Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

A Genève, un nouveau Matsuev ?

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Pour commencer sa saison 2019-2020, la série ‘Les Grands Interprètes’ organisée par l’Agence de concerts Caecilia invite une fois de plus le pianiste sibérien Denis Matsuev. Au cours de ces dernières années, l’image qu’il nous a laissée est celle d’un virtuose au style boursouflé, s’en prenant violemment à son clavier comme s’il se livrait à une partie de catch. Mais Steve Roger, l’un des organisateurs du récital du 30 septembre, m’a convaincu d’y assister en me parlant d’un nouveau Matsuev.

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Pour l'occasion, ils avaient convié les mélomanes à la Philharmonie Luxembourg (soirée à guichets fermés) et en direct sur les ondes de Radio 100,7.  Notre collègue Remy Franck (*)  a accepté de partager ses impressions avec nos lecteurs.

“L'anniversaire des Solistes Européens Luxembourg a été extraordinaire à tous points de vue.
En présence du Grand-Duc Henri, un programme très spécial attendait le public.
Pas un seul discours : rien que la musique, comme l'ont voulu les organisateurs. Et un programme audacieux : la Symphonie n°9 de Beethoven et A Survivor of Warsaw d'Arnold Schönberg, mais cette dernière œuvre a été insérée entre les 2e et 3e mouvements de la Symphonie.

Journée Bach et Telemann à Royaumont, dans la croisée de styles ancien et moderne

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L’ancienne Abbaye de Royaumont (à 30 km au nord de Paris) est un laboratoire musical et chorégraphique et dans le même temps une pépinière de jeunes talents. La journée du 21 septembre, dans le cadre du 75e Festival de Royaumont, était consacrée à Bach et à Telemann sous le thème de rencontres fondatrices pour une évolution de l’écriture : la venue de Telemann à Paris chez le facteur de clavecin Vater en 1738 et la visite de Jean-Sébastien Bach à la cour de Prusse en 1747 où il joue sur un pianoforte Gottfried Silbermann. Pour illustrer ces rencontres, des musiciens ont joué sur la copie du clavecin Vater 1732 (réalisé par Emile Jobin, commande de la Fondation Royaumont) et la copie du pianoforte Silbermann 1749 (par Kerstin Schwarz), en présence de leurs facteurs.

Le Chostakovitch de Jonathan Nott

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Selon la volonté de Jonathan Nott, son directeur artistique, la saison 2019-2020 de l’Orchestre de la Suisse Romande est placée sous l’égide de deux figures de proue du XXe siècle, Benjamin Britten et Dimitri Chostakovitch.

C’est pourquoi le premier concert du 25 septembre a débuté par les Four Sea Interludes op.33a extraits de Peter Grimes, le premier chef-d’œuvre lyrique du musicien britannique. Dawn est évoqué par les longues phrases des violons recherchant un véritable unisson, tandis que les bois accélèrent les zébrures de l’aube, avant de se parer de nervures astringentes afin de dépeindre un Sunday Morning dont les cuivres imitent les carillons. Moonlight tient ici du thrène pesant tandis que, ponctuée par une percussion martelant la basse, déferle la houle de Storm au travers de laquelle affleurera une ultime supplique des violons en quête de rédemption salvatrice.

