Chansons tardives de Josquin, par Graindelavoix : à tombeau ouvert !

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Josquin the Undead. Josquin Desprez (c1440 ou 1450-1521) : Baisiez moy ; Parfons regretz ; Cueur langoreulx ; Faulte d'argent ; Petite Camusette ; Douleur me bat ; N'esse pas un grant desplaisir ; Nymphes des bois ; Se congie prens ; Plusieurs regretz ; Je me complains ; Pour souhaitter ; Nymphes, nappes ; Regretz sans fin. Jean Le Brung (fl. début XVIe s.) : Si vous n'avez autre desir. Nicolas Gombert (c1495-c1560) : Musae Jovis. Jheronimus Vinders (fl. 1525-26) : O mors inevitabilis. Benedictus Appenzeller (c1485-1558) : Musae Jovis. Graindelavoix, direction Björn Schmelzer. Andrew Hallock, alto. Albert Riera, Andrés Miravete, Marius Peterson, Adrian Sirbu, ténor. Tomàs Maxé, alto/basse. Arnout Malfliet, basse. Lukas Henning, luth. Philippe Malfeyt, cistre. Livret en français et anglais, français, allemand. Livret des paroles en langue originale et traduction anglaise. Juin 2021. TT 78’07. Glossa GCD P32117

De la comédie de mœurs à Homère, en passant par la Bible :  les trois opéras en un acte de Lennox Berkeley

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Lennox Berkeley (1903-1989) : A Dinner Engagement, opéra en un acte et deux scènes. Norman Lumsden (Le comte de Dunmow), Marjory Westbury (La comtesse de Dunmow), Cynthia Glover (Susan), Pamela Bowden (Mrs Kneebone), Johanna Peters (La grande-duchesse de Monteblanco), Edward Darling (Le prince Philippe), Derek Williamson (An errand Boy) ; John Wilson, piano ; BBC Northern Orchestra, direction Maurice Handford. 1966. Notice et livret en anglais. 55.31. 

Ruth, opéra en trois scènes. Elisabeth Robinson (Naomi), Soo-Bee Lee (Orpah), Alfreda Hodgson (Ruth), Peter Pears (Boaz), Thomas Hemsley (Paysan), Ronald Harvi (Narrateur) ; BBC Northern Singers ; BBC Northern Symphony Orchestra, direction Steuart Bedford. 1968. Notice et livret en anglais. 76.24. 

Castaway, opéra en quatre scènes. Geoffrey Chard (Ulysse), Patricia Clark (Nausicaa), Jean Allister (la reine Arete), Patricia Blans (Arsinoé), Verity Ann Bates (Briséis), Carolyn Maia (Ismène), James Atkins (Le Roi Alcinous), Malcolm Rivers (Laodamas), Kenneth MacDonald (Demodocus) ; English Opera Group Chorus ; English Chamber Orchestra, direction Meredith Davies. 1967. Notice et livret en anglais. 56.54. Un coffret de trois CD Lyrita REAM.2144.

Bernard Foccroulle et ses fabuleux tuyaux

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Pascal Dusapin (1955-), Bernard Foccroulle (1953-), Jonathan Harvey (1939-2012), Toshio Hosokawa (1955-), Betsy Jolas (1926-), Thomas Lacôte (1982-) : 30 Years of New Organ Works (1991-2021). Bernard Foccroulle. 80’14 – 2021 – Livret en : anglais et français. Fuga Libera. FUG 789.

Marin Alsop, à propos de Hindemith 

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La cheffe d’orchestre Marin Alsop fait l’évènement avec un album consacré à des partitions de Paul Hindemith. Pour cet enregistrement, la musicienne est au pupitre du  ORF Radio-Symphonieorchester Wien dont elle assure la direction musicale depuis septembre 2019. Crescendo Magazine est heureux d’échanger avec elle pour parler de Paul Hindemith mais aussi de ses projets avec sa phalange viennoise.  

Votre premier enregistrement avec l'orchestre de l'ORF est consacré à Paul Hindemith ? Qu'est-ce qui vous séduit chez ce compositeur ? 

Hindemith est un compositeur extrêmement sous-estimé, dont l'œuvre est à la fois surprenante et inspirante.

Le choix éditorial pour cet album est assez surprenant car les partitions présentées sur ce disque sont liées à l'opéra. D'autres chefs d'orchestres préfèrent souvent les grandes partitions orchestrales. L'opéra est-il un bon moyen de découvrir ce compositeur ? 

L'opéra était un médium extrêmement important pour Hindemith et la narration de l'opéra correspondait à la philosophie et à sa pensée progressistes. Les œuvres présentées sur ce disque ont toutes d'énormes fondements moraux et éthiques et semblent particulièrement pertinentes en ces temps de division et de tumulte.

