Ars Musica : Surprise your ears! 

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Le Festival Ars Musica bat son plein ! Crescendo Magazine vous propose un premier compte rendu de ce début de festival 2021.

Ligeti(s) - Concert d’ouverture - Bozar salle Henry Le Boeuf (Bruxelles), mardi 9 novembre 2021

L’air est frais et la curiosité éveillée à cette heure obscure où l’on se dirige vers l’entrée C de Bozar (l’escalier à gauche après le café Victor), téléphone à la main pour présenter billet et laisser-passer sanitaire, masque au visage pour respirer filtré. Ce soir est celui de l’ouverture d’un Ars Musica chahuté (comme d’autres) en 2020, ce que résume Bruno Letort (son directeur) en parlant de trois programmations : au premier confinement on allège, au second on adapte la thématique et on se met en ligne, en 2021 on reprogramme - sur le thème de la voix - dans l’espace et dans le temps. Une ouverture en forme de doublé, Ligeti père et fils, deux pièces du premier, une Suite en cinq mouvements du second.

S’il estime, après-coup, que l’atmosphère du morceau se réfère finalement bien plus à Vienne (où plane l’ombre d’Alban Berg) qu’à San Francisco, György Ligeti écrit San Francisco Polyphony après un séjour de six mois à la Stanford University et en réponse à une commande pour le soixantième anniversaire de l’orchestre californien. Il y porte à un point culminant sa technique micro-polyphonique, où l’évolution des voix est lente et peu perceptible -quasiment camouflée dans Lontano, qui s’écoule comme la coulée continue d’une métallurgie domptée-, même si San Francisco Polyphony soulève le voile sur ses structures internes et leurs mouvements.

Louis Vierne au piano 

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Louis Vierne (1870-1937) : Complete Piano Works . 1. Deux pièces, Op.7 ; Suite bourguignonne, Op.17 ; Trois nocturnes, Op.34 ; Poème des cloches funèbres, Op 39 n°2 Le Glas, Silhouette d’enfants, Op.43. Sergio Monteiro. 2020. Livret en anglais et français. 59’59

Un atelier romain qui s’ouvre bien des chemins

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Officina Romana. Antonio Caldara (1670-1736) : Sinfonia avanti l’oratorio Il Martirio di Santa Caterina. Carlo Francesco Cesarini (ca 1666-1741) : Che far deggio, o stele, che? de Giunio Bruto ovvero La caduta de Tarquini. George Frideric Handel (1685-1759) : Crede l’uom ch’egli riposi et Sonates de Il Trionfo del Tempo e del Disinganno ; Naufragando va per l’onde de La Resurrezione ; Prélude de la Suite HWV 434 ; Andante et Allegro de la Sonate en trio opus 2 no 1 HWV 386. Arcangelo Corelli (1653-1713) : Preludio, Largo, Giga, Allegro de la Sonate opus 5 no 9 en la majeur. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Starò nel mio boschetto de Il giardino di rose ; Bella dama di nome Santa. Nicola Francesco Haym (1678-1729) : Sonate no 1 pour violoncelle et basse continue. Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonate K. 12. Carlo Vistoli, contreténor. Ensemble Le Stagioni. Paolo Zanzu, clavecin, pianoforte, orgue de chambre, direction. Livret en anglais, français, italien ; paroles des chants en italien et traduction bilingue. Juillet 2020. TT 68’17. Arcana A485

A Genève, un Mozart exsangue 

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Pour le deuxième concert de sa série ‘Classics’, le Service Culturel Migros invite un chef renommé, Philippe Herreweghe, à la tête des deux ensembles qu’il a fondés en 1970 et en 1991, le Collegium Vocale Gent et l’Orchestre des Champs-Elysées. Tout discophile a gardé en mémoire les remarquables enregistrements consacrés à l’œuvre vocale de Bach.

Que sommes-nous tombés de haut le lundi 15 novembre au Victoria Hall de Genève avec un programme entièrement dédié à Mozart ! Débutant avec la Quarantième Symphonie en sol mineur K.550 prise à un tempo extrêmement rapide, le Molto allegro initial recherche à tout prix les contrastes véhéments, quitte à rendre anguleux le pupitre des vents qui devient même oppressant dans l’Andante tout aussi bousculé où les cordes peinent à exprimer une mélancolie lancinante. Par contre, l’appui sur les temps forts imprime un caractère dansant au Menuetto qui veut alléger la texture sous les couacs des cors sans piston, alors que le Presto final s’ingénie à souligner les audaces harmoniques, sans parvenir à nous intéresser véritablement…

Les nominations aux International Classical Music Awards 2022

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Le jury des International Classical Music Awards publie la liste des enregistrements audio et vidéo nominés aux ICMA 2022. Au total, 377 productions audio (+12 par rapport à 2021) et vidéo de 129 labels (+7 par rapport à 2021) ont été nominées pour cette édition 2022. 