Rien à voir : quand la musique va au coeur des choses

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Une fois les 24 chanteurs du Vlaams Radio Koor (Choeur de la Radio flamande, ci-après VRK) et leur chef Bart Van Reyn installés sur la scène de Flagey en compagnie d’un pianiste (qui restera malheureusement anonyme) et d’un quatuor à cordes composés de musiciens (pas davantage identifiés) issus des rangs du Brussels Philharmonic (dont dépend également le VRK), une voix se fait entendre dans les haut-parleurs, celle d’un homme qui nous racontera comment il a fini par perdre la vue à la suite d’une affection génétique et qui commence par nous dire cette simple phrase : « Je ne vous vois pas, mais vous ne pouvez pas me voir non plus ». Ce sera le début de l’histoire du jeune Bruxellois et parfait bilingue Karl Meesters -fondateur de Rien à voir, une association qui cherche à rapprocher les aveugles et malvoyants de toutes les formes de musique- et dont l’histoire personnelle sera le fil conducteur d’un concert remarquablement conçu (et ici, coup de chapeau bien mérité à Alain De Ley, responsable artistique de ce spectacle d’une intelligence inhabituelle) qui nous conduira dans un répertoire de musique chorale moderne et contemporaine axé sur le passage de la lumière aux ténèbres, saisissant parallèle du destin vécu par le jeune homme.

Ouvertures des saisons symphoniques à Monte-Carlo et Nice 

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Dimanche dernier à Monte-Carlo, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, son directeur musical et artistique Kazuki Yamada et la merveilleuse contralto Marie-Nicole Lemieux -1er Prix du Concours Reine Elisabeth en 2000- ont inauguré leur saison. Marie-Nicole Lemieux est l'artiste en résidence cette année : elle donnera encore deux concerts dans des répertoires très différents. Pour son premier concert, elle a interprété les Sea Pictures d'Edward Elgar avec maestria. Kazuki Yamada avait programmé en ouverture Juventus, une oeuvre de Victor de Sabata, le chef permanent de l’Orchestre de l’Opéra de Monte-Carlo de 1918 à 1930. L’œuvre rappelle les opéras italiens de la même époque. La Symphonie n°3 avec orgue de Saint-Saëns semble être inspirée des poèmes symphoniques de Liszt à qui elle est dédiée. L’effectif orchestral est très important, toutes les parties de l'orchestre sont représentées. Kazuki Yamada excelle dans ce répertoire et il fait briller l'orchestre de tous les feux des pupitres. Une belle introduction de saison alors que l’orchestre part en tournée pour deux semaines à Oman.

Ce jeudi, c’est au tour des voisins de l’Orchestre Philharmonique de Nice d’entamer leur saison de concerts. Le Théâtre de l'Opéra de Nice (1000 places) est comble du Parterre au Paradis. Deux « enfants du pays », la pianiste Hélène Grimaud, née à Aix-en-Provence et le chef Lionel Bringuier, né à Nice, se retrouvent devant un public qui les vénère.

Ouverture de la saison « Music by the Glass » avec Eva Zaïcik et Le Consort

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Sinfonietta Paris, association fondée en 2011, organise des soirées de concerts « Music by the Glass » dédiées à la jeune génération de musiciens de chambre et d’orchestre exceptionnels. Leurs concerts de musique de chambre se déroulent dans des lieux secrets ou intimes de Paris. Pour l’ouverture de la saison 2019-2020, la mezzo-soprano Eva Zaïcik et Le Consort ont présenté au musée Gustav Moreau des extraits de leur disque Venez chère Ombre (Alpha Classics, printemps 2019) et une sonate de Dandrieu extraite quant à elle du dernier album Opus 1 du Consort (Alpha Classics, septembre 2019).

La définition de la « cantate » est tout autre en France au 18e siècle que dans les pays germaniques. Le mot « cantate » y est mentionné pour la première fois en 1703 et,selon le texte du claveciniste Justin Taylor, l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert en donne toujours cette définition au milieu du siècle : « Cantate : Petit poème fait pour être mis en musique, contenant le récit d’une action galante ou héroïque […] ».

Jours heureux au Festival Enescu de Bucarest (2) : la musique symphonique

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Etonnant Festival Enescu ! La programmation d’une journée « normale » enchaîne récital de grand pianiste à 11h, concert de musique contemporaine à 13h, grands rendez-vous symphoniques à 16h30 et 19h30 et le mélomane très motivé pourra assouvir sa passion musicale jusqu’à des heures très avancées de la nuit grâce au concert baroque de 22h30. Prestige de la manifestation roumaine oblige, les interprètes appartiennent à l’élite musicale.

