Stravinski, Varèse et les musiciens de l'énergie

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Suite à la mise en ligne de l'article qu'Harry Halbreich avait consacré à Hanns Eisler, plusieurs lectrices et lecteurs nous ont contacté pour nous demander de republier les articles qu'Harry Halbreich avait proposé, en 1998, dans le cadre d'une série nommée "Ce siècle aura 100 ans".  Nous mettons en ligne cette semaine cet article consacré à des figures majeures du XXe siècle.

Le titre de cet article prête à des clichés réducteurs qu'il importe tout d'abord de dissiper. L'énergie n'est pas uniquement une manifestation de force physique, et surtout pas de violence. Elle est le fruit d'une concentration mentale et spirituelle permettant de canaliser, de concentrer cette force pour parvenir à un maximum d'intensité dans l'expression, laquelle ne se traduit pas obligatoirement par un surplus de décibels. Elle implique surtout une santé de l'âme, fruit d'une hygiène psychologique bien comprise, et qui peut et doit compenser le cas échéant les faiblesses d'un corps défaillant : Beethoven en demeure le modèle insurpassé, et dans notre quête des « musiciens de l'énergie » habitant ce siècle qui s'achève, il demeurera notre suprême référence. Quels sont, à des titres divers, ses successeurs dignes de cet écrasant héritage?...

Bach, l'Allemand

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Parvenu à l’âge de cinquante ans, et quoique fort peu soucieux d’écrire autre chose que des notes de musique, Bach eut à cœur de consigner sur le papier tout ce qu’il savait de la tribu dont il se réclamait avec fierté, des vies et des travaux de ses aïeux. En commençant par l’aïeul fondateur de la famille (ou supposé tel), l’ancêtre Vitus, le grand-père de son grand-père. La religion qu’il confessait, le luthéranisme, le contraignit à fuir la Hongrie au xvie siècle. Après avoir converti ses biens en argent, dans la mesure où cela pouvait se faire, il partit pour l’Allemagne. Ayant trouvé en Thuringe assez de sûreté pour sa foi luthérienne, il s’est installé à Wechmar, près de Gotha, et reprit son métier de boulanger.

Venu de Presbourg, l’actuelle Bratislava, capitale de la Slovaquie mais alors capitale de la Hongrie, notre boulanger était-il de souche magyare? Il est bien possible en effet que la passion de la musique des Bach, alliée à leur tempérament vif et chaleureux, trouvent en Hongrie leur source; possible aussi qu’arrivant en Allemagne, Vitus y ait été appelé du sobriquet de Bach, alors encore synonyme de "musicien itinérant". Toujours est-il qu’il s’ancre en Thuringe, en un enracinement si profond qu’il paraît définitif : toute sa postérité manifestera un attachement viscéral à cette terre d’adoption à laquelle elle va donner certains de ses plus nobles titres de gloire. 

Les uns après les autres, de génération en génération, les descendants de Vitus progressent dans leur connaissance de la musique. Boulanger comme son père, Johannes, ou Hans, se reconvertit et devient musicien municipal. Désormais, tous les Bach sont musiciens professionnels, famille bientôt si nombreuse que vers 1700, ils sont parfois plus d’une centaine à se retrouver dans leurs rituelles réunions annuelles, bien conscients de constituer à eux seuls une fameuse corporation. Organistes, violonistes, musiciens de cour ou municipaux, compositeurs pour certains. Jean-Sébastien en dresse la généalogie, il en collectionne les œuvres, qu’il apprécie au point d’écrire de l’un de ses parents qu’"il fut un profond compositeur". Les Bach se connaissent, communiquent entre eux, s’entraident, se transmettent des charges : un siècle après Vitus, ils forment un véritable réseau irriguant toute la Thuringe en musiciens de grand talent.

Claire Désert, pianiste rare

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Pour ce deuxième concert dans la série Flagey On Air -courageuse initiative de Flagey, Musiq3 et Klara qui marque un timide retour du concert public sur nos scènes si tristement vides depuis le début du confinement, et dont l’atmosphère si particulière a été fort bien décrite par notre collègue Harold Noben dans ces colonnes récemment- le Studio 4 du paquebot de la place Flagey accueillait Claire Désert, une artiste d’exception. 

Avant de parler de partie purement artistique, il vaut la peine de revenir sur la façon dont ces concerts sont organisés, avec un maximum de 200 spectateurs, toujours à distance respectable les uns des autres sur chaque rangée de fauteuils dont une sur deux reste vide. L’impression est très étrange: on se sent à la fois très esseulé dans cette belle salle et en même temps immensément privilégié d’être parmi les rares à vivre ces moments de musique et de beauté. Surtout que l’impression d’isolement est encore accentuée cette fois par le port du masque à présent obligatoire dans les lieux de spectacle. Lorsqu’on regarde autour de soi, on ne sait pas trop si l’on prend part à une assemblée de chirurgiens ou de braqueurs de banque.

Klaus Mäkelä dirige l’Orchestre de Paris pour la réouverture de la Philharmonie de Paris

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Il y a des concerts qui marquent à jamais. Celui du 9 juillet en est un. Cette date, celle de la réouverture de la Philharmonie de Paris depuis le début du confinement, était également la première apparition du jeune chef finlandais Klaus Mäkelä (né en 1996), le prochain  directeur musical de l’Orchestre de Paris.