Parmi les nominations de cette année figurent de nombreux solistes, ensembles, chefs d'orchestre et orchestres de renom, ainsi que de nombreux jeunes musiciens, dont beaucoup font leur entrée dans les listes des nominés des ICMA. 

Pour être nominée, une production doit être proposée par au moins deux membres du jury. Avec 21 nominations, le label Alpha occupe la première place. Il est suivi par les labels BIS et Naxos (19 nominations chacuns).

Les finalistes seront connus le 14 décembre. Les noms des lauréats seront révélés le 20 janvier 2022.

La cérémonie de remise des prix et le concert de gala se dérouleront à la Philharmonie de Luxembourg le 21 avril 2022, avec l’Orchestre philharmonique de Luxembourg dirigé par l'un des lauréats 2022.

La liste complète des lauréats est en ligne sur le site des ICMA : www.icma-info.com

 

A Genève, François Dumont ouvre brillamment le Festival Chopin   

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Au cours de chaque automne a lieu à Genève un Festival Chopin qui se déroule en trois ou quatre lieux différents. Pour une 24e édition depuis 1997, son infatigable présidente, Aldona Budrewicz-Jacobson, sollicite à nouveau le concours du pianiste lyonnais François Dumont qui, outre le concert d’ouverture, dirige une masterclass durant quatre jours. 

Le 11 novembre au Conservatoire de Musique, il intitule son programme ‘Chopin et le charme de ses fantaisies’ et le commence par la redoutable Polonaise en la bémol majeur op.61 dite Polonaise-Fantaisie, où il dilue dans le jeu de pédale les longues cadences en arpèges en leur prêtant un tour énigmatique. Mais l’indication A tempo giusto permet d’édifier la polonaise proprement dite par le martellement des octaves qui dynamise la progression, tout en ménageant les contrastes d’éclairage jusqu’à un Poco più lento aux couleurs tamisées. Mais la liquidité des trilles en tierces ramène le caractère héroïque du début pour conclure par une péroraison grandiose. A titre d’intermède s’y enchaîne la célèbre Fantaisie-Impromptu en ut dièse mineur op.66, développée avec une vélocité ahurissante qui s’apaise avec le moderato cantabile traité ici comme l’une de ces arie de Bellini modérément ornementée que l’on pouvait entendre aux ‘Italiens’, avant que ne reprenne le babillage du début. Le rideau semble se refermer avec la Fantaisie en fa mineur op.49 dont le Tempo di marcia est buriné à la pointe sèche par des accords acérés que diluent les formules en arpèges faisant avancer le discours vers un agitato pathétique, tempéré fugacement par un Lento sostenuto totalement intériorisé.

Mitridate à la Philharmonie de Paris

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Mitridate Re Di Ponto. Michael Spyres, Mitridate ;   Julie Fuchs, Aspasia ;  Sabine Devieilhe, Ismene ;  Elsa Dreisig, Sifare ;  Paul-Antoine Benoit-Djian, Farnace ;  Cyrille Dubois, Marzio ; Adriana Bignagni Lesca, Arbate. Les Musiciens du Louvres, Marc Minkowski. 2021- Livret en français, anglais, allemand - Texte chanté en italien. 3 CD ERATO 0190296617577

Voyage et rêverie : Debussy par Jean-Yves Thibaudet

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Ce récital monégasque de Jean-Yves Thibaudet était prévu en novembre 2020. Du fait de la pandémie,  il a été reporté à cette année. C'est un bonheur de retrouver l’un des pianistes majeurs d’aujourd’hui dans un programme très intense, les deux livres des Préludes de Claude Debussy dont il a gravé une excellente intégrale pour Decca. 

Jeune sexagénaire,  Jean-Yves Thibaudet s'approprie la partition et il nous invite au voyage et à la rêverie. Le pianiste réunit trois qualités qui rendent son style irremplaçable : densité, expressivité et sensualité. Chaque pièce est  traitée comme une œuvre à part entière avec des univers évocateurs différents. Les mains se laissent guider par un sens narratif qui exploite le potentiel expressif de chaque scène. La sensation qu'il recueille et transmet lui permet d'incarner ses visions dans toute leur chair. On passe de la nature à l'exotisme , de l'antiquité aux mondes imaginaires, de la profondeur océanique de la "Cathédrale engloutie", à la tornade que souffle "Ce qu'a vu le vent d'ouest". Le piano de Thibaudet peut flatter l'oreille, mais il sait aussi fouetter le sang et réchauffer le coeur.