Renouveau de la musique instrumentale et sacrée à la Cour d’Espagne à la fin du Baroque

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The Royal Chapel of Madrid, Sacred Music after the Great Fire of 1734. Francesco Corselli (1708-1778) : Deuxième Lamentation pour le Jeudi Saint. Cantate ¡Oh, qué pena!. Cantate de Noël Pastores que habitáis. Salve Regina. Concertino a 4. Domenico Porretti (1709-1783) : Ouverture en ré majeur. José Lidón (1748-1827) : Première Lamentation pour le Mercredi Saint. María Espada, soprano. Javier Ulises Illán, Ensemble Nereydas. Octobre 2020. Livret en français, anglais, allemand, espagnol ; texte des chants en langue originale traduite en anglais. TT 73’12. Pan Classics PC 10427

D’origine française, né Courcelle d’un père maître de danse pour les Farnese, venu de Parme en quête de nouvelles opportunités, le compositeur Francesco Corselli gagna Madrid en 1733 et sollicita un poste de maestro de musicá pour les infants, qu’il obtint l’année suivante. Il évolua comme Recteur du Colegio de Niños Cantores et Maître de la Chapelle royale (1737) dont il contribua à amplifier et moderniser l’orchestre, installant basson, alto, et cors. Durant quarante-cinq années attachées à la Couronne, il s’illustra dans le domaine scénique et liturgique. L’incendie qui pendant quatre jours ravagea le palais de l’Alcázar après la nuit de Noël 1734 détruisit une inestimable collection de mobilier, d’œuvres d’art, de manuscrits et autres précieuses archives. La catastrophe n’épargna pas les partitions. Corselli fut chargé d’alimenter le service religieux avec un nouveau fonds musical, de sa plume ou d’autres.

L’album propose un aperçu sur son catalogue sacré, qui excède quatre cents opus. Le programme illustre différentes formes pour soliste vocal et ensemble instrumental, certaines vouées à la liturgie, comme l’intimisme des Lamentations pour l’Office de Ténèbres, ou le Salve Regina. D’autres se font l’écho d’une origine populaire, chantées en espagnol, ainsi les cantates ¡Oh, qué pena! (un style quasiment belcantiste, souligné par les rehauts de cors et trompette) ou ce Pastores que habitáis pour la Nativité que María Espada sert avec une tendre ferveur : témoins d’un genre d’inspiration profane qui sera éconduit de la Chapelle royale après 1750, au profit d’une responsorial plus conventionnel, à l’instigation de la Reine Barbara de Bragance, influencée par la solennité cultuelle de son Portugal natal. Corselli écrivit maintes pages chambristes dont il nous reste peu, hormis ce Concertino, un des premiers exemples de quatuor sur le sol hispanique.

Domenico Porretti s’était lui aussi placé au service des Bourbons d’Espagne. Un des grands violoncellistes de l’époque, beau-père de Luigi Boccherini, vanté par le castrat Farinelli : nous entendons ici une rare Ouverture tripartite pour orchestre. Le disque se referme sur la thématique pascale qui l’avait initié, à travers José Lidón, un disciple de Corselli qui brilla comme organiste durant six décennies, et jalonna la transition du classicisme vers le préromantisme (il mourut la même année que Beethoven), comme l’attestent les contrastes émotionnels de sa Lamentation de 1797.

« Avec cet enregistrement, centré sur la figure de Francesco Corselli, la musique jusque-là exclusivement dédiée à la famille royale est révélée pour la première fois » explique Javier Ulises Illán dans la notice qui inclut une intéressante iconographie, dont les partitions autographes. On se rappellera toutefois l’album d’El Concierto Español dirigé par Emilio Moreno avec la jeune Nuria Rial (Glossa, février 2002), qui parmi quelques extraits d’opéras insérait deux pages pour la Semaine Sainte (Lectio secunda in sabato sancto et Lamentación segunda del Jueves). Ou les cantates sacrées par Alicia Amo et Musica Boscareccia sur l’album Dulze acento (Itinerant Records, septembre 2014).

La voix souple et longue de María Espada convient bien au dolorisme du Triduum, mais l’aigu un peu court, une palette grège et parfois bridée extirpent-ils toute l’allégresse du Estruendos sonorosos ? Le timbre et l’ardeur semblent éteints dans le Salve Regina. Les archets de Nereydas livrent une interprétation soyeuse de l’Obertura un Re mayor, et ses premiers pupitres soulignent efficacement une écriture qui les valorise : le hautbois de Rodrigo Gutiérrez dans l’aria Ea afectos caminad, la trompette de Ricard Casañ, le violoncelle de Guillermo Turina dans la Lamentación segunda. Sans oublier le délicat continuo de Manuel Minguillon aux cordes pincées, et le clavier de David Palanca Gómez. Grâce à une sélection d’œuvres rares mais significatives, ce CD prolonge le répertoire exploré par des ensembles notoires comme Al Ayre Español d'Eduardo López Banzo, et ouvre une pertinente fenêtre sur la mue du baroque ibérique au second XVIIIe siècle.

Son : 8,5 – Livret : 9 – Répertoire : 8 – Interprétation : 8,5

Christophe Steyne

 

 

 

 

 

 

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