Paul van Nevel nous fait découvrir Simone de Bonefont

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On ne présente plus Paul van Nevel, star mondiale de la musique ancienne auquel on doit un travail unique au monde sur le répertoire choral et tant de découvertes inattendues. Au pupitre de son Huelgas Ensemble, notre compatriote nous offre la redécouverte de la Messa pro Mortuis de Simone de Bonefont. Cet album Cyprès (Joker de Crescendo) est l’un des évènements du printemps ! Joint par téléphone, le musicien, toujours des plus dynamiques, répond à nos questions. 

On connaît fort peu de choses sur Simone de Bonefont, si ce n’est qu’il fut chanoine et chantre à la Cathédrale de Clermont-Ferrand. Comment avez-vous découvert ce compositeur ? 

J’effectuais des recherches sur des livres de choeurs à la Bibliothèque Nationale d’Autriche à Vienne. Je suis tombé sur un ouvrage de l’éditeur Nicolas du Chemin, publié à Paris, et qui présentait cette oeuvre de Simone de Bonefont. J’ai aussitôt fait quelques transcriptions de certaines parties de la Messe et j’ai été immédiatement séduit par le grand intérêt de cette musique, en particulier sa richesse polyphonique. J’ai ensuite attendu le bon moment pour la programmer et l’enregistrer ! 

Dans le livret de l’album, vous expliquez que cette oeuvre est “un chaînon important dans la tradition de la liturgie pour les morts, depuis Ockeghem jusqu’à Palestrina”. Pouvez-vous nous expliquer ce point de vue ? 

Nous connaissons d’autres messes des morts de cette époque, de celle composée par Johannes Ockeghem à celle écrite par Palestrina à la fin de la Renaissance. Nous devons aussi considérer les oeuvres de Jean Richafort avec son Requiem à six voix à la mémoire de Josquin Des Prés et le Requiem à quatre voix de Pierre de Manchicourt. Mais finalement, il n’y a pas tant de messes des morts. Ainsi, ni Josquin Des Prés, ni Antoine Brumel n’en n’ont composé. Dans ce contexte, l’oeuvre de Simone de Bonefont se détache par son originalité. Certes, il utilise le plainchant, mais il le cantonne à la première voix, ce qui est unique et donne un effet inattendu.  

Vous avez mis en relief Simone de Bonefont avec quatre autres compositeurs : Arnold von Bruck, Jacobus de Kerle, Orlandus Lassus, Nicolas Gombert. Comment avez-vous sélectionné ces compléments de programme ? 

J’ai cherché ce que l’on pouvait mettre en parallèle avec ce Requiem qui se révèle très méditatif et profond, avec une esthétique très pure qui fait penser au plainchant par son évolution mélodique. Je suis parti sur l’idée de mettre en avant un autre texte qui parle de la relation entre la mort et l’espoir pour le futur après la mort : la lumière éternelle. Je me suis orienté vers le très beau texte “Media vita in morte sumus”, C’est un texte qui, par sa profondeur et son aspect méditatif, peut prendre place au côté du Requiem de Bonefont. Il se trouve qu’il a inspiré plusieurs compositeurs et j’en ai retenu quatre. La première composition est une oeuvre du Brugeois Arnold von Bruck, le texte est une traduction du latin à l’allemand de la main de Luther. Les trois autres œuvres, de Jacobus de Kerle, Orlandus Lassus et Nicolas Gombert, sont des chefs d’œuvre du répertoire franco-flamand. 

L’illustration de cet album propose un détail d’une peinture de Jérôme Bosch : Montée des bienheureux vers l’empyrée (détail des Visions de l’au-delà). En quoi l’univers de Bosch prolonge-t-il le programme musical ? 

Jérôme Bosch est un peintre plutôt profane. Cependant, le détail du tableau mis en évidence sur la pochette présente une grande force évocative. Il s’agit des morts qui envisagent la lumière éternelle, et cette dernière est ici irradiante et éblouissante !  

Vous êtes toujours des plus actifs dans l’exploration des répertoires. Quels sont vos prochains projets au disque ? 

ll y en a beaucoup ! Une fois que le Coronavirus sera passé, le label Sony va éditer, l’automne prochain, un coffret de trois disques enregistrés en concert à l’occasion de la première édition de notre festival de Talant près de Dijon en Bourgogne. L’ensemble de nos sept concerts a été enregistré, et une sélection sera la base de ce coffret. En janvier, nous sortirons un album intégralement consacré à des oeuvres anonymes anglaises des XIIIe et XIVe siècles. Le public pourra découvrir que ces compositions anglaises du Moyen-Âge n’ont rien à voir avec le style des oeuvres composées sur le continent. Enfin, nous travaillons sur un enregistrement des Motets à six voix de Pierre de Manchicourt. 

A écouter : 

Simone de Bonefont (ca. 1500) : Missa pro mortuis cum quinque vocibus, Arnold von Bruck (1500-1554), Jacobus de Kerle (1531-1591), Orlandus Lassus (1532-1594), Nicolas Gombert (1495-1560). Huelgas Ensemble. Cantus : Axelle Bernage, Rosemary Galton, Helen Cassano, Sabine Lutzenberger. Tenor : Achim Schulz, Paul Bentley-Angell, Ozan Karagöz, Adriaan De Koster, Tom Phillips, Matthew Vine. Bassus : Romain Bockler, Guillaume Orly. Aristic director : Paul Van Nevel.  2018 - 58’21’’ - Livret en français, anglais, néerlandais. Textes chantés et traduction en français, anglais, néerlandais.  Cypres Records-CYP168   

Le site du Huelgas Ensemble : www.huelgasensemble.be

Crédits photographiques : Cyprès Records

Propos receuillis par Pierre-Jean Tribot 

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