Ça fait du bien : The Pajama Game  

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Un musical en ces temps aléatoires et anxiogènes, « ça fait du bien », s’exclamait une spectatrice représentative de tous les autres à la fin de la représentation d’un Pajama Game prestement enlevé.

Quelque part dans une Amérique profonde, une usine de pyjamas. Une usine en crise : comment continuer à fabriquer des pyjamas-une-pièce-indémodables quand la mode justement a changé et que les jeunes ont opté pour d’autres tenues nocturnes. D’autant plus que le personnel a des revendications salariales : il réclame une augmentation de 7 ½ cents que lui refuse une direction intraitable. Tel est le contexte. Mais on l’aura compris, The Pajama Game n’est pas une œuvre engagée militante.

Dans cette usine en difficulté arrive un nouveau directeur exécutif, le jeune et beau Sid Sorokin. Immédiatement confronté à la « représentante du comité social et économique », la jeune et belle Babe Williams. Ils sont donc catégoriellement adversaires. Mais que croyez-vous donc qu’il arrive ? Ils vont s’aimer bien sûr, et la contradiction entre les intérêts sectoriels et les aspirations personnelles va compliquer les choses, jusqu’au « Happy End » inévitable. Et cela de façon drolatique. 

Brahms et Tchaikovsky : Virtuosité, précision et émotions à Flagey 

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Photo: Marco Borggreve

Au programme, le deuxième concerto pour piano de Johannes Brahms et la quatrième symphonie de Piotr Ilyich Tchaikovsky avec Nikolai Lugansky et le Brussels Philharmonic, sous la direction de Michael Sanderling.

Créé plus de vingt ans après son 1er Concerto par un Brahms au sommet de son art, ce 2e Concerto a trouvé un écho retentissant auprès du public lors de la première de celui-ci, en 1881, contrairement au premier qui en avait dérouté plus d’un. Cette œuvre fait sans conteste partie des chefs-d'œuvre de Brahms, tant par sa qualité musicale que par sa dimension virtuose. Le soliste du soir, le pianiste russe Nikolai Lugansky, est reconnu comme un maître du répertoire russe mais aussi du répertoire du dernier romantisme. 

Nous aurons droit à une prestation de haut niveau de sa part. Sa technique exceptionnelle, sa virtuosité avec un jeu tantôt léger et délicat, tantôt élégant mais franc, nous ont permis de vivre un moment inoubliable en sa compagnie dans ce 2eConcerto, où il est en parfaite connexion avec le chef et l’orchestre.

La forme traditionnelle en trois mouvements a laissé place à une forme symphonique, en quatre mouvements. Il faut aussi souligner que Brahms y envisage différemment le rôle du soliste qui devient le partenaire de l’orchestre, à armes égales. Le premier mouvement, l’Allegro non troppo, débute avec un solo de cor avant d’être rejoint, dès la deuxième mesure, par Nikolai Lugansky. Les trois phrases du thème sont exposées par le cor, les bois et puis les cordes. Arrive après cela, la première cadence, certes courte, mais interprétée avec beaucoup de franchise, après un début très calme et intimiste. Le premier vrai tutti de l’œuvre, qui résonne de manière puissante et intense dans le Studio 4, n’arrive qu’après cette première cadence. S’en suit un dialogue constant entre le soliste et l’orchestre. Notons que la réexposition est l’un des passages les plus impressionnants de ce concerto.

Musique sacrée de Carlos Patiño à la Cour de Philippe IV : maints inédits, chaleureusement chantés

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Música Sacra Para la Corte. Carlos Patiño (1600-1675) : Lauda Ierusalem ; Maria Mater Dei ; Ave Regina caelorum ; Magnificat ; Salve Regina ; Letania de Nuestra Señora ; Laudate Dominum ; Libera me, Domine ; Domine, quando veneris ; Beatus vir ; Sapientia aedificavit ; Veni, Sancte Spiritus. Albert Recasens, La Grande Chapelle. Septembre 2020. Livret en espagnol, français, anglais, allemand. TT 67’46. Lauda LAU 021

Chansons tardives de Josquin, par Graindelavoix : à tombeau ouvert !

