Pene Pati chante la sérénade napolitaine

par

Serenata a napoli  Pene Pati, ténor. Il Pomo d’Oro,  Antonello Paliotti, guitare et dir. 2025 Notice en anglais, français, allemand. 69’12. Warner Classics 5021732727800.

Ce récital du ténor samoan Pene Pati vient compléter une série d’ enregistrements (Nessun Dorma) et de prises de rôle (Werther récemment) couronnés de succès retentissants à la scène comme au disque. Ici, le chanteur semble vouloir inscrire son nom dans la lignée de ces ténors italiens de légende qui ont souhaité, à un moment où un autre de leur carrière, rendre hommage à la terre et au peuple qui les ont inspirés. 

De ’Enrico Caruso à Carlo Bergonzi (Torna a Suriento d’Ernesto de Curtis par exemple qui ne figure pas au répertoire), de Beniamino Gigli à Luciano Pavarotti ou Giuseppe Di Stefano, parmi beaucoup d’autres, les interprétations les plus bouleversantes et les plus belles restent inégalées. 

C’est sans doute pourquoi les concepteurs du présent enregistrement ont essayé de se démarquer, en proposant un récital composite voix-instruments. 

D’ incontournables « tubes » (O sole mio, Funiculi funiculà) alternent ainsi avec des raretés (A vucchella de Paolo Tosti sur un  poème mineur de Gabriele d’Annunzio ou A Marechiare du même Tosti, faisant allusion à un quartier de Naples) et des pièces instrumentales qui occupent un quart de la durée du disque. Les noms de musiciens célèbres, Luigi Denza, Francesco Paolo Tosti, Mario Pasquale Costa ou encore Eduardo Di Capua figurent au programme à côté de celui d’Antonello Paliotti, compositeur et guitariste ; ce dernier signe les compositions instrumentales, les arrangements (au pluriel et non précisés) et dirige la formation Il Pomo d’Oro ; celle-ci est constituée de mandoline, violons, alto, violoncelle et contrebasse. L’équilibre et la variété de l’ensemble font une place particulière à la mandoline et la guitare. Le ténor y trouve un écrin où peut se déployer son charme empathique et la chaleur veloutée d’un timbre porté par un engagement toujours naturel.  

Le thème annoncé de la sérénade, traité de façon assez sommaire, suscite à la longue une uniformité lénifiante là où l’on attendrait les pulsations de la danse, les accents populaires et le pittoresque local. Antonello Paliotti justifie ce choix en expliquant qu’il a voulu «  mettre en évidence les éléments savants des chants qui renvoient entre autres à Debussy et Ravel » ; Or la parenté avec les compositeurs français n’apparaît pas aussi évidente qu’il veut bien le dire ou alors, elle aurait mérité des observations plus précises. Il associe ensuite la tradition orale avec « l’architecture biscornue » et les dissonances des pièces instrumentales, mais n’aborde que de loin la spécificité du chant napolitain. Enfin, il n’est pas certain que les traditions des îles Samoa « si lointaines de notre vieux monde », soient « la garantie d’une interprétation fraîche (sic) ». En effet, qu’on le veuille ou non, l’adéquation entre répertoire et interprète relèvent de facteurs sur lesquels la volonté et le talent ont peu de prise. Une certaine conception de la latinité masculine comme le jeu des sous-entendus dans l’expression de sentiments parfois exagérés, ambivalents et toujours extravertis, restent étrangers à l’affable tempérament de Pene Pati.

En revanche, une véritable incursion du côté des Îles Samoa et de la Polynésie, à l’image de l’Exposition Universelle de Paris, en 1889, qui permit à Saint-Saëns ou Debussy de découvrir la danse javanaise et le gamelan d’Indonésie, aurait été bienvenue. 

Son : 8 – Livret : 8 – Répertoire : 8 – Interprétation : 8

Bénédicte Palaux Simonnet  

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