Les chorégraphes de Diaghilev (2): Georges Balanchine

par

"J'ai voulu devenir français, mais les Français ne m'ont pas accepté. J'ai voulu devenir danois et ce fut le même refus. Je n'ai pas eu plus de chance avec l'Angleterre. On voulait bien que je m'établisse dans un pays, mais impossible d'en obtenir le passeport !

Heureusement l'Amérique est venue à moi, sous les traits de Lincoln Kirstein qui m'a proposé de fonder une compagnie de ballet aux Etats-unis. J'ai refusé ... à mon tour. Je voulais d'abord fonder une école. Et Kirstein m'a aidé, avec le financier Edward M.M. Warburg et Vladimir Dimitriev, à créer la School of American Ballet, d'où sont sortis l'American Ballet puis le Ballet Caravan, le Ballet Society et enfin le New York City Ballet".  

Cette dernière compagnie, qui heureusement survit à son fondateur, a pris ce nom du Théâtre du City Center qui, le 11 octobre 1946, devient sa résidence officielle. Le théâtre n'était pas grand, malgré ses trois mille places. La scène, les locaux de répétition surtout et les loges étaient mal adaptés aux exigences d'un homme qui avait été formé à l'école du Théâtre Mariinsky, là où Pavlova, Preobrajenska et Nijinsky (pour ne citer qu'eux) ont appris la grande leçon du style.

Les 10 ans des International Classical Music Awards

par

La 10e cérémonie de remise des prix et le concert de gala des International Classical Music Awards devaient avoir lieu aujourd'hui à Séville. Un virus microscopique l'a empêché. Cela ne doit pas nous faire oublier que nous avons des  lauréats en 2020, une brillante liste d'artistes et d'enregistrements absolument exceptionnels.

 De plus, ce 10e anniversaire est l'occasion d’évoquer  tous les gagnants que nous avons comptés depuis 2011. Dix ans, près de 300 prix décernés à un large éventail de musiciens, des artistes les plus connus aux jeunes qui sont au tout début de leur carrière.

 Les International Classical Music Awards ont été créés en 2010. En fait, ce jury est le successeur de ce qu'on appelait les MIDEM Classical Awards et avant les Cannes Classical Awards. Lorsque l'organisation du MIDEM a mis fin à sa collaboration avec le jury, nous avons décidé de poursuivre notre collaboration sous un nouveau nom. Depuis lors, le jury a été complètement indépendant et il est devenu, avec de nouveaux membres, plus grand et plus international encore. Sa force est aujourd'hui tout à fait exceptionnelle. Il n'existe aucune organisation similaire dans le monde de la musique.

Les artistes nous disent que l'indépendance de notre jury est le maître-atout des Prix. Ils nous disent que nous les aidons considérablement dans leur cheminement artistique. Ils nous disent que nous les avons encouragés à aller plus loin dans leur approche de l'art, et surtout les plus jeunes disent qu'ils ont le sentiment que nous leur donnons une "visibilité" dans le monde musical.

Nos dix concerts de gala ont tous été des événements exceptionnels et nous en gardons de grands souvenirs. Après le premier Gala à Tampere, en Finlande, nous sommes allés à Nantes, en France, avec l'Orchestre National des Pays de la Loire et c'était le premier concert dirigé par John Axelrod. Nous avons ensuite rejoint LaVerdi à Milan, toujours avec notre ami John Axelrod. Ensuite, nous nous sommes rendus à Varsovie où nous avons été invités par Elzbieta Penderecka au Festival Beethoven. En 2015, le Gala a été organisé par l'Orchestre Symphonique Bilkent à Ankara, en 2016 nous étions à Saint-Sébastien avec l'Orchestre Euskadi, en 2017 à Leipzig au Gewandhaus, en 2018 à Katowice avec l'Orchestre de la Radio Nationale polonaise et en 2019 à Lucerne au KKL avec l'Orchestre symphonique de Lucerne.

A l’occasion des 10 ans du jury, certains récipiendaires nous ont écrit. Leurs textes sont en ligne sur le site des International Classical Music Awards : www.icma-info.com/3000-2/

 

 

Concerts sacrés de Johann Rosenmüller

par

Johann ROSENMÜLLER (1619-1684) : Deutsche geistliche Konzerte. Irena Troupova et Dorothea Sprenger, sopranos ; Uwe Czyborra, alto ; Hermann Oswald et Michael Schaffrath, ténors ; Martin Backhaus, basse ; Johann Rosenmüller Ensemble, direction Arno Paduch. 2019. Livret en allemand et an anglais. Textes sacrés en allemand. 72.03. Christophorus CHE 0221-2.

Beethoven par Ádám Fischer : enregistrement de l'année du jury des ICMA

par

Normalement, lors de la cérémonie de remise des prix qui devait se tenir à Séville aujourd'hui, 30 avril, le jury des International Classical Music Awards aurait dû annoncer le gagnant du Prix de l'enregistrement de l'année. Cet enregistrement de l'année est sélectionné parmi les gagnants des différentes catégories audio et vidéo. Or, la cérémonie de remise des prix et le concert de gala ayant été annulés, le Jury communique cette annonce par Internet.