L'image d'Hindemith plutôt aride et conservateur est aujourd'hui monnaie courante, mais ces premières œuvres et les opéras Nusch-Nuschi et Sancta Susanna étaient radicaux et proches de "l'avant-garde". Quelles sont les particularités du jeune Hindemith dans le modernisme des années 1920 ? 

Censuré, critiqué et pris entre des tendances musicales contradictoires, Hindemith a suivi son propre chemin. Son engagement en faveur de la Gebrauchsmusik ("musique d'usage") était sa réaction aux complexités trop intellectuelles et techniques d'une grande partie de la musique émergente du XXe siècle, complexités qui avaient tendance à aliéner tout le monde sauf les personnes très instruites. Hindemith était attaché à l'inclusion et à l'accès pour tous. En tant qu'éducateur, il n'avait pas son pareil.

Tatiana Samouil, violoniste 

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Figure incontournable du violon en Belgique, Tatiana Samouil a été finaliste du Reine Elisabeth et violon solo de l’Orchestre Symphonique de La Monnaie. Elle est désormais une soliste et une chambriste acclamée qui enseigne en Belgique et en Espagne. Alors qu’elle fait paraître un album à l’âme musicale Tzigane chez Indesens, la musicienne répond aux questions de Crescendo-Magazine    

Votre nouvel album se nomme “Gipsy Journey”, il explore des musiques d’Enescu, Ravel,Weinberg et Bartók. Comment avez-vous conçu ce programme ?

J’ai été invitée pour un récital par le Festival Radio France à Montpellier. La thématique que nous a donnée le festival et qui avait été déterminée avec le Mémorial du Camp de Rivesaltes était d’évoquer la mémoire des Roms. La première œuvre que David Lively et moi-même avons immédiatement choisie était la Sonate n° 3 d'Enescu qui est un compositeur très cher à mon cœur. Le génial George Enescu, qui est, à mon sens, une des plus importantes figures et personnalités du XXe siècle, n’occupe pas la place qui lui revient et qu’il mérite, y compris dans le répertoire des violonistes, sans même parler de ses œuvres symphoniques ou de son opéra !

La famille de mon père est originaire de la même région de Roumanie que celle d’Enescu. Si on en croit la légende, je suis la descendante de plusieurs générations de lautar (musiciens traditionnels en Roumanie et Moldavie) ! Pendant que je préparais cette sonate, mon père m’a raconté beaucoup d’histoires incroyables qui, dans mon esprit, ont fait directement le lien avec les thèmes qu’Enescu a utilisés dans la sonate. Le récital s’est tellement bien passé que nous avons décidé avec David de sortir ce « live » en CD. Pas une note n’a été retouchée, vous écoutez ici le concert live !

On connaît assez bien les œuvres d’Enescu, Ravel et Bartók, mais la Rhapsodie sur un thème moldave de Weinberg est très peu connue. Que pouvez-vous nous en dire ?

Mon père est roumain et moldave, alors tout ce qui vient de Moldavie me touche directement et m’émeut. J’ai découvert cette Rhapsodie il y a quelques années. Ce concert était une occasion rêvée pour intégrer la musique de Weinberg au récital.

A la Scala, le demi-succès du Macbeth d’ouverture 

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La Scala de Milan ouvre sa saison 2021-2022 avec le Macbeth de Verdi. A la troisième représentation du lundi 13 décembre, après vingt minutes de spectacle, un responsable de la machinerie déboule sur scène en évoquant un problème technique qui empêche de continuer. Et un vieux spectateur goguenard de s’exclamer : « Grazie, Davide ! », ce qui provoque l’éclat de rire des abonnés. D’emblée, est incriminée la mise en scène de Davide Livermore qui, comme d’habitude, collabore avec Giò Forma pour les décors, Gianluca Falaschi pour les costumes, Antonio Castro pour les lumières et le team D-Wok pour les effets video. Une fois de plus, à l’instar de l’Elisabetta de l’été dernier à Pesaro, le régisseur se réfère au cinéma et à un thriller de science-fiction de 2010, Inception de Christopher Nolan, ce que démontre le début d’ouvrage avec une troupe de loubards qui s’attaque à la voiture de Macbeth et Banco roulant en forêt et parvenant à une mégapole aux gratte-ciel démesurés, parfois inversés, qui rappellent Metropolis de Fritz Lang. Sur les pontons métalliques déambulent nombre de secrétaires en tailleur et d’ouvriers, alors que surgit, devant nos yeux, un loft somptueux avec ascenseur intérieur nous faisant entrer dans la demeure des Macbeth. Où sont donc passées les sorcières prédisant l’avenir du Sire de Cawdor ? Se seraient-elles embourgeoisées au point de devenir des employées de bureau, ce à quoi le ballet du troisième acte ne fournira guère de réponse en les revêtant de rose et de gris… A la suite de la scena d’entrée de Lady Macbeth, le spectacle est interrompu pour une dizaine de minutes puis reprend sans utiliser les ‘fameux’ ponts. Le meurtre du roi Duncan, l’assassinat de Banco par des sicaires en smoking, le banquet-soirée mondaine pour gentry huppée achèvent cette première partie en nous laissant dubitatifs sur le rapport de la mise en scène avec une trame bien malmenée. La seconde partie interpelle par cette danse des morts-vivants (imaginée par Daniel Ezralow) à laquelle se mêle une Lady pieds nus se prenant pour Salomé, tandis qu’une table tournante fait apparaître les rois qui détrôneront Macbeth ; se sentant rassuré, celui-ci profite du lift de son manoir pour copuler bestialement avec son épouse. Et c’est finalement le dernier acte qui paraît le plus convaincant avec ses cohortes de migrants enfermés derrière de hautes grilles, s’effaçant pour faire place à un frontispice de gare sur lequel se juche une Lady somnambule avant que la mégapole n’explose. Dans les décombres, Macbeth finira par trouver la mort sous les coups d’épée d’un Macduff qui n’est pas né d’une femme mais qui a été extirpé du corps maternel. 

