Vsevolod Zavidov : une révélation dans un programme Rachmaninoff inspiré
Sergei Rachmaninov (1873-1943) : Trois mouvements de la partita n°3 pour violon transcrits par Rachmaninoff, Etudes-Tableaux op.33, Variations sur un thème de Corelli op.42, Vocalise op.3 n°14 (transcrit par Zavidov). Vsevolod Zavidov, piano. Texte de présentation en anglais, français et allemand. 61’39. Alpha 1212
Festival de La Roque d’Anthéron, 5 août 2023, le concert apéritif de 18H de cette journée anniversaire, devient en une heure trente l’événement de la saga Rachmaninoff à La Roque d’Anthéron. Au l’affiche, Vsevolod Zavidov, un jeune musicien de 17 ans qui affiche sans vergogne trois transcriptions de la 3e partita de Bach par le compositeur, les Etudes-Tableaux op.33 et les variations Corelli op.42. Ce programme, il l’a travaillé dans la datcha familiale aux environs de Moscou. Un endroit où il n’est plus retourné : il vit désormais en Occident où il est l’élève de Nelson Goerner à la haute Ecole de Musique de Genève.
C’aurait pu n’être que la démonstration brillante d’un jeune fort en thème. Ce fut un concert d’une maturité radicale. Un moment d’exception que le disque nous propose aujourd’hui complété par la fameuse Vocalise : non pas celle transcrite par Earl Wild qu’il avait joué à La Roque mais bien sa propre transcription réalisée par la suite sur un piano de fortune dans un petit village de Toscane.
Et c’est parti pour une bonne heure d’un bonheur total. On savoure un Bach allant, à la fois fluide et rigoureux dont la légèreté reste sensible aux accents de danse. On monte d’un cran avec les Etudes-Tableaux op.33, des pièces qui deviennent des créateurs d’atmosphères : volontaire dans l’allegro non troppo initial, le piano de Zivadov passe de la fluidité volatile de l’allegro ou à un Moderato sautillant et interrogatif. Il s’était fait réfléchi dans le Grave, il nous entraine dans le tourbillon évanescent du Presto ou la solidité obstinée de l’allegro con fuoco. Dans le Moderato, le pianiste devient une tête chercheuse en charge de solutionner une musique énigmatique avant de magnifier la gravité conquérante du grave final. Un véritable assaut d’atmosphères fugitives qui semblent créer à chaque coup un tableau imaginaire.
On passe ensuite à la page sans doute la plus dense de Rachmaninoff avec ces Variations Corelli dont on ne sait jamais trouver la clé mais qui nous emportent dans un torrent d’incitants tour à tour amusés, précipités, hésitants, interrogatifs ou conquérants pour terminer dans les trois dernières variations par une redoutable montée en puissance dans une agitation aussi folle que maîtrisée. Rarement cet imposant massif de variations ne nous aura paru aussi divers tout en respectant par ailleurs une cohérence dans les enchainements qui subjugue.
En complément, nous découvrons la transcription du pianiste de cette ensorcelante Vocalise que paradoxalement le compositeur ne réalisa jamais pour le piano. Zavidov semble ici avoir trouvé et créé son bis incontournable, instant d’absolu dans une fluidité limpide.
Le récital d’un grand esprit qui a les moyens techniques de ses exigences mais n’en abuse jamais. On n’a pas fini de parler de Vsevolod Zavidov.
Son 10 Livret 10 Répertoire 10 Interprétation 10