Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Sylvia Huang et l'ORCW au Namur Concert Hall

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Ce samedi 22 février a lieu le concert de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie au Namur Concert Hall. L’orchestre est placé sous la direction de Jean-Frédéric Molard, le violon solo de l’ORCW. La violoniste belge Sylvia Huang, lauréate du Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique en 2019, est la soliste du soir. Deux œuvres phares du répertoire pour cordes sont au programme de cette soirée : les Quatre Saisons, Op. 8 N°1-4 de Vivaldi ainsi que les Souvenirs de Florence, Op. 70 de Tchaïkovski.

Le concert débute avec les Quatre Saisons de Vivaldi. Inutile de présenter cette œuvre faisant partie des pièces les plus célèbres du répertoire musical occidental. 

Sylvia Huang et l’ORCW livre une belle version de qualité de cette œuvre. En effet, ils font preuve d’une grande musicalité, avec de nombreux contrastes aussi bien au niveau des nuances que des caractères. Dans le Printemps, le premier mouvement est  joyeux, le second poignant tandis que le dernier est dansant. Dans l’Été, le premier mouvement alterne entre des passages calmes et des passages plus rythmiques et entraînants. Le second mouvement nous donne un sentiment de désolation, ce qui colle parfaitement au texte que Vivaldi a associé à ces Quatre Saisons. Le dernier mouvement, probablement un des plus connus de cette œuvre, est intense avec beaucoup de caractère. D’ailleurs le public applaudit à l’issue de celui-ci, l’engouement étant plus que palpable. Dans l’Automne, le premier mouvement est chantant. Le second est d’une grande tranquillité avec une très belle partie de clavecin. Le dernier mouvement nous place dans une joyeuse ambiance champêtre. Dans l’Hiver, le premier mouvement, lui aussi très célèbre, nous place dans une ambiance glaciale et mystérieuse. Le second mouvement est en revanche bien plus chaleureux et élégant. Pour finir, le dernier mouvement clôture avec brio cette interprétation.

L’ORCW fait preuve d’engagement avec une énergie indéniable pour donner vie à ces Quatre Saisons. De son côté, Sylvia Huang fait preuve de virtuosité, de musicalité avec un son pur. Elle est au service de la musique. Cette prestation est largement applaudie par le public. En bis, nous avons droit au Largo de l’Hiver

Grigory Sokolov au Palau : Byrd & Brahms

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Depuis vingt ans, les mélomanes barcelonais officient un culte récurrent autour du récital annuel de cet immense pianiste. Lequel réside depuis quelques années en Andalousie, pas très loin du lieu où demeurait jadis le grand Arthur Rubinstein. Tous deux ont acquis la nationalité espagnole en raison de conflits armés : l’annexion russe de sa région natale en Pologne pour Rubinstein, le conflit en Ukraine pour Sokolov. Il va sans dire que, pour les deux, si le public était acquis avant même d’avoir posé la main sur le clavier, le polonais avait un talent de communicateur et une bonhommie dont l’hispano-russe est dépourvu, peut-être à dessein, car on sent chez lui une volonté de concentrer toute cette liturgie sur l’essence purement musicale.

Si l’on parle de talent pianistique… la joute est plus que discutable, car  si Rubinstein était un grand parmi les grands, Sokolov possède une technique immense, une maîtrise absolument indescriptible des possibilités sonores d’un piano moderne et une profondeur interprétative qui suspend le souffle de son auditeur. Et si le polonais avait créé et, surtout, fait connaître au grand public nombre de compositions de ses contemporains (Stravinsky, Falla, Milhaud, Villa-lobos etc), Sokolov a eu tendance à délaisser la musique de son temps et à explorer intensivement la musique du passé, en laissant un enregistrement phare de « l’Art de la Fugue » et faisant des incursions chez les clavecinistes comme Froberger, Couperin ou Rameau. Et plus particulièrement dans William Byrd, le grand compositeur anglais précurseur absolu de l’évolution baroque de la virtuosité au clavier avec son art épuré de la variation dans ses Pavanes et Gaillardes ornées. C’est donc ce compositeur qui a occupé la première partie de son récital. Son approche peut dérouter l’auditeur le plus décomplexé car il apporte des coloris, une telle multitude des irisations sonores changeantes qu’un claveciniste ne pourrait même pas rêver, compte tenu des possibilités sonores relativement succinctes des instruments d’autrefois. Même si leur sonorité intrinsèque pouvait être absolument magnifique : des clavecins historiques des collections royales britanniques et autres sont encore régulièrement enregistrés et accessibles à quiconque s’y intéresse. Cependant, Sokolov restera limité par la structure extrêmement rigide de ces compositions, où le recours à la modulation ou au chromatisme était proscrit par des considérations religieuses relatives à la dispute entre catholiques et anglicans et par le puritanisme naissant que Byrd a connu et même payé de sa personne. Du point de vue de l’auditeur actuel, on a une vague sensation de gâchis : le talent splendide de l’interprète n’arrive pas vraiment à valoriser des constructions musicales certainement prometteuses de son vivant, mais quelque peu soporifiques de nos jours.

