Un bel Enfant et une Shéhérazade idéale

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Maurice RAVEL (1875-1937)
L'Enfant et les Sortilèges (a) - Shéhérazade (b) - Alborada del gracioso
Leonard, P. Gay, Y. Naef, A. Christy, M. Lenormand, E. Madore, J-P. Fouchécourt, K. Fujitani, SKF Matsumoto Chorus, SKF Matsumoto Children's Chorus (a), S. Graham (b), Saito Kinen Orchestra, dir. Seji OZAWA
2015 - DDD - 69' 09'' - Texte de présentation en anglais, français et allemand - livret français/anglais - chanté en français - Decca 478 6760

Une version vient-elle à peine de sortir chez Naxos, sous la direction de Leonard Slatkin, qu'en voici déjà une nouvelle. Et Stéphane Denève annonce sur Facebook avoir lui aussi enregistré tout récemment L'Enfant et les Sortilèges : le petit opéra de Ravel a la cote ! Rien de plus normal : rarement (jamais ?), fantaisie et émotion ont su se rejoindre d'une manière si idéale, au travers d'un livret d'une folle richesse, évocatrice de sentiments si purs, et d'une partition d'une étincelante perfection vocale et instrumentale. Depuis toujours dominent les versions Ansermet (Decca) et Maazel (DG). Elles devancent d'autres versions, belles aussi : celles de Previn, de Rattle (EMI), de Dutoit (Decca), et de Jordan (Erato). Comment situer Ozawa aux côtés de Slatkin, son rival direct, puis de ses illustres devanciers ? Avant de passer à ses qualités, signalons deux petits défauts : une prise de son assez sèche et l'absence de biographies des interprètes. Ceux-ci, dans leur ensemble, s'avèrent remarquables. A commencer par l'Enfant d'Isabel Leonard, au timbre plutôt grave pour le rôle. Légèrement maniérée à la première scène, elle touche dans Toi, le coeur de la rose, et ravit au début de la deuxième scène (Ah ! Quelle joie de te retrouver, jardin !). Son approche, tout en frémissements, surpasse celle, trop distante, d'Hélène Hébrard chez Slatkin. Excellentes vocalises du Feu d'Anna Christy, qui récidive en Princesse et en Rossignol. Il est évidemment passionnant de la comparer avec Annick Massis, plus dramatique chez Slatkin. Jean-Paul Fouchécourt cumule les rôles de la Théière, du Petit Vieillard et de la Rainette, tant chez Ozawa que chez Slatkin, et il y est parfait. Deux solistes magnifiques encore, Paul Gay en Fauteuil et en Arbre, même s’il se croit un peu au Grand Opéra (Ma blessure...) et Marie Lenormand dont on ne peut qu'admirer les "beaux yeux" d'Ecureuil. Choeurs splendides, tant dans les Pastoureaux que dans les Animaux (Il est bon, l'Enfant, il est sage). Ozawa a toujours été proche de l'esthétique ravélienne et il le confirme ici et encore, dans la gloire de ses 80 printemps. Sa maîtrise de l'orchestre s'affirme bien sûr dans un Alborada del gracioso, parfois un peu lourd dans les forte. Enregistrée en 2010, comme Alborada, Shéhérazade bénéficie de la présence radieuse de Susan Graham, grande amoureuse de la mélodie française. Caractère, timbre et diction, tout est idéal. Ecoutez l'art suprême avec lequel elle amène et traite le climax de la phrase "Je voudrais voir mourir d'amour ou bien de haine et puis m'en revenir plus tard narrer mon aventure au curieux de rêves" ! Cette délicatesse irradie tout autant les deux autres mélodies du cycle et l'orchestre d'Ozawa les enveloppe d'amour et de magie (fin de L'Indifférent). Cette version se place d'emblée parmi les meilleures du cycle. Elle surpasse aisément celle, glaciale, de Renée Fleming (Decca), et s'inscrit avec harmonie à la suite des grandes aînées : Victoria de Los Angeles, Janet Baker, Régine Crespin, ou la bien oubliée Nedda Casei.
Bruno Peeters

Son 8 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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