11e concours international chant-piano Nadia et Lili Boulanger : Un palmarès en demi-teinte

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Il arrive qu’un Palmarès laisse perplexe. En l’occurrence, il semblait évident, dès son apparition, que le baryton néerlandais Vincent Kusters ne concourait pas dans la même catégorie que les autres. De son interprétation de La Vie antérieure (Baudelaire/Duparc) ruisselante de lumière jusqu’au déchirant Cantar ! de Granados, en passant par les Lieder de Schumann, Schubert, Mahler et Strauss ou la mélodie hébraïque de Darius Milhaud (Séparation), il subjuguait l’auditoire parvenant à transcender un art du chant accompli, une diction irréprochable, une fine sensibilité au profit de la seule expressivité. Artiste complet (pianiste et organiste), étranger au sérail parisien ce qui lui a peut-être manqué, il suscitera certainement l’intérêt des organisateurs, mécènes et mélomanes. Ce ne fut pas l’avis du Jury.

Le Grand Prix a donc été décerné cette année à Axelle Fanyo et Adriano Spampanato. Déjà lauréate de nombreux concours, la soprano d’origine togolaise et antillaise, native de Seine-Saint-Denis, faisait son entrée en finale telle Madame Butterfly drapée dans un tissus chamarré -en harmonie avec un beau timbre cuivré ; la tessiture se révélait aussi longue qu’homogène, soutenue par une émission et une diction précises. Si de telles qualités lui assurent de futures réussites, l’éclectisme la mettait ici en difficulté de style voire de goût (Bolcom). Les pages de Lili Boulanger, Duparc ou Haydn manquaient de clarté et de simplicité tandis que le toucher précis, frêle et sensible du pianiste franco-italien se trouvait en déséquilibre avec une texture vocale quasi wagnérienne.

Le Prix de Lied est revenu au jeune baryton-basse français Adrien Fournaison (26 ans). Après une demi-finale assez terne, il parvenait à mettre en valeur des moyens vocaux aussi incontestables que prometteurs, une diction soignée, épaulé par le jeu chatoyant de la pianiste biélorusse Natalia Yeliseyeva. Altier dans la mort de Don Quichotte (Ibert), effleurant, sans y plonger, le versant vénéneux propre à la mélodie française (Dans l’immense tristesse de Lili Boulanger), il lui reste à investir plus personnellement des univers esthétiques complexes.

Dernière étape de l’intégrale des messes de Josquin par Métamorphoses

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Josquin & Saint-Quentin. Josquin Desprez (c1440 ou 1450-1521) : Messe Malheur me bat ; Messe L’ami Baudichon. Ensembles Métamorphoses, dir Juliette de Massy. Noémie Capron, soprano. Corinne Bahuaud, Mathilde Legrand, mezzo-sopranos. Vincent Lièvre-Picard, Marcio Soarès-Holanda, hautes-contre. Fabrice Foison, Jesùs Rodil, ténors. Simon Heberle, Philippe Roche, basses. Ensemble AKarena Voces : Paul Garnier, ténor, contreténor ; Maïlys Hercod, soprano ; Anne-Marie Laurent, alto. Livret en français et anglais. Pas de livret des paroles chantées. Juillet & octobre 2020. TT 70’54. Éditions de l’Homme Armé AR RE-SE 2021-2

Leroy Anderson, champagne pour fêtes de fin d’année !

