Pasticcio en l’honneur de Pietro Torri, brillant pourvoyeur de la Cour de Bavière

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Trastulli & Arias. Divertissement pour la Cour de Bavière. Pietro Torri (1650-1727) : trastulli et airs d’opéra. Cristina Grifone, soprano. José Coca Loza, basse. Paolo Pandolfo, viole de gambe. Ensemble Musica Fiorita, Daniela Dolci, clavecin et direction. Septembre 2019. Livret en allemand et anglais ; paroles en italien et traduction en allemand. TT 77’03. Pan Classics PC 10417

Première mondiale au Grand Manège de Namur : recréation exceptionnelle de l’opéra Zoroastre de Rameau

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Le dimanche 24 avril, une première mondiale est à l’affiche du Grand Manège de Namur. L’opéra de Jean-Philippe Rameau, Zoroastre, dans sa première version de 1749, a enfin droit à sa recréation. Créé pour la première fois à Paris en 1749 sur base d’un livret de Louis de Cahusac, cette œuvre ne recevra pas le succès escompté. Malgré les 25 représentations, à chaque fois avec un public venu en nombre assister à cet opéra d’un Rameau au sommet de sa gloire, cette œuvre cassant les codes de l’époque n’a jamais réussi à conquérir le public français. Rameau et de Cahusac vont dès lors remanier cette tragédie en musique de cinq actes pour en obtenir une version bien différente créée en 1756. C’est cette dernière version qui a longtemps été privilégiée, laissant de côté la version originale de 1749. Il aura donc fallu attendre plus de 270 ans pour que la recréation soit produite. Cela est rendu possible par un partenariat international entre le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV), le Centre d’Art Vocal et de musique ancienne de Namur (CAV&MA), l’Ateliers Lyrique de Tourcoing et Les Ambassadeurs ~ La Grande Ecurie.

L’argument de cette tragédie en musique est en somme assez simple. D’un côté, il y a Abramane, le Grand Prêtre des idoles dont l’objectif est de devenir le maitre de la Bactriane. Pour cela, il a assassiné le Roi en place, fait exiler Zoroastre, le héros de l’histoire, et enlever Amélite, héritière présomptive du trône de la Bactriane. Dans son camp se trouve Erinice. Elle est amoureuse de Zoroastre mais il ne l’aime guère. Elle s’allie donc avec Zoroastre pour se venger. 

Avec le vibrant Here’s the woman!, Jean-Luc Fafchamps enthousiasme la Monnaie

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Quand on investit la salle Malibran, au sixième étage des Ateliers de la Monnaie, recrachés hors de l’ascenseur dimensionné comme un monte-charge, déjà quelque chose se passe sur la scène qui n’en est pas vraiment une : deux hôtesses et un hôte, aux tailleurs et costume bleus et stricts, évoquant la bonhomie stylée de la Sabena époque Atomium, font face au public -qui bruisse de l’excitation avant ce qu’on pressent comme un événement. Chacun prend place pour la première de Is this the end? #2 - focalisé, après Dead Little Girl, premier volet (sur trois) dédié à l’Adolescente, créé en septembre 2020 (et livestreamé pour cause de C…)-, sur la Femme, rouge et atmosphérique. Soulignant d’invites répétées les phrases défilant au bas de l’élément central du triptyque, articulation unique du décor, pour l’heure figurant les tuyaux illuminés de l’orgue, les hôtes en bleu (et bientôt en gants blancs -à l’occasion index dressés) endossent le rôle d’ironiques maîtres de cérémonie, tour à tour poteaux indicateurs, machinistes, pourvoyeurs d’émotion, aussi dérisoires qu’essentiels.

Grandes orgues virtuelles donc, au jeu mimé par le compositeur en redingote étincelante qui ouvre le rideau, dos à l’audience, mains virevoltant dans l’espace, puissance sonore restituée en soundscape pour un effet immersif. Car, dans le désordre pandémique, il a fallu à nouveau s’adapter, même si Here’s the woman! bénéficie cette fois d’un public parfaitement humain et présent en nombre : l’orgue, l’orchestre et les chœurs sont enregistrés et les chanteurs sont le biotope vivant d’un opéra qui s’échappe de l’ordinaire à plusieurs titres et fait de la contrainte une redoutable opportunité créative.

Gabriela Montero : un épiphénomène de l'interprétation pianistique?  Ou la renaissance d'un art perdu ?

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"Je connecte avec mon public d'une manière tout à fait unique et réciproquement. L'improvisation est une part tellement essentielle de mon identité qu'elle devient pour moi la façon la plus naturelle et la plus spontanée de m'exprimer. J'improvise depuis que mes mains ont touché le clavier pour la première fois, mais pendant de nombreuses années, je l'ai gardé en secret. Un jour, Martha Argerich m'a entendu improviser et elle en fut ravie. C'est elle qui m'a persuadée qu'il était possible de combiner une carrière d'artiste classique « sérieuse » avec ce côté plutôt inhabituel de ma personne". Voici les paroles d'une artiste qui se démarque de presque tous ses collègues par une approche vivante et surtout émouvante d'un art, celui de l'improvisation, qui était l'apanage de tous les grands jusque vers 1880, où le métier de pianiste/interprète et non plus pianiste/créateur s'est imposé. Bach, Mozart, Beethoven ou Chopin étaient admirés pour leurs improvisations. Le musicologue Luca Chiantore a écrit un livre captivant sur les notes que Beethoven prenait pour ses improvisations, où un certain degré de préparation préalable était évident mais prouve qu'il ne se bornait pas à une simple ornementation d'oeuvres déjà écrites. Depuis, le culte du texte écrit a rétréci notre vision du phénomène « concert » où une part d'improvisation pouvait donner une saveur inégalable à telle ou telle soirée. De nos jours, cet art ne survit que dans le domaine du « jazz » où des noms comme Keith Jarret ou Michel Petrucciani ont laissé une empreinte indiscutable. Il est vrai aussi que ce langage, avec de structures moins serrées que le dit « classique » s'y prête singulièrement. Mais le phénomène Montero est d'un tout autre ordre : chez elle, la musique jaillit d'une source intérieure comme un flot d'émotions et de couleurs d'une richesse presque picturale. Et pas seulement dans ses improvisations : ce sont toutes ses interprétations qui sont imprégnées de cette démarche absolument spontanée où elle se place comme une médium entre l'auteur et nous. Elle conçoit les œuvres non pas comme une construction linéaire ou géométrique où les notes et les lignes formeraient des accords et des structures contrepointiques, mais comme des coups de pinceau intégrant des irisations d'accords fluctuants qui intègrent des notes et dont le mouvement perpétuel crée les tensions et les détentes. En ce sens, sa démarche est identique à celle de notre langage parlé : les voyelles et les consonnes forment les mots, mais notre pensée articule les mots dans la phrase sans se référer aux détails de chaque voyelle ou consonne. Et nous fait ainsi redécouvrir des pièces qu'on a écoutées presque jusqu'à la nausée sous un jour radicalement nouveau, comme si elle improvisait toujours...