Le prix est décerné au gagnant de la catégorie musique symphonique :

Ludwig van Beethoven : Complete Symphonies.  Sara Swietlicki, Morten Grove Frandsen, Ilker Arcayürek, Lars Møller, Danish National Concert Choir. Danish Chamber Orchestra, Ádám Fischer.Naxos 8.50 5251

 

 

La guitare d’Emanuele Segre : éclectisme garanti

par

Concertos italiens pour guitare. Antonio VIVALDI (1678-1741) : Air pour guitare et cordes, arrangement d’un extrait de la cantate « Cessate, omai cessate », RV 684, et Concerto en ré majeur, transcription pour guitare et cordes, RV 93. Mauro GIULIANI (1781-1829) : Gran Quintetto, version pour guitare et cordes, op. 65. Giovanni SOLLIMA (1962) The Black Owl. Carlo BOCCADORO (1963) : Dulcis Memoria II, version pour guitare et cordes. Emanuele Segre, guitare ; Orchestra I Pomeriggi Musicali, direction : Carlo Boccadoro. 2020. Livret en anglais. 67.58. Delos DE 3546.

Les choréragraphes de Diaghilev (1) : Fokine, Nijinsky, Massine, Nijinska

par

Bien qu' issu du Ballet Impérial et sa tradition classique, Michel Fokine exigeait que sa chorégraphie, expression de la musique, fut étroitement liée à l'atmosphère et à l'intrigue du ballet. Comme l'écrivit Danilova: "Lors de ma première saison chez Diaghilev, je dansais dans Le Lac des Cygnes. Il avait coupé de nombreux passages mimés. J'étais totalement pour. Au lieu de pointer votre doigt vers vous-même puis vers quelque endroit sur le plateau puis d'agiter votre main tout cela pour dire seulement : "Je vais là-bas", vous supprimiez le mime et vous contentiez d'y courir."

Michel Fokine était le plus versatile et le plus poétique des chorégraphes ; nombreux sont ses ballets qui ont survécus jusqu'à ce jour. Les Sylphides, avec leurs longs tutus et leur atmosphère de rêve, sont toujours au programme des troupes de ballet du monde et sont devenues pour le profane le symbole même du ballet classique. A l'époque, leur succès fut immortalisé par la présence de Nijinsky, Pavlova et Karsavina. Les dessins de groupe de Fokine étaient simplifiés à l'extrême, ils éliminaient tout ce qui était superflu, ils possédaient une logique et une pureté mathématique qui sont une joie pour l'oeil et facilitent le souvenir et la transmission. Parmi les ballets qu'il créa (Les Danses Polovtsiennes du Prince Igor, Carnaval, Schéhérazade, Le Spectre de la Rose, Thamar, Daphnis et Chloé, Papillons, etc.), il est difficile de nommer le plus grand chef-d'oeuvre. Fokine eut le privilège de travailler avec Stravinski (pour L'Oiseau de Feu et Petrouchka) Benois et Bakst. C'est peut-être Petrouchka (1911), l'histoire de la marionnette dont le coeur humain se brise, fruit heureux du travail combiné de Benois, Stravinski et Fokine, dansé par Nijinsky et Karsavina qui demeurera pour toujours dans les annales des triomphes de Fokine avant la guerre. 

"Blindekuh", une opérette de Johann Strauss II en première discographique mondiale

par

Johann Strauss II (1825-1899) : Blindekuh, opérette en trois actes. Robert Davidson, baryton-basse ; Kirsten C. Kunkle, Martina Bortolotti et Andrea Chudak, sopranos ; Roman Pichler, James Bowers, Daniel Schliewa et Julian Rohde, ténors ; Emily K. Byrne, mezzo-soprano. Chœurs et Orchestre Philharmonique de Sofia, direction Dario Salvi. 2020. Livret en anglais. 105.11. Naxos 8.660434-35 (2 CD).

Quatuor Arod: Mathilde est revenue

par

The Mathilde Album. Anton Webern (1883-1945) : Langsamer Satz ; Arnold Schönberg (1874-1951) : Quatuor à cordes N° 2, Op. 10* ; Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Quatuor à cordes N° 2, Op. 15. Quatuor Arod, Elsa Dreisig*.2019-DDD-80’26-Textes de présentation en français, anglais et allemand -Erato 19029542552

Jean-Christophe Keck, passion Offenbach 

par

Le musicologue et chef d’orchestre Jean-Christophe Keck est le plus grand connaisseur de l’oeuvre d’Offenbach auquel il consacre ses recherches. Il est en charge de la Offenbach Edition Keck (OEK), édition monumentale et critique des oeuvres du compositeur. Confiné dans sa résidence du Briançonnais, il répond à nos questions.  

Vous venez d’initier Offenbach symphonique via une chaîne Youtube. Pouvez-vous nous présenter ce projet ?