Pour la journée qui nous occupe ici, deux orchestres étrangers tenaient le haut de l’affiche. Le concert de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège est hélas une déception. Conçue en 1888 par le français Albert Galleron, la salle de l’Atheneum Roumain est certes une merveille architecturale mais son intimité ne favorise guère les tonitruances et éclats orchestraux. En dépit de spectaculaires accélérations jazz, le russe Denis Kozhukhin offre ainsi une interprétation beaucoup trop musclée des Variations sur un thème de Paganini de Lutoslawski et Rachmaninov. Bien qu’ayant déjà probablement dirigé dans cette salle, le chef Tiberiu Soare fait tomber l’orchestre liégeois dans la saturation acoustique.

Jours heureux au Festival Enescu de Bucarest (1) : la musique contemporaine

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Du 31 août au 22 septembre, le Festival Enescu de Bucarest offre un programme éblouissant. De par le prestige de ses interprètes, il faut le répéter car la manifestation reste relativement méconnue, le festival roumain s’affirme, au même titre que Lucerne ou Salzbourg, comme l’un des grands rendez-vous musicaux européens.

Dans la pléthorique programmation, la musique contemporaine tire naturellement son épingle du jeu. Trois orchestres roumains présentaient des concerts exclusivement consacrés à la musique du XXIe siècle. Première formation à entrer en scène : le Moldova Philharmonic Orchestra de Iasi. Sous la direction de l’inattendu chef américain Brad Lubman, l’orchestre de la deuxième ville roumaine proposait un programme d’obédience post-sérielle, tout au moins dont la figure de référence implicite serait Pierre Boulez. Interprété par Ilya Gringolts, le Concerto pour violon de Michael Jarrell ne fait hélas pas oublier le douloureux souvenir qu’a laissé Bérénice à l’Opéra de Paris. Intitulée « Paysages avec figures absentes », l’œuvre témoigne d’une disposition originale : les « figures absentes », ce sont ici les sièges vides des violons de l’orchestre. Malgré les habituelles qualités du compositeur suisse (écriture nerveuse et incisive de la partie soliste, impressionnantes scansions percussives), l’œuvre reste grise, systématique et laborieuse à écouter. Donné en introduction, Tempo 80 du roumain Câlin Ioachimescu peinait également à convaincre. D’une lenteur assumée, la pièce entrechoque des masses sonores, sans ajouter un surplus de personnalité musicale.

Le Festival Enescu de Bucarest : abondance et variations sur un monde en harmonie

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« The world in harmony » (le monde en harmonie) était le thème de l’édition 2019 du George Enescu International Festival, du 31 août au 22 septembre, avec pour directeur artistique le chef russe Vladimir Jurowski. Les musiciens et ensembles les plus prestigieux se sont succédé, souvent au rythme de trois ou quatre concerts par jour, dans la Sala Palatului (la grande salle de concert) ou dans le plus intime Romanian Athenaeum (Ateneul Roman), avec même des « concerts de minuit »

L’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo se produisait sur la scène de l’Athenaeum dans la série « Recitals and chamber music », une définition peu adéquate pour les programmes présentés. Pas de problème avec la Ballade pour violon et orchestre d’Enescu ou l’Andante Cantabile et les Variations sur un Thème Rococo op 33 pour violoncelle op. 33 de Tchaikovsky. Mais il est plus difficile de rangefr la Symphonie pathétique de Tchaikovsky dans cette catégorie ! La scène de l’Athenaeum peut à peine accueillir tous les musiciens de  l’Orchestre et le son ne peut pas vraiment se déployer. C’est aussi le cas pour le deuxième concert de l’orchestre qui accompagne un programme élaboré autour de Bryn Terfel avec, entre autres, le prélude à l’acte 3 de Lohengrin et la Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner.