Précieux panorama de l’orgue symphonique belge, avec Peter Van de Velde à Anvers

par

Belgian Symphonic Organ. Camille Jacquemin (1899-1947) : Symphonie pour grand orgue. Raymond Moulaert (1875-1962) : Choral en mi bémol majeur. Étude en forme de canon. Léon Jongen (1884-1969) : In Memoriam Regis. Joseph Jongen (1873-1953) : Marche religieuse op. 38 no 1. Jean-Marie Plum (1899-1944) : Trois Pièces pour orgue op. 30. Pierre Froidebise (1914-1962) : Diptyque pour orgue. Peter Van de Velde, orgue de l’église Saint Michel d’Anvers. Juin 2022. Livret en anglais, allemand, français, néerlandais. TT 71’02. Aeolus AE-11351

Pour son douzième disque chez Aeolus, Peter Van de Velde a concocté un assemblage de raretés, émanées de l’école symphonique belge. Principal versant du programme, la Symphonie de Camille Jacquemin se ressent de Louis Vierne, qui fut son professeur. Elle se structure en trois parties portant le nom de valeurs chrétiennes. On succombera à Espérance, cultivant les gestes d’imploration, et à Charité qui mériterait de rejoindre les grandes toccatas du répertoire. Autre intéressant triptyque du Père liégeois Jean-Marie Plum, théologien qui laissa par ailleurs un abondant catalogue, tant des contributions liturgiques que des pièces de genre et deux symphonies, sous-titrées « nuptiale » et « eucharistique », lesquelles sauf erreur attendent toujours un enregistrement complet (Albert Leblanc et Bernard Carlier en gravèrent des extraits). Prélude et Méditation reflètent une inspiration plutôt conventionnelle, tandis que le jovial Final s’ébat dans des postures ludiques.

Formé au Conservatoire de Bruxelles, Raymond Moulaert évoluera vers un modernisme en phase avec son temps, mais ses deux pages ici enregistrées le montrent encore attaché à la tradition : le chaste Choral et son chant de trompette, Étude dont les contours brumeux contrastent avec le procédé en canon. Les frères Jongen se succédèrent à la direction du même conservatoire. Seul opus pour les tuyaux que l’on connaisse au cadet, In Memoriam Regis rend hommage au roi Albert Ier qui venait de disparaître en 1934. Un deuil sombre et pesant se mobilise vers des traits plus décidés et fait défiler l’hymne La Brabançonne, avant une conclusion excavée par la Soubasse. L’entrainante Marche religieuse de son aîné poursuit sur cette lancée processionnelle, dans une veine bien plus sereine et lyrique. Aval et benjamin de cette sélection, Pierre Froidebise étudia avec Jacquemin, Moulaert, et Léon Jongen. Parmi les multiples influences qui marquent son œuvre, celles de César Franck et de Charles Tournemire que l’on perçoit respectivement dans une Méditation ouatée puis de triomphantes Louanges, –les deux volets de son Diptyque de 1936.

Pour illustrer cette anthologie, Peter Van de Velde a choisi un instrument qu’il connait bien, pour y accompagner l’office dominical : celui de l’église Saint Michel d’Anvers, construit en 1909 par les ateliers Stevens et dont les altérations et rénovations le présentent comme un témoin stratifié de la facture nationale. Une captation spacieuse et précise, fort cossue dans le grave, cerne au mieux les ambiances raffinées de ce parcours, qui vaut la découverte. Renseigné par un livret détaillé, pertinemment iconographié, et interprété avec ce qu’il faut de sensibilité et d’éclat, ce CD défend une remarquable valorisation du patrimoine de l’orgue belge dans la première moitié du XXe siècle.

Christophe Steyne

Son : 9,5 – Livret : 9,5 – Répertoire : 8-9 – Interprétation : 10

Peter Van de Velde

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