Un « concert de ruelle » chez Monsieur de Saint-Colombe  et ses filles par le Ricercar Consort

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 Jean de Sainte-Colombe (c.1640-c.1700) : Concert XLIe Le Retour ; Concert XXVe La Caligie ; Concert XXVIIe La Bourasque ; Concert XLVIIIe Le Rapporté ; Concert XLIVe Le Tombeau ; Concert LXVIe L’infidelle ; Concert LIVe La Dubois. Louis COUPERIN (1626-1661) : Suite à trois violes. Jacques CHAMPION de CHAMBONNIERES (1602-1672) : Pavane L’Entretien des Dieux ; Sarabande Jeunes Zéphirs. Robert de VISEE (c.1655-c.1732) : Tombeau pour Mesdemoiselles de Visée. Ricercar Consort : Philippe Pierlot, dessus et basse de viole ; Lucile Boulanger et Myriam Rignol, basses de viole ; Rolf Lislevand, théorbe. 2020. Livret en français, en anglais et en allemand. 75.00. Mirare MIR 336.

Grete Pedersen, cheffe de choeur 

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Grete Pedersen est l’une des cheffes de choeur des plus renommées de notre époque. Au pupitre de ses Norwegian Soloists’ Choir et du Norwegian Radio Orchestra, elle vient de publier un enregistrement consacré à Luciano Berio avec une interprétation magistrale de Coro, l’un des plus grands chefs d’oeuvre de la musique chorale. 

Que représente Coro pour vous ? Pourquoi cette partition est-elle si importante dans l'histoire de la musique chorale ? 

Pour moi, c'est l'une des plus grandes œuvres ! Berio traite de nombreux aspects de manière étonante : individualité versus tutti, chanteurs versus instrumentistes, le fond et la forme. J'ai toujours aimé travailler l’association des chanteurs et des instruments, mais je préfère diriger des oeuvres qui proposent des textes avec de la substance que des partitions intègrant des musiques folkloriques. Dès lors, Coro, qui mixe ces différents aspects, était pour moi une partition exemplaire ! Dans cette musique, tous les aspects et tous les interprètes sont tellement tissés et imbriqués que pour la faire résonner dans toute sa richesse, chacun dépend totalement des autres. Dans une interview, Sir Simon Rattle a classé Coro parmi ses trois meilleures œuvres pour chœur et orchestre et il a comparé sa qualité et son importance à la Passion selon Saint-Matthieu de Bach. Je ne pourrais pas être plus d'accord ! 

 De nombreuses partitions "d'avant-garde" de la seconde moitié du XXe siècle ont particulièrement vieilli et sonnent surannées, alors que Coro ne cesse de nous éblouir. Quelle est la force de cette œuvre ? 

Il faut considérer d’abord la clarté de l'architecture de la partition avec ses 31 parties, ses refrains récurrents, et le texte de Pablo Neruda. La façon dont Berio introduit la musique et les textes, avec subtilité et naturel, en fait un mélange bigarré et coloré qui n'est pas artificiel. Cet aspect évolue et grandit tout au long de la partition. La musique est aussi pleine de joie, d'espièglerie, de désir d'amour et de sérieux, combinés à de soudaines surprises. Et, bien sûr, les multiples citations du texte de Pablo Neruda Come and see the blood in the streets nous ramènent à une dimension plus profonde et significative -n'oubliez pas l'injustice, n'oubliez pas ceux qui se sont battus pour notre liberté. Coro a un sens politique et il est impossible de détourner le regard.

Francis Poulenc : la fraîcheur et le feu

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"Unis la Fraîcheur et le Feu" disait Eluard à Poulenc, qui fit de ce titre un merveilleux petit cycle de mélodies. Fraîcheur d'un charme mélodique désarmant, Feu d'une inspiration ardente, revivifiée par la Foi. Cette union improbable et pourtant si naturelle a garanti le succès du musicien, de son temps à nos jours. Analyse d'une popularité sans faille, d'une éternelle jeunesse, au travers de ses plus grandes œuvres.

