Ralph Vaughan Williams (III) : Orchestre et musique de chambre

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Troisième partie du dossier Ralph Vaughan Williams par Harry Halbreich (publié en 1998). Nous explorons cette semaine son oeuvre pour orchestre (en dehors des symphonies précédement abordées) et sa musique de chambre.

Après les Symphonies, on regarde logiquement vers les Concertos, mais ceux-ci sont peu nombreux et de dimensions le plus souvent modestes. Plusieurs sont des "satellites" des Symphonies voisines. The Lark ascending (L'Ascension de l'Alouette), une Romance pour violon et orchestre, date de 1914 mais fut sérieusement révisée en 1920. Elle est proche par son inspiration de la Pastoral Symphony et le très beau lyrisme de sa partie soliste a assuré sa popularité. Tout à l'opposé se situe l'autre œuvre pour violon, le Concerto en ré mineur avec orchestre à cordes de 1924-25, dont le compositeur annula ensuite l'épithète accademico qui en soulignait peut-être trop le caractère néo-classique (nous dirions aujourd'hui néo-baroque) si typique des années 1920, bien que le matériau thématique soit plutôt d'inspiration populaire. Violent et percussif, le Concerto pour piano et orchestre, composé en deux stades (1926 pour les deux premiers mouvements, 1930-31 pour le Finale) est une étape importante en direction de la Quatrième Symphonie, et la sauvagerie de sa Toccata initiale suscita à l'époque l'admiration de Béla Bartók. La Fuga cromatica du Finale se transforme en une véritable valse alla tedesca avant de se détendre lors de l'habituel épilogue pianissimo. Détail fatal pour la popularité d'une œuvre pourtant importante et bourrée de musique, mais dont l'écriture pianistique massive (Vaughan Williams n’était qu'un médiocre pianiste) a pu justifier en 1946 une réécriture pour deux pianos. Le charmant et bucolique Concerto en la mineur pour hautbois et cordes (1944), avec son exquis Menuet et Musette si ravélien, est un "satellite" de la Cinquième Symphonie, comme le truculent Concerto pour tuba en fa mineur (1954), aubaine pour les praticiens d'un instrument guère gâté quant à son répertoire, l'est de la Huitième. Mais si la Suite pour alto et orchestre de 1934 et la singulière Romance pour harmonica de 1957 (avec cordes et piano) sont plutôt des pages en demi-caractère, avec Flos-Campi (1925), suite de six courts mouvements pour alto solo, chœur mixte vocalisé et petit orchestre, inspiré par le Cantique des Cantiques, nous avons affaire à l'un des chefs-d'œuvre les plus personnels et les plus envoûtants du compositeur, dont la présence insolite du chœur raréfie hélas les possibilités d'exécution. D'une rare intensité poétique, à la fois austère et sensuelle, l'œuvre est l'un des points culminants, avec le bref Oratorio Sancta Civitas terminé la même année, de ce radicalisme modal et polymodal, triomphe de la dissonance diatonique, qui fit de Vaughan Williams le pionnier solitaire et guère suivi d'une radicalité alternative. Pour clore ce chapitre "concertant", citons une page également "hybride", mais de moindre importance, de 1949, la Fantaisie (Quazi variazione) sur le vieux Psaume 104 pour piano, chœur mixte et orchestre, qu'on rapprochera plutôt de l'opus 80 de Beethoven.

L'orchestre à cordes a été une formation particulièrement chère aux compositeurs anglais du XXe siècle. Au sein d'un répertoire très riche se détachent quelques chefs-d'œuvre depuis longtemps classiques, comme l'Introduction et Allegro d'Elgar, le Double Concerto de Michael Tippett et, les dominant tous, la grandiose Fantaisie sur un Thème de Thomas Tallis qui dès 1910 affirma le génie de Vaughan Williams qui, abandonnant le post-romantisme de sa toute récente Sea Symphony, y renoua avec la grande tradition de la polyphonie modale des Tudor avec un chef-d'œuvre absolument neuf pour l'époque. La division en trois groupes, un quatuor soliste, un ensemble "en écho" de neuf musiciens et le tutti, ressuscite la polychoralité renaissante et se prête particulièrement aux acoustiques de grandes cathédrales : l'y entendre en compagnie du fabuleux Spem in alium à quarante voix de Tallis lui-même demeure une expérience inoubliable, et la meilleure introduction qui soit à l'art de Vaughan Williams. Les Five Variants of Dives and Lazarus (1939) pour cordes et harpe en constituent une contrepartie plus intime mais non moins précieuse, à quoi il faut ajouter encore la Partita pour double orchestre à cordes de 1948, amplification d'un double trio de 1938 demeuré inédit et le Concerto Grosso de 1950, destiné plutôt aux amateurs. Ceux-ci cultivent particulièrement les ensembles de cuivres, les fameux Brass bands si populaires outre-manche, et R.V.W. les a gâtés, avec notamment la très vivante English Folk Song Suite de 1923, également populaire dans sa transcription pour orchestre symphonique par Gordon Jacob, qui assura aussi celle des ultimes Variations de 1957. Les autres œuvres purement orchestrales sont toutes d'origine scénique à l'exception des trois juvéniles et folklorisantes Norfolk Rhapsodies (1906) sur des thèmes recueillis par le compositeur, dont la deuxième a disparu et la troisième a été tout récemment retrouvée. La plus importante, et de très loin, est le ballet Job (1930), d'après les célèbres gravures de William Blake, sur une chorégraphie de Ninette de Valois. Ces trois quarts d'heure de musique se sont surtout imposés au concert où ils rivalisent avec les Symphonies. Ils constituent peut-être la synthèse la plus complète de l'art du compositeur, tout en anticipant fréquemment sur son évolution ultérieure : on y trouve la férocité et la violence de la Quatrième Symphonie, la sérénité mystique de la Cinquième et jusqu'aux recherches de timbres des œuvres de la fin de sa vie. Mais c'est aussi la partition où l'empreinte de son ami Gustav Holst est par endroits la plus forte. L'autre ballet, Old King Cole (1923), n'est qu'un aimable divertissement folklorisant, mais on rencontre fréquemment au concert l'entraînante Ouverture pour Les Guêpes d'Aristophane, partie d'une vaste musique de scène composée en 1909 pour des représentations à l'Université de Cambridge, premier élément d'une très divertissante Suite d'orchestre en cinq mouvements. La partition complète avec soli et chœurs a été récemment exhumée par le disque.

Peu nombreuse, mais de haute qualité, la musique de chambre de Vaughan Williams comprend principalement deux Quatuors à cordes, le premier (1902) écrit tout de suite après le retour du séjour d'études auprès de Ravel à Paris et qui se ressent fortement de ce voisinage, et le second, œuvre de pleine maturité (1942-44), dont les quatre brefs mouvements se situent stylistiquement entre la Cinquième et la Sixième Symphonies. Il y a encore un bref mais attachant Phantasy Quintet à deux altos de 1912 et une très originale et tardive Sonate pour violon et piano (1954) dont le vaste Finale à variations s'édifie sur un thème emprunté à un Quintette de jeunesse de 1903-04, tandis que le Scherzo qui le précède porte l'indication, typique de l'humour du compositeur : Allegro furioso ma non troppo, tout un programme d'understatement britannique!…

Harry Halbreich

Ralph Vaughan Williams (I)

https://www.crescendo-magazine.be/ralph-vaughan-williams-ii-les-symphonies/

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