Le concert de l’Hostel Dieu dévoile Les Fantômes d’Hamlet à Lyon

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Dans l’enceinte de la Chapelle de La Trinité à Lyon, « une nouvelle scène de musiques baroques et irrégulières », Le Concert de l’Hostel Dieu a donné en première mondiale Les Fantômes d’Hamlet, un projet de création originale autour de la figure de Hamlet. Au centre de ce projet, la soprano italienne Roberta Mameli. Franck-Emmanuel Comte, directeur artistique de l’Ensemble et de La Trinité, a conçu sur mesure le programme pour et avec elle.

De nombreux compositeurs italiens du XVIIIe siècle — Domenico Scarlatti, Francesco Gasparini, Giuseppe Carcani, Carlo Francesco Pollarolo… — se sont emparés de la légende d’Hamlet pour composer des opéras intitulés Ambleto. En effet, au XVIIIe siècle, un même livret pouvait servir à plusieurs compositeurs pour écrire leurs opéras. Le livret est dû à un poète vénitien de la fin du XVIIe siècle, Apostolo Zeno. Si Shakespeare a popularisé l’histoire avec sa pièce de théâtre, ces compositeurs ne la connaissaient pas, précise Franck-Emmanuel Comte dans la mise en oreille organisée avant le concert. C’est le mythe du prince danois, raconté dans la Gesta Danorum (Geste des Danois) du moine médiéval Saxo Grammaticus, qui est ici exploré. Les œuvres musicales ont été écrites entre 1705 et 1741/1742.

La pratique du pasticcio permettait de faire circuler les airs à succès, d’où un certain nombre d’éditions de compilations et de florilèges réunis en un volume. Ces recueils comprenaient également des fragments d’Ambleto. Le musicologue Paolo Vittorio Montanari, qui a retrouvé le livret en question, s’est affairé dans diverses bibliothèques italiennes et européennes pour retrouver ces fragments — seulement des fragments, car tout le reste de ces opéras a été perdu ! Mais il y a une pépite : Gasparini a adapté, pour des représentations à Londres, un air d’Agrippina de Haendel à la demande du castrat Nicolini. Il s’agit de l’air « Tu indegno se dell’allor ».

Isabelle Faust et Pablo Heras-Casado exaltent les âmes slaves de Bacewicz, Chostakovitch et Tchaïkovski

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C’est à un programme tout entier tourné vers l’Europe de l’Est que nous conviait l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Si l’on associe aujourd'hui les trois compositeurs joués à trois régimes politiques différents (respectivement polonais, soviétique et russe), il n’est peut-être pas inintéressant de signaler qu’ils sont tous trois nés dans un lieu alors sous l’autorité de la Russie tsariste.

Ouverture-Concerto-Symphonie pour ce programme savamment pensé, avec des œuvres qui seront des découvertes pour beaucoup d’auditeurs, même si elles émanent de compositeur très souvent programmés.