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Leroy Anderson - Intégrale de l’Œuvre Orchestrale. Piano Concerto in C major ; Alma Mater ; Arietta ; Balladette ; Belle of the Ball ; Blue Tango ; Bugler's Holiday ; The Captains and the Kings ; Chicken Reel ; China Doll ; Clarinet Candy ; The Classical Jukebox ; A Christmas Festival ; Fiddle-Faddle ; The First Day of Spring ; Forgotten Dreams ; The Girl in Satin ; The Golden Years ; Goldilocks (extraits) ; Governor Bradford March ; Harvard Festival ; Harvard Sketches ; Home Stretch ; Horse and Buggy ; Irish Suite ; Jazz Legato ; Jazz Pizzicato ; Lullaby of the Drums ; March of the two Left Feet ; Melody on Two Notes ; Mother's Whistler ; The Music Man ; Of thee I sing: Wintergreen for President ; Old MacDonald had a Farm ; The Penny Whistle Song ; The Phantom Regiment ; Plink, Plank, Plunk! ; Promenade ; Sandpaper Ballet ; Saraband ; Scottish Suite ; Serenata ; Seventy-Six Trombones  (Meredith Willson / arr. Anderson) ; Sleigh Ride ; Song of Jupiter (arr. of Handel : Semele, HWV58 'Where'er you walk') ; Song of the Bells ; Suite of Carols (trois versions distinctes) ; Summer Skies ; The Syncopated Clock ; To a Wild Rose (Edward MacDowell, orch. Anderson) ; A Trumpeter's Lullaby ; The Typewriter ; Waltz around the scale ; The Waltzing Cat ; Whistling Kettle ; Wintergreen for President (George Gershwin / arr. Anderson) ; Woodbury Fanfare. Kim Criswell, soprano ; William Dazeley, baryton. Jenny McLaren, Neville Graham, Derek Hannigan, Michael Pearce, clarinette. Catherine Moore, John Blackshaw, David McCallum, trompette. Jeffrey Biegel, Alistair Young, piano. Alasdair Malloy, machine à écrire. BBC Concert Orchestra, Leonard Slatkin. 1 coffret 5 CD Naxos 8505259. Enregistré entre le 24 avril 2006 et le 5 septembre 2007 au Watford Colosseum de Watford, Hertfordshire en Angleterre. Livret en anglais. 291’16

Ars Musica (III) : l’éclectisme et le hasard

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Ars Musica : l’éclectisme et le hasard

Le tir groupé de novembre laisse place à un étalement plus parcimonieux des rendez-vous, dont certains coïncident et obligent à choisir. Cette fois, c’est au Delta, nouveau partenaire du festival, dans ce bâtiment neuf fait de rondeurs, de boiseries et de larges vitres ouvertes sur la confluence des fleuve et rivière de Namur, que je me rends deux soirs de suite, l’occasion de flairer l’odeur de barbe à papa du marché de Noël (j’abhorre autant les effluves de vin chaud que le Grand Jacques a « horreur de tous les flonflons de la valse musette et de l'accordéon »), de flâner dans le bruissement fiévreux des préparatifs de fin d’année et même de retrouver un vieil ami au contact suspendu pendant une décennie.

Andrew Poppy / Lola Malique & Marie Hallynck – Le Delta (Namur), vendredi 10 décembre 2021

Si la Tournaisienne Marie Hallynck, malade (Covid, peut-être ; hors d’état de chanter, certainement) déclare forfait, Lola Malique offre au public de la salle Tambour sa conception bien particulière de la musique, qu’elle assemble entre chanson, poésie et musique contemporaine : pour deux de ses propres compositions, elle convoque les mots (et la voix, enregistrée) du poète marocain Abdellatif Laâbi alors que, avec Sept Papillons de Kaija Saariaho, elle parcourt, dans chacune des sept miniatures, ce drôle de mouvement sans début ni fin, fragile et éphémère -que la compositrice finlandaise truffe de techniques instrumentales étendues. L’interprétation, légère et personnelle, de la chanson d’Allain Leprest (Les tilleuls) procure une respiration avant deux pièces plus ardues : dans A Weightlessness Process (… or how to become ethereal), Michèle Abondano (Colombie) explore les possibilités de timbre de l’instrument : comment une unique source sonore se multiplie, fluctue, s’interrompt et explose, en fonction de la préparation technique du violoncelle (un long ruban -une bande magnétique ?- déployé entre et frotté sur ses cordes) ; l’exercice titille mieux mon attention que l’utilisation percussive et l’étouffement systématique des sons prescrits par la Brésilienne Michelle Agnes Magalhaes dans Migrations (elle aime titiller les limites entre geste et écriture).