (des enregistrements de référence pour moi !). Ces quelques "respirations" musicales permettent de casser le côté un peu monolithique et répétitif propre à la structure de ces œuvres qui sont basées sur l'alternance systématique entre récitatifs et arias da capo. On peut ensuite retrouver la voix avec un intérêt renouvelé.

Flûte et orgue, parfum de musique au détour du XXe siècle

par

D’un matin de printemps. Cécile Chaminade (1857-1944) : Concertino pour flûte et orchestre op. 107 ; Claude Debussy (1862-1918) : Syrinx pour flûte ; Prélude à l’après-midi d’un faune. Lili Boulanger (1893-1918) : D’un matin de printemps. Arthur Honegger (1892-1955) : Danse de la chèvre pour flûte. Gabriel Fauré (1845-1924) Fantaisie op. 79 ; Masques et bergamasques op. 112 ; Berceuse op. 16. Ermend Bonnal (1880-1944) : Reflets solaires pour orgue op. 17. Joseph Jongen (1873-1953) : Danse lente op. 56b. Thierry Cazals, flûte ; Vincent Grappy, orgue. 2022. Notice en français et en anglais. 68’ 11’’. Hortus 231.

L’Ensemble Diderot et Audax Records : plaisir de découvertes

par

Depuis quinze ans, les quatre musiciens baroques de l’Ensemble Diderot -Johannes Pramsohler et Roldan Bernabé (violons), Gulrim Choi (violoncelle) et Philippe Grisvard (clavecin)- défendent la sonate en trio en innovant les approches interprétatives de ce répertoire. Lors d’un concert à la Salle Cortot à Paris, le 12 novembre dernier, ils ont présenté trois sonates en trio de Johann Gottlieb Goldberg (1727-1756) et Wilhelm Friedmann Bach (1710-1784). La deuxième partie était consacrée à des mélodies de Robert Dussaut (1896-1969) et de son épouse Hélène Covatti (1910-2005) par Adriana Gonzalez et Iñaki Encina Oyón.

Le nom de Johann Gottlieb Goldberg est connu par les variations qui porte son nom, composées par Jean-Sébastien Bach. Mais que sait-on de lui ? Presque rien. Johannes Pramsohler présente le concert en soulignant que certains musicologues contestent qu’il était l’un des derniers élèves de Bach, mais selon lui, « le fait est tout de même clair quand on regarde ses partitions ». En effet, leurs interprétations mettent en exergue les riches contrepoints qui commencent à s’émanciper vers un style plus lyrique, exprimé notamment dans les mouvements lents, évoquant parfois même le bel canto. Le contrepoint de Goldberg, joyeux et chantant (par exemple « Alla breve » et « Gigue » de la Sonate en ut majeur), voire primesautier, enchante l’auditoire. Le style galant n’est certes pas encore là, mais on sent dans l’interprétation une envie latente de s’envoler dans cette direction. La sonate en si bémol majeur de Wilhelm Friedmann Bach a une proximité évidente avec celle de Goldberg. Dans son deuxième mouvement, nos musiciens offrent dans les imitations entre différents instruments une grande réjouissance musicale, alors que dans le finale, les coups d’archet vigoureux mais élégants, soutenus par le clavecin bienveillant, confèrent une réelle fraîcheur à la musique.

Concert anniversaire de Rena Shereshevskaya

par

Rena Shereshevskaya, professeur de piano très recherchée, fête cette année trente ans de présence en France. À cette occasion, l’Ecole Normale de Musique de Paris où elle enseigne a organisé, dans le cadre de sa saison de concerts, « Les Rencontres musicales de Cortot », une grande soirée réunissant ses anciens élèves menant une carrière internationale. 

Le 4e Prix et le Prix spécial de la critique musicale de Moscou remportés au Concours Tchaïkovski en 2015 par Lucas Debargue, alors totalement inconnu sur les scènes internationales, ont également propulsé son professeur, Rena Shereshevskaya, comme une enseignante exceptionnelle. Sa réputation ne cesse de croître, elle est reconfirmée avec le Premier Prix et le Grand Prix d’Alexandre Kantorow à l’édition suivante du même concours en 2019. Son plus célèbre élève vient d’ailleurs de remporter le Gilmore Artist Award, considéré comme le sommet des récompenses aux pianistes. Outre ces deux génies singuliers, elle a décelé et formé de nombreux autres talents. Parmi eux, Rémi Géniet (2e Prix au Concours Reine Elisabeth en 2013 et lauréat de Young Concert Artists International Audition en 2015), Julian Trevelyan (2e Prix au Concours Horowitz en 2023, 2e Prix et Prix de la meilleurs interprétation du concerto de Mozart et Prix du public au Concours Geza Anda en 2021), Maroussia Gentet (1er Prix et tous les prix spéciaux au Concours d’Orléans en 2018)… Des noms émergents étaient aussi à ce concert, comme Marcel Tadokoro (3e Prix au Concours Santander et deux prix spéciaux au Concours Van Cliburn en 2022) et Slava Guerchovitch (1er Grand prix, Prix de la meilleure interprétation d’une pièce contemporaine et Prix Shigeru Kawai au Concours d’Epinal en 2022). 

Fêtes villageoises entre ripailles et comptines 

par

Igor Stravinsky (1882-1971) : Les Noces (1917, rev 1923) ; Leoš Janáček (1854-1928) : Říkadla ; Béla Bartók (1881-1945) : Trois scènes de village. Kateřina Kněžíková, soprano ;  Jana Hrochová, mezzo-soprano ;  Boris Stepanov, ténor ;  Jiří Brückler, baryton ;  Zoltán Fejérvári, Katia Skanavi, Alexandra Stychkina, Kirill Gerstein, pianos ; Amandina Percussion Group, Dakoda trio, Zemlinsky Quartet Belfiato Quintet. Prague Philharmonic Choir, Lukáš Vasilek. 2021 et 2022. Livret en anglais et en tchèque. Texte chanté traduit en anglais. 53’28’’. SU 4333-2

Libération d’Israël, dramatisée dans deux oratorios post-baroques : interprétation renversante !

par

Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Das Befreyte Israel TWV 6:5. Johann Heinrich Rolle (1716-1785) : Die Befreyung Israels V I:II. Peter Van Heyghen, Il Gardellino Baroque Orchestra. Miriam Feuersinger, soprano. Elvira Bill, mezzo-soprano. Daniel Johannsen, ténor. André Morsch, Sebastian Myrus, basse. Août 2022. Livret en anglais, allemand, français ; paroles en allemand et leur traduction en anglais. TT 78’08. Passacaille PAS 1132

Quatuors et autres pages chambristes de Penderecki

par

Krzysztof Penderecki (1933-2020) : Der unterbrochene Gedanke pour quatuor à cordes ; Quatuor pour clarinette et trio à cordes ; Quatuors à cordes, intégrale ; Trio à cordes. Jan Jakub Bokun ; Quatuor Meccore. 2021. Notice en allemand et en anglais. 71’ 44’’. Capriccio C5493.

Krzysztof Penderecki (1933-2020). Musique de chambre, volume III : Capriccio pour Siegfried Palm, pour violoncelle ; Pour Slava, pour violoncelle ; Danse, version pour violoncelle ; Violoncello totale, pour violoncelle ; Suite pour violoncelle seul ; Duo concertant pour violon et contrebasse, arrangement pour violoncelle par Maciej Kulakowski ; Sérénade pour trois violoncelles. 2022. Maciej Kulakowski, Marcin Maczyński et Michal Balas, violoncelles ; Maria Slawek, violon. Notice en polonais et en anglais. 56’ 25’’. Dux 1880.