Grażyna Bacewicz a fait l’essentiel de sa double carrière de violoniste virtuose (élève d’André Tourtet et de Carl Flesch) et de compositrice (ayant bénéficié des conseils de Karol Szymanowski et de Nadia Boulanger) en Pologne. Sa musique, essentiellement instrumentale, fait appel aux formes classiques (sonates, concertos, symphonies) ; elle est directe, sans doute ancrée dans une certaine tradition, mais non sans personnalité. Son écriture pour orchestre est particulièrement colorée, et, avant de faire celui de ceux qui l’écoutent, fait le bonheur de ceux qui la jouent.

Son Ouverture a été écrite en 1943, à Varsovie, qui vivait alors la terrible occupation nazie (et son redoutable et tristement célèbre ghetto juif). C’est une œuvre courte, qui utilise le fameux motif rythmique 3 brèves-1 longue, qui en morse (ti-ti-ti-ta) donne la lettre V, comme Victoire, et qui pendant la Seconde Guerre mondiale sera, par les quatre premières notes du début de la Cinquième Symphonie de Beethoven (sur lesquelles est construite toute l’œuvre), le signe d’espoir et de ralliement des alliés. Cette Uwertura (titre original) est saisissante de vitalité.

L’écriture pour les cordes est très virtuose, avec des demandes de doigtés spécifiques (notamment pour les violons) aussi incisives que difficiles, dont s’acquittent brillamment tous les pupitres de l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

Suivait le Deuxième Concerto pour violon de Dimitri Chostakovitch. Moins souvent joué que le premier, probablement parce qu’il est moins spectaculaire et permet moins au soliste de briller, il n’en demeure pas moins un des chefs-d’œuvre de la dernière période de Chostakovitch, celle de l’approche de la mort. Son écriture devient plus dépouillée, sa musique quelque peu énigmatique et difficile d’accès à la première écoute.

Pourtant, surtout avec une interprète telle qu’Isabelle Faust, quelle émotion ! Son jeu, à la fois intense et sobre, convient à merveille à cette œuvre complexe et intérieure. Elle trouve le moyen de raconter des histoires différentes avec du matériau musical similaire, mais qui arrive dans des contextes différents. Elle peut avoir des sonorités rugueuses, rauques, ou au contraire aériennes ou chatoyantes, toujours parfaitement maîtrisées. 

L’entente avec Pablo Heras-Casado et l’orchestre est optimale. Il dirige simplement, de façon très expressive mais contenue, à l’unisson avec la soliste. Elle semble par moments accompagner, en toute humilité, les interventions de l’orchestre et de ses solistes, lesquels paraissent captivés par la musique de Chostakovitch. Mention spéciale au premier cor Alexandre Collard, impeccable techniquement, et qui se permet de prendre des risques avec des nuances et des attaques tout en douceur. Au passage, nous pouvons louer tout le pupitre de cors. Alors qu’ils sont les seuls de cette famille dans l’orchestre, plus d’une fois, nous avons eu l’impression d’entendre tout un ensemble de cuivres, avec des trompettes et des trombones.

Martha Argerich et Charles Dutoit à Monte-Carlo

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L'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo accueille à nouveau deux géants de la musique classique, la pianiste Martha Argerich et le chef d'orchestre Charles Dutoit dans un programme de rêve avec des chefs-d'œuvre de Maurice Ravel et de Claude Debussy. Bien évidemment, l’Auditorium Rainier III est archi-comble pour ce rendez-vous monégasque, attendu par les mélomanes de la région.  

Le Concerto pour piano (dit en sol majeur) de Ravel est un des concertos favoris de Martha Argerich. Son interprétation est chaque fois différente, pleine de nouvelles surprises. Elle joue moins vite et moins fort qu’auparavant et elle prend plus de temps pour dialoguer avec les musiciens de l'orchestre. Sa complicité avec Charles Dutoit est légendaire et la magie opère à nouveau.  C'est un triomphe et après une ovation debout et de nombreux rappels elle donne en bis les deux gavottes de la  Suite anglaise n°3 de Bach et les Traumes Wirren de Schumann.

