Paolo Tosti, maître de musique à la cour victorienne
Sir Paolo Tosti at the British Royal Court. Mélodies et pièces instrumentales de Francesco Paolo Tosti (1846-1916), Frank Bridge (1879-1941), Gaetano Braga (1829-1907) et Giuseppe Verdi (1813-1901). Stanisław Daniel Kotliński, baryton ; Simon Zhu, violon ; Maciej Kułakowski, violoncelle ; Marco Balderi, piano. 2022. 75'15. Notice en italien et en anglais. 1 CD Da Vinci Classics C01087.
Né à Ortona, dans les Abruzzes, Paolo Tosti, élève de Mercadante, fit carrière à la cour d'Angleterre comme chanteur, compositeur de mélodies, professeur de chant et organisateur des concerts royaux, c'est-à-dire maître de musique de la reine Victoria, de ses enfants puis de ses petits-enfants. Ses portraits nous montrent un homme souriant, dont le regard pétillant traduit un tempérament heureux. Musicien fêté, couvert d'honneurs, familier des princes et des plus illustres chanteurs de son temps — parmi lesquels les frères de Reszke, Nellie Melba et Enrico Caruso —, hôte de Gabriele D'Annunzio et d'Eleonora Duse à Londres, il compose pourtant des mélodies aussi passionnées et extraverties que sombres et désespérées. S'il ne se confronta jamais au genre plus ambitieux, et surtout plus prestigieux, de l'opéra, il insuffle à ses mélodies une intensité dramatique qui en constitue la substance même. Les grandes légendes du chant ne s'y sont pas trompées : il n'est guère de ténor ou de baryton donnant un récital italien qui ne fasse de l'une ou l'autre de ses mélodies son cheval de bataille.
Ici, son œuvre est replacée dans un cadre plus vaste et plus original, qui a le mérite de refléter l'image de sa carrière : un salon de musique à la cour britannique. Des pages vocales telles que Vorrei morire et Marechiare séduisent par leur sincérité et leur pouvoir de caractérisation. Entre ces mélodies, plus ou moins célèbres — Penso, Tormento, La serenata ou Addio —, s'intercalent des pièces instrumentales. Une Valse n° 7 extraite des Miniatures de Frank Bridge, pour piano, violon et violoncelle, ouvre le programme. La Prima meditazione lugubre pour violoncelle et piano de son compatriote Gaetano Braga, qu'il côtoya en Angleterre, précède la Romanza senza parole pour piano de Verdi, puis la Valse en fa majeur, tandis que Braga réunit les trois instruments dans une Sérénade des Anges tirée d'une légende valaque.
Le baryton-basse Stanisław Daniel Kotliński se consacre depuis de longues années à mettre en valeur l'italianité dans le chant et, en particulier, dans les compositions de Tosti. Sa carrière, d'une rare intensité, n'a rien à envier à celle de son compositeur de prédilection. Très jeune, il affronta les autorités communistes polonaises comme porte-parole du syndicat « Solidarność » avant d'étudier en Italie. Lancé dans une brillante carrière internationale, il dut l'interrompre pour raisons de santé et se reconvertit avec succès dans l'organisation de spectacles, avant de retrouver les scènes d'opéra du monde entier dans les emplois les plus prestigieux. Une même sensibilité musicale l'unit à ses partenaires Simon Zhu (violon), Maciej Kułakowski (violoncelle) et Marco Balderi (piano).
La singularité de ce récital aurait mérité une prise de son plus raffinée. Sa rugosité monolithique déçoit, au regard d'un répertoire inhabituel servi par des interprètes aussi talentueux qu'engagés.
Son : 6 — Notice : 10 — Interprétation : 9
Bénédicte Palaux Simonnet



