Petits motets de Bernier et Campra, avec Romain Bockler et Concerto Soave

par

Venite, exultemus. André Campra (1660-1744) : Venite, exultemus. Laudate Dominum. Nicolas Bernier (1664-1734) : Judica me Deus. Alma redemptoris Mater. Venite, exultemus. Pierre Dumage (1674-1751) : Plein Jeu. Louis Marchand (1669-1732) : Fond d’orgue. Nicolas Lebègue (1630-1702) : Préludes du Ve et VIe tons. Concerto Soave. Romain Bockler, baryton. Simon Pierre, Gabriel Ferry, violon. Flore Seube, basse de viole. Ulrik Larsens, théorbe. Jean-Marc Aymes, clavecin, orgue positif, grand orgue. Octobre 2024. Livret en anglais, français ; paroles en latin, traduction bilingue. 67’58’’. Ricercar RIC 481

Cet enregistrement aligne cinq motets à voix soliste de Nicolas Bernier et André Campra, en rapprochant notamment leur deux Venite, exultemus. Rappelons que sur le même Psaume 94, Bernier est aussi l’auteur d’un grand motet à trois voix, issu de la Bibliothèque des Menus Plaisirs du Roi, et postérieur d’une vingtaine d’années, à l’époque où il venait d’être nommé à la Chapelle royale. De ce protégé de Philippe d’Orléans, on connait aussi un Judica me Deus sous forme de grand motet, mais de ce psaume 42 c’est la version pour tessiture de fa4 qui nous est ici proposée.

Il ne s’agit pas d’un première face aux micros : on se souviendra du Venite, exultemus de Bernier par Bernard Cottret, « basse chantante » avec l’Orchestre de chambre de Fontainebleau sous la conduite de Jean-Jacques Werner (Arion, un vinyle de 1970). Pour ces cinq œuvres vocales, le catalogue discographique s’avère toutefois assez ténu, et l’on accueille volontiers cet assortiment sous influence italianiste qui signe l’esthétique des deux compositeurs.

Nos colonnes eurent déjà l’occasion de saluer Romain Bockler, que ce soit dans un voyage nocturne escorté par le luth de Bor Zuljan ou dans un récital de Canto Nobile à l’aube du Seicento avec le même ensemble Concerto Soave. Nous le retrouvons ici sur une vêture de violons et basse continue (Flore Seube, Ulrik Larsens, Jean-Marc Aymes). Précisons que la présente interprétation limite les dessus instrumentaux à une seule paire d’archets, sans l’appoint des flûtes prévues par les partitions. Sous telle délicate parure, le baryton soigne une prestation comme à son habitude tissée de souplesse, d’aisance, dénuée d’effet maniériste et sans jamais forcer le trait (les vocalises de Confitebor tibi in cythara).

L’antienne mariale Alma redemptoris Mater en si bémol majeur se déroule ici avec seul accompagnement d’orgue, que l’on devine celui du lieu, même s’il n’est pas présenté dans le livret. L’église Notre-Dame de Beaulieu à Cucuron abrite un buffet typique des petits villages provençaux, qui préserve un précieux lot de tuyaux remontant au tout début du XVIIe siècle. Restauré autour de 1980 et pendant la décennie 2010, il compte quatorze jeux en trois tourelles et deux plate-faces (1786-88), du facteur Pierre Duges (Aixois comme Campra). À cette console qui fait parler un unique clavier et une Flûte 8’ au pédalier, quatre pages de Dumage, Marchand et Lebègue servent d’intermède. Avouons que Plein-jeu et Fond manquent un peu d’envergure, mais l’occasion est bienvenue d’écouter cette tribune rarement captée.

Christophe Steyne

Son : 8,5 – Livret : 9 – Répertoire : 8 – Interprétation : 8,5

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