L’annonce, le 18 juin dernier, du nom de Klaus Mäkelä a créé la surprise générale. Au cours de la saison 2019-20 qui s’est malheureusement terminée trop tôt, l’Orchestre a invité plusieurs chefs « pour voir » qui pourrait prendre la tête de la phalange parisienne après le départ de Daniel Harding en août dernier. Le Finlandais n’était pas en lice, il n’avait d’ailleurs pris la baguette qu’une seule fois devant cet orchestre, les 12 et 13 juin 2019. Mais ces soirées avaient fait sensation et on le considérait déjà comme une future star de la direction. Si son nom fut une surprise, la nouvelle a été accueillie avec enthousiasme, à commencer par les musiciens de l’orchestre qui étaient, dit-on, unanimes face à cette décision. Il prendra ses fonctions en septembre 2022 mais, dès la rentrée prochaine, il entamera sa collaboration en tant que conseiller musical. Le concert du 9 juillet a montré à quel point cette collaboration sera bénéfique.

Dans les jardins d’Espagne avec Maïté Louis et Nicolas Martin Vizcaino

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Fritz Kreisler (1875-1962) : Danza Española n°1 de la « Vida breve » (De Falla) – Sérénade espagnole (Chaminade) – Danza española, Op. 37 n°5 « Andaluza » (Granados) – Sérénade espagnole Op. 20 n°2 (Glazounov) – La Gitana ; Pablo de Sarasate (1844-1908) : Playera, Op. 23 n°5 – Romanza andaluza, Op. 22 n°3 – Zapateado, Op. 23 n°6 – Malagueña, Op. 21 n°1 – Introduction et tarentelle, Op. 43 – Nocturne-sérénade, Op. 45 – Zigeunerweisen, Op. 20. Maïté Louis, violon – Nicolas Martin Vizcaino, piano. 2020-DDD-55’43-Texte de présentation en français et anglais-Calliope Records-CAL2081

Les ouvertures de Cimarosa, volume 7 

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Domenico Cimarosa (1749-1801) : Judith, Il voncito, Amor rende sagace, San Filippo Neri che risuscita Paolo Massimi, Il trionfo della fede, Il capriccio drammatico, Il martirio, Absalom, Il matrimonio per sussuro, Il padre alla moda. Czech Chamber Philharmonic Orchestra Pardubice, Michael Halász, direction. 2020-DDD-54’51-Textes de présentation en anglais et allemand-Naxos-8.574103

Intégrale des Sonates pour clavier de Scarlatti pour Naxos : volumes 23 et 24

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Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates-Volume n°23-K.256 / 270 / 289 / 310 / 331 / 349 / 354 / 375 / 395 / 407 / 428 / 475 / 515 / 526 / 549 / 554. Sergio Monteiro, piano. 2020 - 70’52-Texte de présentation en anglais-Naxos-8.574075.

Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonates - Volume n°24. K.159/ 11 / 424 / 299 / 210 / 1 / 273 / 196 / 120 / 498 / 264 / 383 / 198 / 324 / 279 / 465 / 187 / 235 / 508. lon Goldstein, piano​ . 2020 - 76’31-Texte de présentation en anglais-Naxos-8/574196. Alon Goldstein, piano

Podcast Les Siècles à propos du Sacre du Printemps.

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L'orchestre Les Siècles de notre ami François-Xavier Roth est l'un des plus dynamiques et créatifs de la scène internationale. Pendant le confinement, l'idée s'est développée de donner via à des concerts malheureusement annulés ou de revenir sur des évènements marquants de l'histoire de l'orchestre. Nous vous invitons à les écouter, en particulier ce passionnant podcast sur le chef d'oeuvre de Stravinsky.

La conception, les interviews et le montage sont à créditer à six membres des Siècles, musiciens ou administratifs : François-Marie DRIEUX (violon solo), Hélène MOUROT (hautbois solo), Simon MILONE (violon), Emmanuel BENECHE (cor), Anouche ALLAIN (administratrice de production) et Lucie PIERRON (administratrice.  L'objectif est de publier un podcast chaque mois : rendez-vous fin juillet pour la seconde partie du Sacre du printemps (avec un focus sur la danse) et fin août avec un podcast sur la deuxième partie des Troyens (actes III à V) qui devait être donnée au festival Berlioz de la Côté Saint-André.

Voyage transfrontalier avec le trio Goldberg

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Serge TANEIEV ( 1856-1915) : Trio à cordes en si mineur ; Jean FRANCAIX (1912-1997) : Trio pour violon,alto et violoncelle ; Joseph HAYDN (1732-1809) : Trio à cordes en sol majeur op.53 ; Zoltan KODALY ( 1882- 1967) : Intermezzo ; Franz SCHUBERT (1797-1828) :  Trio à cordes (Inachevé) en si bémol majeur D471 ; Hans KRÁSA (1899-1944) : Danse ; George ENESCU (1881-1955) : Aubade. "Trio Goldberg"  Liza Kerob, violon ; Federico Hood, alto ; Thierry Amadi, violoncelle - 2020 - Livret en allemand, anglais et français -  61'56  ARS 38 309.