A Genève, le défi d’Alexandre Kantorow dialoguant avec l’OCG

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A côté de sa série de concerts à l’abonnement, l’Orchestre de Chambre de Genève en propose treize autres hors catégorie qui sont présentés tant à Genève qu’à l’extérieur. Celui du 13 février est affiché dans un Victoria Hall bondé à l’extrême par un public qui s’est arraché jusqu’au dernier strapontin.  Car Alexandre Kantorow, prodigieux pianiste de vingt-sept ans qui avait marqué tous ceux qui l’avaient entendu interpréter le Deuxième Concerto en la majeur de Franz Liszt il y a deux ans, relève la gageure de jouer au cours de la même soirée les deux concerti pour piano et orchestre de Johannes Brahms sous la direction du chef hongrois Gábor Takács-Nagy.

Curieuse idée que celle de commencer par le Deuxième en si bémol majeur op.83 ! Trahi par l’acoustique si particulière de cette salle, l’Orchestre de Chambre de Genève peine à trouver ses marques dans les premiers tutti que le chef tente d’équilibrer, alors que le soliste cultive un son profond dans les arpèges initiaux avant de propulser les accords en cascades striés d’octaves à l’arraché. L’extrême précision de son jeu révèle une maîtrise technique hors du commun qui lui permet d’iriser le cantabile d’aigus clairs et de limpides passaggi  contrebalançant les pathétiques envolées qui  durcissent  la sonorité. Dans la même veine, le Scherzo (Allegro appassionato) affiche une farouche énergie que tempèrent les cordes rassérénées, tandis que l’Andante constitue le point focal par l’ineffable poésie empreinte par le piano à ses longues cantilènes, en dialogue avec le violoncelle solo soutenu par les cordes en demi-teintes. En un scherzando brillant, le Final dégage une vivifiante exubérance qui suscite l’enthousiasme d’un public subjugué par tant d’aisance ! 

La grande fiesta de L’Arpeggiata à la Salle Gaveau

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Un double concert anniversaire
À l’occasion de ses 25 ans, L’Arpeggiata a offert deux concerts consécutifs le 8 février, à la Salle Gaveau à Paris. Le premier, intitulé « Alla napolitana », et le second, « La grande fiesta de L’Arpeggiata », donnent un excellent aperçu des programmes typiques de l’ensemble, qui mêle partitions baroques et arrangements originaux de musiques traditionnelles de divers horizons.

Un mélange de styles et de talents
Parmi les interprètes, on retrouve des fines-fleurs du chant baroque comme la soprano Céline Scheen, le contre-ténor Valer Sabadus et le ténor Cyril Auvity. Les instruments anciens sont à l’honneur avec les cordes de boyau, l’orgue positif, ainsi le théorbe de Christina Pluhar. Mais l’ensemble intègre aussi des chanteurs à la technique moins classique et des instrumentistes issus de traditions musicales extra-européennes et modernes. Comme à l’accoutumée, ils transportent le public à travers les époques et les cultures, suscitant l’envie de chanter, de frapper des mains et de danser.

David Grimal initie l’Orchestre national de Lille à des interprétations sans chef

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Du 7 au 12 février, les mélomanes du Nord ont vécu une nouvelle expérience avec l’Orchestre national de Lille : une interprétation sans chef d’orchestre ! Au centre de ces concerts, David Grimal, qui pratique depuis longtemps ce format, notamment avec son orchestre Les Dissonances. Nous avons assisté au concert du 11 février au Nouveau siècle à Lille, dans un programme composé de trois œuvres de Mendelssohn. 

L’annonce habituelle juste avant le concert vient d’être diffusée. Les instruments s’accordent rapidement, et le public attend le chef, en l’occurrence David Grimal, indiqué « direction et violon » dans le programme. La salle n’est pas encore totalement silencieuse, et les musiciens commencent à jouer. Certains continuent à parler avec leurs voisins, ils n’ont pas compris tout de suite que le concert avait commencé ! L’Ouverture des Hébrides de Mendelssohn résonne comme venant de nulle part, renforçant le caractère mystérieux de la Grotte de Fingal. Il suffit de regarder quelques secondes l’orchestre, pour « voir » que les musiciens s’écoutent attentivement les uns et les autres. En effet, ce mode d’interprétation — un langage qui se développe, précisera David Grimal au bord de scène à l’issue du concert — est aussi beau à voir qu’à écouter. Ainsi, la musique respire de manière plus organique, elle devient plus que jamais une entité vivante.

