Voyage stylistique au Festival international de Colmar

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Comme chaque année, le Festival international de Colmar propose trois concerts par jour à son public. Le premier est destiné aux jeunes talents du CNSM de Paris, le deuxième à la musique de chambre, et le troisième à un ensemble ou soliste de prestige. 

Pour cette première journée complète, nous avons commencé avec un récital de la pianiste tadjike Anastasiya Magamedova. Consacrée aux compositrices, cette prestation fut l’occasion de découvrir une musicienne sobre, efficace, avec un jeu lisible et une belle gestion des textures. Le public a ainsi pu profiter des Trois morceaux pour piano de Lili Boulanger, des Soirées musicales Op.6 de Clara Schumann, de L’oiseau lunaire de Sato Matsui ainsi que des Six études de concert Op. 35 de Cécile Chaminade. Malgré quelques fragilités dans le maintien de la tension et de l’attention dans certaines pièces, Anastasiya Magamedova nous a livré de très beaux moments. L’oiseau lunaire nous a permis d’apprécier sa gestion très juste des silences et sa sensibilité jusque dans les motifs les plus simples, tandis que les Trois morceaux pour piano furent un terrain de jeu idéal pour démontrer toute sa maîtrise des textures et son toucher très fin. Un récital agréable et homogène qui aurait peut-être mérité de compter l’une ou l’autre pièce avec une atmosphère différente. 

Changement complet d’esthétique pour le concert de début de soirée. Au programme, le Duo Argos composé de l’accordéoniste Julien Beautemps et du guitariste Sotiris Athanasiou. Pour la petite histoire, tous deux sont apparus dans un récital solo du cycle jeunes talents lors d’éditions précédentes. Leur répertoire est composé d’arrangements personnels de grandes œuvres connues. Nous avons ainsi pu entendre une Fantaisie sur des thèmes de Mozart, la Rhapsody in Blue de Gershwin, une Fantaisie sur le Boléro de Ravel, Libertango de Piazzolla, Epitafios du compositeur grec Mikis Theodorakis et finalement Spain de Chick Corea. Alliant un humour débordant à une énergie communicative, le duo Argos a totalement conquis le public présent en nombre. La qualité des arrangements est indéniable, et les fantaisies sont remplies de bonnes idées (bien qu’elles ne soient pas présentées comme des fantaisies sur le programme, ce qui peut déstabiliser de prime abord). Exubérant, le duo interagit avec le public et le fait même chanter dans Spain. Dans ce programme haut en couleur, la pièce Epitafios fait figure d’ovni, tant l'atmosphère lourde de sens de sa composition tranche avec le caractère léger des autres pièces. Ce fut un moment émouvant dans lequel les deux musiciens ont pu exprimer toute leur sensibilité et leur musicalité. Sans aucun doute le plus beau moment de ce concert qui, parfois, a pu légèrement frôler le mauvais goût. Après un premier bis entraînant, les deux comparses ont interprété la Marche de Radetzky sous les claquements de mains enthousiastes du public. 

Pour clôturer la soirée, nous avons retrouvé l’Orchestre symphonique de la Monnaie dirigé par Alain Altinoglu. Le concert a débuté par Le Carnaval romain Op.9 de Berlioz. Alliant légèreté et précision, l’orchestre belge nous a livré une belle partition, avec en prime un magnifique solo de cor anglais. Par la suite, nous avons pu entendre le violoncelliste Edgar Moreau dans le Concerto pour violoncelle et orchestre N.1 en la mineur Op.33 de Camille Saint-Saëns. Malgré quelques imprécisions du soliste, nous avons pu profiter d’une interprétation élégante et engagée. En deuxième partie, l’Orchestre de la Monnaie nous a offert quelques extraits de Peer Gynt Op.23 d’Edvard Grieg. L’ensemble a été rejoint par deux fois par la soprano Sofia Nesje Enger. Bien que munie d'une voix prometteuse, la soprane fut hors sujet, hors style. La puissance dégagée et le timbre utilisé ne convenaient pas du tout au contexte des pièces interprétées. Malgré tout, ce fut une fin de concert très agréable, au milieu de tubes comme le Matin ou la Danse d’Anitra et ponctuée en bis d’un extrait des Troyens de Berlioz. 

Festival international de Colmar, le 06 juillet 2026. 

Alex Quitin

Crédits photographiques : FIC - Bertrand Schmitt

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