Depuis bien longtemps, je rêvais de pouvoir réaliser une intégrale discographique de l’œuvre symphonique d'Offenbach. Mais je manquais de moyens, aucune maison de disques, aucun orchestre argenté, aucun grand mécène ne s'étant intéressé à une pareille entreprise. Bien que, bicentenaire aidant, certains se soient découverts tardivement un intérêt pour la cause offenbachienne. 

Pourquoi l’œuvre symphonique en particulier ? D'abord parce qu'il est plus raisonnable, toujours du point de vue financier, de s'attaquer à cet aspect précis du répertoire du musicien plutôt qu'à son œuvre complète (projet pharaonique et certainement irréalisable sans des moyens colossaux et aussi beaucoup de temps -n'oublions pas que le catalogue d'Offenbach compte plus de 650 œuvres dont une bonne centaine d'ouvrages lyriques). Mais aussi parce qu'on oublie trop souvent quel orchestrateur de génie est l'auteur d'Orphée aux enfers. On vante généralement sa facilité mélodique, son humour musical, son sens de la dramaturgie. Mais pourtant je pense que ne pas être attentif à la délicatesse, la science et l'efficacité de son instrumentation, c’est passer à côté de tout un aspect délicieux de ce grand compositeur. Parallèlement à mon activité éditoriale au sein de la maison Boosey & Hawkes, j'ai toujours cherché à intéresser les maisons de disques, car l'enregistrement des œuvres me parait primordial. Contrairement à la fugacité de la musique "vivante" (heureuse fugacité, parfois...). Mais je dois constater que le catalogue discographique d'Offenbach reste bien maigre comparé aux nombreuses éditions critiques que nous avons publiées ces vingt dernières années. C'est en découvrant les progrès remarquables que vient de faire la MAO (musique assistée par ordinateur) grâce à de nouveaux logiciels équipés d’algorithmes et autre intelligence artificielle que j'ai eu l'idée de lancer ce projet d'intégrale symphonique « électronique », faute de moyens financiers pour faire le même travail avec un véritable orchestre symphonique. 

Loin de moi l'idée de vouloir enregistrer des versions de référence et me substituer à un travail avec un orchestre fait de musiciens en chair et en os, les progrès technologiques étant encore loin de pouvoir prétendre à un tel résultat. Mon but est simplement de constituer une base documentaire permettant à tous ceux qui ne peuvent lire une partition d'orchestre d'accéder à des œuvres parfois inédites, et dans leur orchestration originale. D'ailleurs, toutes ces œuvres font parallèlement l'objet d'éditions traditionnelles disponible dans le cadre de l’Offenbach Edition Keck (OEK), et j'espère pouvoir ainsi aiguiser la curiosité de chefs d'orchestre ou de programmateurs de concerts afin de leur donner envie de présenter ces partitions en public. Il y a fort à faire avec un nombre considérable d'ouvertures, d'intermèdes, de ballets et de pièces symphoniques ou concertantes en tout genre...

Paul van Nevel nous fait découvrir Simone de Bonefont

par

On ne présente plus Paul van Nevel, star mondiale de la musique ancienne auquel on doit un travail unique au monde sur le répertoire choral et tant de découvertes inattendues. Au pupitre de son Huelgas Ensemble, notre compatriote nous offre la redécouverte de la Messa pro Mortuis de Simone de Bonefont. Cet album Cyprès (Joker de Crescendo) est l’un des évènements du printemps ! Joint par téléphone, le musicien, toujours des plus dynamiques, répond à nos questions. 

On connaît fort peu de choses sur Simone de Bonefont, si ce n’est qu’il fut chanoine et chantre à la Cathédrale de Clermont-Ferrand. Comment avez-vous découvert ce compositeur ? 

J’effectuais des recherches sur des livres de choeurs à la Bibliothèque Nationale d’Autriche à Vienne. Je suis tombé sur un ouvrage de l’éditeur Nicolas du Chemin, publié à Paris, et qui présentait cette oeuvre de Simone de Bonefont. J’ai aussitôt fait quelques transcriptions de certaines parties de la Messe et j’ai été immédiatement séduit par le grand intérêt de cette musique, en particulier sa richesse polyphonique. J’ai ensuite attendu le bon moment pour la programmer et l’enregistrer ! 

Dans le livret de l’album, vous expliquez que cette oeuvre est “un chaînon important dans la tradition de la liturgie pour les morts, depuis Ockeghem jusqu’à Palestrina”. Pouvez-vous nous expliquer ce point de vue ? 

Nous connaissons d’autres messes des morts de cette époque, de celle composée par Johannes Ockeghem à celle écrite par Palestrina à la fin de la Renaissance. Nous devons aussi considérer les oeuvres de Jean Richafort avec son Requiem à six voix à la mémoire de Josquin Des Prés et le Requiem à quatre voix de Pierre de Manchicourt. Mais finalement, il n’y a pas tant de messes des morts. Ainsi, ni Josquin Des Prés, ni Antoine Brumel n’en n’ont composé. Dans ce contexte, l’oeuvre de Simone de Bonefont se détache par son originalité. Certes, il utilise le plainchant, mais il le cantonne à la première voix, ce qui est unique et donne un effet inattendu.