 "En Poulenc, il y a du moine et du voyou" disait Claude Rostand. Et, plus récemment, Stéphane Friédérich titrait  : "Francis Poulenc : la gravité du pince-sans-rire". A la lecture du catalogue de l'œuvre, cette alternance frappe en effet tout de suite. Il ne s'agit cependant pas d'empreinte commune, de tragi-comédie, de mélange shakespearien des genres, mais plutôt d'une évolution parallèle, faisant concourir constamment pages légères et pages profondes, poèmes enjoués et motets vibrants, ballets érotiques et cantates douloureuses. Dichotomie étrange, qui jamais n'embarrassa le Maître, conscient de ses deux penchants, et les réunissant joyeusement, pour le plus grand bonheur des mélomanes. Et Denise Duval pourra chanter tour à tour Les Mamelles de Tirésias et Dialogues des Carmélites sans aucune angoisse métaphysique.

Chez Poulenc, il n'y a pas de "périodes", au grand dam des critiques qui aiment classer, répertorier, scinder. Il a trouvé son style tout seul, apparu comme Minerve sortant du cerveau de Jupiter. Par une feinte indifférence, l'inspiration "voyou" côtoiera l'inspiration "moine", avec une recrudescence de celle-ci à partir de 1936, lors de la conversion du compositeur. 

Six, ils sont six !

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Le 8 janvier 1920, à 16 heures 30, un jeune compositeur français déjà bien en vue, Darius Milhaud, récemment rentré du Brésil où il a été le secrétaire particulier de l'Ambassadeur Paul Claudel, reçoit chez lui, rue Gaillard à Paris, quelques critiques musicaux en vue de leur faire connaître quelques-uns de ses jeunes collègues les plus talentueux. Cinq répondent à l'appel : Arthur Honegger, Francis Poulenc, Georges Auric, Louis Durey et Germaine Tailleferre. On fait connaissance, on bavarde, on fait de la musique. L'un de ces critiques, Henri Collet, également compositeur et grand expert en musique espagnole, est particulièrement impressionné. Une semaine plus tard, le 16 janvier, il fait paraître dans la revue Comoedia un article retentissant intitulé "Un ouvrage de Rimski et un ouvrage de...Cocteau : les Cinq Russes, les Six Français". Et il récidive la semaine suivante. Le Groupe des Six est né. 

Il aurait pu être de composition différente, voire comprendre un ou deux membres de plus : Jacques Ibert, Roland-Manuel... Le hasard a fait que ceux-là purent répondre à l'invitation de Milhaud ce jour-là. Mais à la vérité, leurs noms avaient déjà voisiné dans nombre de concerts depuis deux ans, une ou deux fois même au complet. D'emblée, Henri Collet a associé leurs noms à celui de Jean Cocteau, leur flamboyant porte-parole. Ce brillant poète et protagoniste de la vie mondaine de l'avant-garde parisienne ("Un cocktail, des Cocteaux", dira une bien méchante langue !) accumule depuis des années articles et manifestes, activité culminant en 1918 dans la célèbre brochure Le Coq et l'Arlequin, auxquels succèderont, mais après la naissance du Groupe des Six, les quatre numéros de l'éphémère revue Le Coq (mai à novembre 1920). Mais Collet aurait dû évoquer un autre parrainage encore, d'ailleurs sans cesse invoqué par Cocteau, celui du malicieux Erik Satie, compositeur énigmatique et rare, et écrivain-conférencier tout proche de Dada, en fait véritable père spirituel de notre Groupe.

La Phèdre de Jean-Baptiste Lemoyne, une résurrection nécessaire

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Jean-Baptiste LEMOYNE (1751-1796) : Phèdre, tragédie lyrique en trois actes. Judith van Wanroij ; Julien Behr ; Tassis Christoyannis ; Melody Louledjian ; Jérôme Boutillier ; Ludivine Gombert ; Purcell Choir ; Orfeo Orchestra, direction György Vashegyi. 2020. Livret en français et en anglais. Textes complets avec traduction en anglais. 136.30. Un livre-disque du Palazzetto Bru Zane BZ 1040 (2 CD).

Beethoven par Scherchen

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Intégrale des Symphonies, Wellingtons Sieg oder die Schlacht bei Vittoria, Op.91 ; Ouvertures de Leonore I, Op.138 ; Leonore II, ops 72a ; Leonore III, Op.72b ; Fidelio, Op.72, Coriolan, Op.62 ; König Stephan, Op.117 ; Zur Namensfeier, Op.115 ; Die Geschöpfe des Prometheus, Op.43 ; Die Ruinen von Athen, Op.113 ; Die Weihe des Hauses, Op.124 ; Grosse Fuge (orchestration de Felix Weingartner). Magda László, soprano ; Hilde Rössel-Majdan, alto ; Petre Munteanu, ténor ; Richars Standen, basse. Vienna Academy Chorus, Vienna State Opera Orchestra, Royal Philharmonic Orchestra, English Baroque Orchestra, Herman Scherchen. 1951-1958. Livret en anglais et allemand. DGG.  483 8163. 

Hermann Scherchen, l’Allemand qui ne dirigeait pas comme un Allemand 

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La réédition par DGG d’enregistrements beethovéniens, dont les symphonies, sous la baguette du chef d’orchestre Hermann Scherchen, est une bonne opportunité d’évoquer la carrière de ce musicien exceptionnel. Chef d’orchestre virtuose, pilier de la création contemporaine et même de la musique électronique, il marqua de son empreinte l’art de la direction en dépit d’une notoriété relativement trop confidentielle par rapport aux stars de son époque. 

Hermann Scherchen naît à Berlin en 1891. Altiste, il joue dans l’orchestre Blüthner de Berlin tout en étant musicien supplémentaire lors des concerts du Philharmonique. En 1911, il rencontre Arnold Schönberg dont il est l'assistant pour la création du Pierrot lunaire. Le jeune musicien est fasciné par la modernité et les pistes offertes par cette musique qui dépasse les frontières connues. Schönberg part en tournée à travers l’Allemagne avec son Pierrot Lunaire et Scherchen, encouragé par le compositeur, assure quelques performances de cette oeuvre révolutionnaire. En 1914, il est chef d’orchestre à Riga mais la Première Guerre Mondiale éclate et le musicien est retenu prisonnier par les Russes, il se découvre une sympathie pour la Révolution d’octobre et les idées communistes. De retour à Berlin, en 1918, il se fait un propagateur de la musique de son temps. S’il fonde un quatuor à cordes qui porte son nom, il est aussi l’initiateur de la Neue Musikgesellschaft (Société pour la nouvelle musique) et de la revue Melos (1919) qui oeuvrent pour la défense de la musique contemporaine. Ses activités se complètent par un poste à la Musikhochschule de Berlin et la direction d’une chorale d’ouvriers. En 1921, il est désigné à la tête des concerts du Konzertverein de Leipzig puis au pupitre des Museumkonzerten de Francfort sur le Main où il succède à Wilhelm Furtwangler. 

Une rencontre Beethoven-Kuhlau autour de la flûte

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Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827) : Sérénade pour piano et flûte, op. 41 ; Canon « Kühl, nicht lau », WoO 191. Friedrich KUHLAU (1786-1832) : Capriccio pour flûte op. 10b n° 9 ; Grande Sonate concertante pour piano et flûte, op. 85. Tami Krausz, flûte ; Shuann Chai, pianoforte. 2020. Livret en anglais, en allemand et en français. 67.14. Ramée RAM 1903.

Deux saisons mais deux mondes totalement opposés

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Piotr Illitch Tchaïkovski (1840 - 1893): Les Saisons, transcription Alexander Goedicke (1877 - 1957) pour piano, violon et violoncelle ; Astor Piazzolla (1921 - 1992) : Les Quatre Saisons de Buenos Aires, transcription José Bragato (1915 - 2017) pour piano, violon et violoncelle. Trio Bohème (Jasmina Kulaglich, piano ; Lev Maslovsky, violon ; Igor Kiritchenko,  violoncelle) -2019 - Livret en anglais et en français  - 67: 48 . Calliope Records