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Josquin the Undead. Josquin Desprez (c1440 ou 1450-1521) : Baisiez moy ; Parfons regretz ; Cueur langoreulx ; Faulte d'argent ; Petite Camusette ; Douleur me bat ; N'esse pas un grant desplaisir ; Nymphes des bois ; Se congie prens ; Plusieurs regretz ; Je me complains ; Pour souhaitter ; Nymphes, nappes ; Regretz sans fin. Jean Le Brung (fl. début XVIe s.) : Si vous n'avez autre desir. Nicolas Gombert (c1495-c1560) : Musae Jovis. Jheronimus Vinders (fl. 1525-26) : O mors inevitabilis. Benedictus Appenzeller (c1485-1558) : Musae Jovis. Graindelavoix, direction Björn Schmelzer. Andrew Hallock, alto. Albert Riera, Andrés Miravete, Marius Peterson, Adrian Sirbu, ténor. Tomàs Maxé, alto/basse. Arnout Malfliet, basse. Lukas Henning, luth. Philippe Malfeyt, cistre. Livret en français et anglais, français, allemand. Livret des paroles en langue originale et traduction anglaise. Juin 2021. TT 78’07. Glossa GCD P32117

De la comédie de mœurs à Homère, en passant par la Bible :  les trois opéras en un acte de Lennox Berkeley

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Lennox Berkeley (1903-1989) : A Dinner Engagement, opéra en un acte et deux scènes. Norman Lumsden (Le comte de Dunmow), Marjory Westbury (La comtesse de Dunmow), Cynthia Glover (Susan), Pamela Bowden (Mrs Kneebone), Johanna Peters (La grande-duchesse de Monteblanco), Edward Darling (Le prince Philippe), Derek Williamson (An errand Boy) ; John Wilson, piano ; BBC Northern Orchestra, direction Maurice Handford. 1966. Notice et livret en anglais. 55.31. 

Ruth, opéra en trois scènes. Elisabeth Robinson (Naomi), Soo-Bee Lee (Orpah), Alfreda Hodgson (Ruth), Peter Pears (Boaz), Thomas Hemsley (Paysan), Ronald Harvi (Narrateur) ; BBC Northern Singers ; BBC Northern Symphony Orchestra, direction Steuart Bedford. 1968. Notice et livret en anglais. 76.24. 

Castaway, opéra en quatre scènes. Geoffrey Chard (Ulysse), Patricia Clark (Nausicaa), Jean Allister (la reine Arete), Patricia Blans (Arsinoé), Verity Ann Bates (Briséis), Carolyn Maia (Ismène), James Atkins (Le Roi Alcinous), Malcolm Rivers (Laodamas), Kenneth MacDonald (Demodocus) ; English Opera Group Chorus ; English Chamber Orchestra, direction Meredith Davies. 1967. Notice et livret en anglais. 56.54. Un coffret de trois CD Lyrita REAM.2144.

Bernard Foccroulle et ses fabuleux tuyaux

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Pascal Dusapin (1955-), Bernard Foccroulle (1953-), Jonathan Harvey (1939-2012), Toshio Hosokawa (1955-), Betsy Jolas (1926-), Thomas Lacôte (1982-) : 30 Years of New Organ Works (1991-2021). Bernard Foccroulle. 80’14 – 2021 – Livret en : anglais et français. Fuga Libera. FUG 789.

Marin Alsop, à propos de Hindemith 

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La cheffe d’orchestre Marin Alsop fait l’évènement avec un album consacré à des partitions de Paul Hindemith. Pour cet enregistrement, la musicienne est au pupitre du  ORF Radio-Symphonieorchester Wien dont elle assure la direction musicale depuis septembre 2019. Crescendo Magazine est heureux d’échanger avec elle pour parler de Paul Hindemith mais aussi de ses projets avec sa phalange viennoise.  

Votre premier enregistrement avec l'orchestre de l'ORF est consacré à Paul Hindemith ? Qu'est-ce qui vous séduit chez ce compositeur ? 

Hindemith est un compositeur extrêmement sous-estimé, dont l'œuvre est à la fois surprenante et inspirante.

Le choix éditorial pour cet album est assez surprenant car les partitions présentées sur ce disque sont liées à l'opéra. D'autres chefs d'orchestres préfèrent souvent les grandes partitions orchestrales. L'opéra est-il un bon moyen de découvrir ce compositeur ? 

L'opéra était un médium extrêmement important pour Hindemith et la narration de l'opéra correspondait à la philosophie et à sa pensée progressistes. Les œuvres présentées sur ce disque ont toutes d'énormes fondements moraux et éthiques et semblent particulièrement pertinentes en ces temps de division et de tumulte.

L'image d'Hindemith plutôt aride et conservateur est aujourd'hui monnaie courante, mais ces premières œuvres et les opéras Nusch-Nuschi et Sancta Susanna étaient radicaux et proches de "l'avant-garde". Quelles sont les particularités du jeune Hindemith dans le modernisme des années 1920 ? 

Censuré, critiqué et pris entre des tendances musicales contradictoires, Hindemith a suivi son propre chemin. Son engagement en faveur de la Gebrauchsmusik ("musique d'usage") était sa réaction aux complexités trop intellectuelles et techniques d'une grande partie de la musique émergente du XXe siècle, complexités qui avaient tendance à aliéner tout le monde sauf les personnes très instruites. Hindemith était attaché à l'inclusion et à l'accès pour tous. En tant qu'éducateur, il n'avait pas son pareil.