Tableaux d'enfance

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Dimitri KABALEVSKI (1904-1987) : Cinq variations faciles op. 51 ; Trente pièces pour enfants ; Aram KHATCHATURIAN : Tableaux de l’enfance ; Dix pièces pour jeune pianiste. Tristan Pfaff, piano. 2019. Livret en français et en anglais. 71.41. Ad Vitam AV 191215.

Né en 1985, le pianiste français Tristan Pfaff, qui a déjà enregistré Liszt ou Schubert, aime sortir des sentiers battus, comme en témoigne sa discographie où apparaissent Karol Beffa et, maintenant, un CD Kabalevski/Khatchaturian. Après des études à Nantes, Pfaff est entré à quinze ans au Conservatoire National Supérieur de Musique et de danse de Paris où il a fréquenté la classe de Denis Pascal et de Michel Béroff. Avec Aldo Ciccolini, professeur honoraire au Conservatoire de Paris, il a pu peaufiner son apprentissage, notamment dans le domaine du son qu’il aime ciseler avec art. Titulaire de plusieurs prix et récompenses (il a été notamment lauréat d’un Concours Long-Thibaud), il donne des concerts, en soliste ou avec orchestre, dans de nombreux pays et participe, en France, à des organisations et festivals, à Nohant, à La Roque d’Anthéron, à La Folle Journée, etc…

Le présent CD a l’originalité de mettre en évidence le monde de l’enfance et de le relier à la poésie et à la pédagogie. Le très intéressant livret, signé par Bruno Moysan, rappelle l’existence de pages de Schumann comme les Scènes d’enfants de 1838 ou l’Album pour la jeunesse de 1848 et les vingt-quatre morceaux de l’Album pour enfants de Tchaïkovsky, qui datent de 1878, dont le sous-titre précise qu’ils ont été écrits « dans le style de Schumann ». Les recueils de Kabalevski et de Khatchaturian, composés au milieu du XXe siècle soviétique, s’inscrivent dans la lignée de cet héritage. Avec une nuance de poids dans les circonstances historiques de l’écriture. Rappelons qu’en 1936 la Pravda condamne le modernisme de Shostakovitch dans Lady Macbeth de Mzensk, et met l’accent sur la nécessité d’un « réalisme socialiste » dont, de bon ou de mauvais gré, les créateurs du temps vont devoir s’accommoder. C’est juste après ce diktat, en 1937-38, que Kabalevski publie ses Trente pièces pour enfants, de brefs morceaux aux noms évocateurs et illustratifs : L’heure de la valse, Petite chanson, En jouant à la balle, Berceuse, Un conte, Petit conte de fée, etc. Aucune d’elles, à part la toute dernière, ne dépasse les nonante secondes, certaines n’atteignant qu’à peine la demi-minute. D’inspiration simple et accessible, elles évitent tout caractère abstrait. Kabalevski va récidiver quinze ans plus tard avec les Cinq variations faciles opus 51 de 1952, elles aussi de courte durée, dont le caractère est lié à des chansons populaires russes, slovaques ou ukrainiennes. Tout y est « conforme ».

Les dix Tableaux de l’enfance de Khatchaturian datent de 1947 ; l’un d’entre eux est une adaptation, sous forme d’adagio, d’une danse du ballet Gayaneh. Comme le dit l’auteur du livret, Aram Khatchaturian, à l’instar de Kabalevski, écrit une musique dont « l’intention pédagogique fait corps avec l’utopie progressiste et éducative du communisme soviétique ». Pour le public concerné, en l’occurrence en priorité l’enfant, il s’agit de le mettre face à la simplicité et l’immédiate intelligibilité et de bannir tout ce qui pourrait apparaître décadent, cacophonique ou bourgeois. L’autre partition de Khatchaturian, les Dix pièces pour jeune pianiste, est plus tardive, elle date de 1965 ; une certaine déstalinisation a eu lieu, ce qui permet au compositeur de puiser dans le folklore de l’Arménie et de l’Ukraine et de se souvenir d’un héritage un peu plus audacieux, celui de Moussorgsky et, plus proche, du Mikrokosmos de Bartok. Mais la dimension poétique demeure la même, comme la finesse, la subtilité et la délicatesse.

Tristan Pfaff donne à toutes ces pièces charmantes la part de légèreté qu’elles réclament, avec une virtuosité colorée, un lyrisme contenu et un toucher qui allie la vitalité à la douceur, la sensibilité à l’esthétisme, la transparence à l’harmonie. On découvrira avec plaisir ce programme qui pourrait se révéler par ailleurs une belle initiation au piano pour les jeunes mélomanes de notre temps. Réalisé les 29 et 30 juillet 2019 à l’Auditorium de la Ferme de Villefavard, en Limousin, cet enregistrement bénéficie d’une belle image sonore.

Son : 9  Livret : 10  Répertoire : 7   Interprétation : 9

Jean Lacroix  

 

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