Résultats de la Finale de la Troisième édition du Concours International de direction d’Orchestre d’Opéra à Liège

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Le Concours International de Direction d’Orchestre d’Opéra s’est clôturé ce samedi 15 février 2025.

Lors de cette dernière journée, les trois finalistes se sont illustrés dans un extrait d’opéra choisi par le jury. Johann-Sebastian Guzman a dirigé un extrait de Carmen (Bizet), Matteo Dal Maso a dirigé un extrait de la Cenerentola (Rossini) et Sieva Borzak a dirigé un extrait de Rigoletto (Verdi).

Après cette dernière journée musicale riche en émotions pour les artistes et le public, venu en nombre pour assister au dénouement de cette compétition, le jury s’est retiré pour délibérer.

Avant d’annoncer les résultats, Stefano Pace et Giampaolo Bisanti, ont une nouvelle fois remercié et félicité chaleureusement l’Orchestre, les Chœurs et les solistes pour leur professionnalisme et le talent dont ils ont fait preuve lors de l’ensemble des épreuves du Concours. En outre, ils ont permis au jury de se faire une idée concrète de l'interprétation voulue par les différents candidats. Les équipes techniques ont également été remerciées pour tout le travail fourni mais que l’on ne. voit pas forcément. Pourtant, sans eux, un pareil évènement ne pourrait pas avoir lieu.

Voici le palmarès de la Troisième édition du Concours International de Chefs d’Orchestre d’Opéra :

Flagey Piano Days 2025 : András Schiff sublime, Angela Hewitt remarquable

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Chaque année se tiennent au mois de février les Flagey Piano Days, cinq journées passionnantes pour les pianophiles qui se se réjouissent tout autant de retrouver dans le cadre du paquebot des Étangs d’Ixelles aussi bien des grands noms à la réputation établie que de découvrir des talents prometteurs.

Pour cette édition, notre choix s’était porté sur deux pianistes de premier ordre qui, curieusement, ne s’étaient encore jamais produits dans l’acoustique parfaite du Studio 4 de ce qui fut la Maison de la radio. 

Pour ouvrir ces Piano Days, les organisateurs avaient fait appel à András Schiff, un pianiste dont la longue carrière a été l’illustration non seulement de dons musicaux et pianistiques hors du commun, mais aussi d’une volonté d’aborder les oeuvres dans un remarquable mélange de modestie, d’érudition et de volonté d’interroger les textes au plus près sans jamais vouloir briller aux dépens de l’intégrité musicale. (Ceux qui aimeraient en savoir plus sur les conceptions de ce grand artiste pourront liront avec  intérêt le livre La Musique naît du silence publié chez Alma Nuvis en 2018, regroupant des entretiens de Schiff avec le critique Martin Meyer et des textes dûs au pianiste lui-même.) 

Pour ce récital donné devant une salle comble au point que des chaises avaient été rajoutées sur la scène et auquel assistaient également le Roi Philippe et la princesse Eléonore, András Schiff n’avait pas prévu de programme à l’avance et prit chaque fois la parole dans un très bel anglais -on n’est pas Sir András Schiff pour rien- pour annoncer les morceaux interprétés. Le récital s’ouvrit par le Caprice sur le départ de son frère bien-aimé BWV 992 de Bach, compositeur que Schiff a toujours superbement défendu, combinant son impeccable formation pianistique à l’Académie de Budapest avec un apprentissage ultérieur auprès du claveciniste britannique George Malcolm. Dès l’abord, on ne peut qu’admirer la sonorité pleine et riche, l’articulation soignée, le parfait équilibre des voix et la souplesse féline du pianiste. Suit alors la Sonate N° 17 en si bémol majeur K. 570 de Mozart. Dans l’Allegro introductif,  Schiff fait entendre un Mozart sobre et précis, sans joliesse indue. Les traits de virtuosité sont invariablement limpides et d’une irréprochable égalité. Après un Adagio d’une belle et digne simplicité, l'œuvre se conclut sur un Allegretto, abordé avec gaieté mais sans exubérance, montrant à quel point Schiff prend le compositeur au sérieux.