La musique pour quatuor à cordes de Britten  par l’Emperor Quartet, réunie en un coffret

par

Benjamin Britten (1913-1976) - The Music for String Quartet. Quatuors à cordes n° 1 op. 25 en ré majeur, n° 2 op. 36 en do majeur et n° 3 op. 94 ; Three Divertimenti ; Miniature Suite ; Quatuor à cordes en ré majeur ; Alla Marcia ; Simple Symphony op. 4 ; Rhapsody ; Quartettino ; Phantasy en fa mineur pour quintette à cordes ; Quatuor à cordes en fa. Emperor Quartet. 2005-2011. Notices en anglais, en allemand et en français. 202.10. BIS-2640.    

Un oratorio de Noël en kit, puisé au baroque germanique

par

O Jesulein. Wolfgang Carl Briegel (1626-1712) : Dies ist der Tag des Fröhligkeit. Andreas Hammerschmidt (c1611-1675) : Maria gegrüsset seist du ; Freude, grosse Freude ; Ach mein herzliebes Jesulein ; Wie bin ich doch so hertzlich froh ; Wo ist der neugeborne König ; Mein Sohn, warum hast du uns getan ? Johann Schelle (1648-1701) : Nun komm der Heiden Heiland. Christoph Bernhard (1628-1692) : Fürchtet euch nicht. Michael Praetorius (1571-1621) : Es ist ein Ros’entsprungen ; Puer natus in Bethlehem. Christian Flor (1626-1697) : Pastores currite in Bethlehem. Franz Tunder (1614-1667) : Ein kleines Kindelein. Heinrich Schütz (1585-1672) : O bone Jesu, fili Mariae. Thomas Selle (1599-1663) : Angelus ad Josephum. Dieterich Buxtehude (1637-1707) : Wie schön leuchtet der Morgenstern. Johann Rudolf Ahle (1625-1673) : Herr, nun lässest du deiner Diener. Samuel Capricornus (1628-1665) : Sonata ab 8 Instrument [extrait]. David Pohle (1624-1695) : Nascitur Immanuel. Johann Christoph Bach (1642-1703) : O Freudenzeit, o Wundernacht. Clematis. Capucine Keller, Julia Wischniewski, soprano. Paulin Bündgen, contreténor. Zachary Wilder, ténor. Philippe Favette, basse. Stéphanie de Failly, Florence Malgoire, violon. Ellie Mimeroski, Jorlen Vega Garcia, alto et violon. Sarah van Oudenhove, basse de viole. Anaïs Ramage, flûte à bec, basson, tournebout. Elsa Frank, flûte à bec, schalmey, tournebout. Jérémie Papasergio, basson, tournebout, bombarde basse, cervelas. Jérôme Lejeune, tournebout. Brice Sailly, orgue. Décembre 2021. Livret en anglais, français, allemand (pas de texte des compositions vocales et leur traduction, néanmoins disponibles sur le site Outhere). TT 74’23. Ricercar RIC444

Işıl Bengi et le feu intérieur en musique 

par

La pianiste Işıl Bengi fait paraître un album intitulé “le feu intérieur”, un parcours musical personnel à travers des œuvres de Clara Schumann, Enrique Granados, Mili  Balakirev et Marko Tajčević. Crescendo Magazine s’entretient avec cette musicienne qui aime s’affranchir des frontières entre les genres et les styles. 

Votre nouvel album est titré “le feu intérieur”. Pouvez-vous nous expliquer ce concept ? Comment  se traduit-il en musique ?  

Au départ, il n'y avait pas vraiment de concept, j’avais envie de faire quelque chose et je me suis mise  en action. Après avoir vécu une période assez traumatisante, je ressentais beaucoup de colère, de  déception, de désespoir, et de doutes,... C’était écrasant d'être confrontée à des situations où l'on se  sent impuissante, à l'extérieur et parfois seule...  

Dans ces moments-là, il y a heureusement une flamme intérieure qui nous pousse à continuer, à  créer, et à croire. C’est cette flamme qui m’a guidée et inspirée pour tisser le répertoire de cet album. J’ai choisi des œuvres qui contiennent des tensions et des contrastes, et ouvrent un grand espace d’expression pour toutes sortes d’émotions et de ressentis. Il y a moyen de créer des tourbillons,  des tornades, des tempêtes, des ouragans, où les moments de silence deviennent très précieux et  poussent à être entendus et écoutés… C'est un répertoire qui permet de descendre au plus profond  de soi et de réveiller une grande énergie qui peut créer ou détruire. Comme le feu lui-même : il peut  chauffer et brûler... C'est donc un choix pour chacun.  

Dans la liste des artistes représentés sur cet album, il y a Clara Schumann, Enrique Granados, Mili  Balakirev mais également le Serbe Marko Tajčević. Ce dernier est bien moins connu, comment avez-vous découvert sa musique ? 

J’ai une grande soif de découvrir tout ce qui est invisible et moins connu. J'avais découvert la  musique de Marko Tajčević sur YouTube lorsque je me baladais à écouter des œuvres de  compositeurs dont on ne parle pas beaucoup. Tajčević a surtout composé des œuvres inspirées de la musique folklorique. Mais ses Variations en do mineur pour piano sont complètement à part. Quand  je les ai entendues, je ne pouvais pas croire qu'elles n'étaient pas plus jouées. Elles ont une intensité  dramatique, et techniquement, elles sont assez exigeantes. Je voulais travailler cette œuvre et la faire entendre au plus grand nombre. 

Vos précédents albums portaient déjà des titres et proposaient des parcours à travers des œuvres  connues et moins connues. Est-il important pour vous qu’un album raconte une histoire ? 

Oui, il est essentiel pour moi qu'un album raconte une histoire. C'est tout aussi intéressant et  important de faire des albums de catalogue. En tout cas, dans mon parcours d’aujourd'hui, je veux apporter une expérience d'écoute d'un album où, du début à la fin, on est emporté, notre curiosité est  suscitée, on est parfois choqué, parfois émerveillé,.... C'est comme si nous entrions dans un monde  étrange où différents styles, ambiances, couleurs, même opposés par moments, se retrouvent ensemble, se marient et s'harmonisent.  

Roland Hayrabedian, dans les jardins de la musique de notre temps 

par

Personnalité majeure de la musique vocale en France, Roland Hayrabedian est le fondateur et le directeur artistique de l’ensemble vocal Musicatreize. Cet ensemble, basé à Marseille, porte haut la musique vocale et la création contemporaine. Crescendo Magazine rencontre cet infatigable défenseur de la musique de temps.  

Votre nouvel album est intégralement consacré à des œuvres de Michel Petrossian. C’est un musicien qui vous accompagne à Musicatreize depuis plusieurs années. Qu’est-ce qui vous a poussé à lui consacrer une monographie ? 

Je pense que les œuvres de Michel Petrossian méritaient d’être enregistrées. Nous avions créé un nombre de pièces suffisant pour remplir un disque mais, surtout, ces pièces ont un attrait singulier. Elles portent en elles les traces de l’humanité toute entière, elles montrent comment le détail d’une épigraphe sur un mur dressé plusieurs millénaires auparavant nous touche par son actualité. Ces œuvres nous relient aux jardins enfouis dans nos mémoires…Une main tendue vers les autres…

Comment avez-vous choisi les pièces proposées sur cet album ?

Le plus simplement du monde : ce sont celles dont nous disposions, écrites pour nous, hormis Le chant d’Archak, grande fresque vocale et instrumentale sur un livret de Laurent Gaudé que nous avons créé en Arménie. Cette œuvre d’une heure ne pouvait être contenue sur ce disque.

Dans votre discographie avec votre ensemble  Musicatreize, on remarque principalement des albums monographiques centrés sur un compositeur. La monographie est-elle pour vous la meilleure manière d'aborder un compositeur ? 

Je pense que c’est le meilleur moyen de rendre hommage à un compositeur et c’est souvent l’aboutissement d’un compagnonnage de plusieurs années. J’aime cette fidélité et que les projets naissent d’échanges et d’amitiés avec les compositeurs. J’aime approfondir les langages, suivre des chemins inexplorés, inventer les projets autour d’un verre ! 

Cette année 2022 voyait le Centenaire de la naissance de Xenakis. Vous avez célébré cet évènement avec des concerts en France et en Europe. Quelle est pour vous la place de ce compositeur dans l’histoire de la musique ? En quoi sa musique peut-elle encore nous toucher ? 

Il me semble que la musique de Xenakis ne cessera jamais de nous toucher. Elle porte en elle toute la rage, la sauvagerie du monde, elle invente un nouvel univers tout autant qu’elle nous rapproche des millénaires qui nous ont précédés. Cette musique m’est nécessaire, elle nous est nécessaire, se confronter à elle, c’est se confronter à la vie, à la nature, à nos rêves comme nos cauchemars.

 Lors de concerts, vous avez dirigé Oresteia, l’une de ses œuvres les plus impressionnantes. Qu’est-ce qui vous a poussé à programmer cette œuvre ? 

J’ai participé au Polytope de Mycènes. C’est ainsi que j’ai travaillé cette œuvre pour la première fois en 1978. Depuis, elle ne me quitte plus. Xenakis, à travers cette œuvre, réinvente la tragédie grecque, il lui donne, s’il en était besoin, un élan vital, une dimension universelle indéniable.

Extraits du Troisième Livre de Marais, tout en subtilité sous l’archet de Ronald Martin Alonso

par

Le grand ballet. Marin Marais (1656-1728) : Suites en sol majeur, en do majeur, en la mineur ; La Guitare [Troisième Livre de Pièces de Viole]. François Campion (1686-1747) : Gigue en sol majeur. Jean-Henry D’Anglebert (1629-1691) : Chaconne en do majeur. Ronald Martin Alonso, viole & direction. Ensemble Vedado. Andreas Linos, viole. Manuel de Grange, théorbe, guitare. Paolo Zanzu, clavecin. Octobre 2020. Livret en français et anglais. 62’45. Paraty 1321.296

Arcadi Volodos à Monte-Carlo 

par

Arcadi Volodos revient  à Monte-Carlo pour un récital de haut vol très attendu par le public.  Au programme de son récital des pièces du compositeur catalan Federico Mompou très rarement jouées en concert et en deuxième partie des chefs d'œuvres d'Alexandre Scriabine. 

D’emblée, la salle est plongée dans la pénombre. Comme le disait Vladimir Horowitz, la musique devrait être écoutée, pas regardée et cette pratique augmente la concentration du public. 

Le programme débute par des pièces de Mompou et ses Scènes d'enfants, à la fois émouvantes et sensibles, un trésor éblouissant. Le jeu de Volodos est tour à tour plein de grâce, de poésie et d'ardeur.  Le recueil de Musica Callada est chargé de retenue et de pudeur. Volodos joue cette musique à la perfection. Il pénètre les profondeurs de notre âme et les coins les plus secrets de notre esprit. Il a un toucher, un ton, un phrasé d'une profondeur remarquable.

Volodos est un des meilleurs interprètes de Scriabine. Il est un des rares pianistes capables de capturer la nature du compositeur et de s'approcher de ses exigences musicales, émotionnelles et techniques. 

Un bouquet d’hymnes choraux anglais, sous l’égide de Vaughan Williams

par

Five Mystical Songs and other British Choral Anthems. Ralph Vaughan Wlliams (1872-1958) : O clap your hands, version pour chœur et orgue ; O taste and see ; Five Mystical Songs. Sir Edward Elgar (1857-1934) : Lux aeterna, arrangement de John Cameron ; Give unto the Lord op. 74 « Psaume 29 ». Gustav Holst (1874-1934) : Two Psalms – Psaume 148 ‘Lord, who hast made us for thine own’. Harold Darke (1888-1976) : O gladsome light, op. 38 n° 2. Herbert Howells (1892-1983) : Four Anthems : n° 3. Like as the hart. Samuel Sebastian Wesley (1810-1876) : Wash me throughly ; Blessed be the God and Father. Sir Charles Villiers Stanford (1852-1924) : Bible Songs, op. 113, n° 6 : A Song of Wisdom, version pour sopranos et orgue. Patrick Hadley (1899-1973) : My beloved spake, version pour chœur et orgue. Roderick Williams, baryton ; Julia Smith, Elizabeth Limb, Rachel Limb, Kate Jurka, sopranos ; Martin Ford, orgue ; Vasari Singers, direction Jeremy Backhouse. 2021. Notice en anglais. 76.14. Naxos 8.574416.

Bach au luth, la leçon insoumise d’Evangelina Mascardi

par

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suite en sol mineur BWV 995. Prélude et Suite BWV 996. Partita en ut mineur BWV 997. Prélude BWV 998. Prélude en ut mineur BWV 999. Fugue en sol mineur BWV 1000. Partita BWV 1006. Evangelina Mascardi, luth. Livret en anglais, allemand, français, italien. Février 2020 – septembre 2021. TT 60’03 + 50’32. Arcana A529

A Genève, une Neuvième de Mahler inaboutie 

par

Pour  les concerts du 30 novembre et du 1er décembre, Jonathan Nott et l’Orchestre de la Suisse Romande avaient mis au programme une œuvre prisée du grand public comme le Concerto pour violon et orchestre en mi mineur de Felix Mendelssohn et un monumental ouvrage, d’abord difficile, comme la Neuvième Symphonie en ré majeur de Gustav Mahler.

Dans l’opus 64 de Mendelssohn, la soliste est une jeune artiste d’origine moldave, Alexandra Conunova, qui remporta en 2012 le Premier Prix du Concours de violon Joseph Joachim de Hanovre, avant d’arriver en finale du Concours Tchaikovsky de Moscou et de gagner le ‘Borletti-Buittoni Fellowship

’ de Londres en 2016. Après un début incertain où le dialogue entre le solo et l’orchestre recherche un équilibre, elle imprègne l’Allegro molto appassionato d’une poésie recherchant  la beauté d’une sonorité qui acquiert progressivement une certaine ampleur en accentuant les basses. L’Andante se confine dans un intimisme chambriste dont le canevas orchestral sous-tend l’expression, tandis que le Final pétille avec un brio qui lui permet d’enchaîner les traits de virtuosité brillants. Plus étincelant encore, le bis emprunté à la Deuxième Sonate pour violon seul d’Eugène Ysaye et à son mouvement initial paraphrasant ironiquement le Prélude de la Partita en mi majeur de Bach.