Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Célébrons le printemps avec Strauss, Bruckner et l’Orchestre national de Lyon 

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Âmes sensibles s’abstenir. En convoquant deux chefs-d’œuvre d’un post-romantisme exacerbé, l’Orchestre national de Lyon a fait le pari de l’émotion. Avec les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss et la Quatrième Symphonie d’Anton Bruckner, c’est un programme dense que nous offre la phalange lyonnaise avec à leur tête, le chef d’orchestre franco-suisse, Bertrand de Billy.

Composés entre 1946 et 1948, les Quatre Derniers Lieder mettent en lumière les poèmes de Hermann Hasse et de Joseph von Eichendorff. Ce cycle pour soprano et orchestre transcende la force et la beauté de la nature en créant un lien puissant avec la fragilité de la vie humaine. Pour faire face à ce monument lyrique, il faut une voix riche, qui puisse faire surgir les aspérités de cette partition. Habituée des rôles mozartiens et également familière de la musique de Richard Strauss (et plus particulièrement de La Maréchale du Chevalier à la Rose), la soprano suédoise Maria Bengtsson connaît intimement ce répertoire. Dès le Frühling d’ouverture, sa voix se fond dans l’orchestre pour ne former qu’un seul et même instrument. Les troupes avancent dans la même direction, quitte à trouver la voix parfois peu perceptible dans cette masse sonore. Bertrand de Billy réussit toutefois à maintenir cette profusion musicale pour que la soprano puisse se libérer et émerger de cette vague orchestrale. Son aigu lumineux conjugué à un mezzo pertinemment plus sombre rend justice à la musique de Strauss. Le tempo allant révèle le caractère pastoral et spirituel de ces lieder. C’est une version plus brillante et optimiste que nous propose le chef : ici les vallées sont en fleurs et c’est avec une intense sérénité que la soprano clôt ce cycle dans un Im Abendrot ravissant.

Le briefing classique de la semaine

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Une semaine d'actualité sur la planète classique. Cette semaine, malgré la trève pascale a été riche en rebondissements, confirmant une dynamique où les nominations et les concours révélateurs dessinent le futur du classique. Mais attention, derrière les paillettes, des défis financiers et des controverses institutionnelles agitent les coulisses, prouvant que même l'art a ses zones de turbulence. Une chose est sûre : l'industrie cherche (encore et toujours) activement à rajeunir son public et à innover.

Mouvements de Carrière et Nominations : Le Grand Jeu des Chaises Musicales

Le début avril, c'est le "mercato des talents" ! Les postes changent de mains, et les annonces pleuvent. La violoncelliste et cheffe d'orchestre coréenne Han-na Chang prend les rênes du Seoul Arts Center pour trois ans, une nomination qui fait grand bruit. En Europe, l'Opéra de Hanovre accueille Francesco Angelico comme nouveau Generalmusikdirektor dès 2026/2027, succédant à Stephan Zilias.

Outre-Atlantique, le tout nouveau Fort Myers Philharmonic, né des cendres du Southwest Florida Symphony, confie sa direction à Paul Nadler, tandis qu'Alain Trudel prolonge son aventure au Toledo Symphony jusqu'en 2029. Des institutions comme la Manhattan School of Music et le Bravo! Vail Music Festival affûtent leurs stratégies avec de nouvelles directions. Et n'oublions pas la BBC qui met en lumière sa promotion 2026 des New Generation Artists, ces jeunes pousses qui feront vibrer nos scènes demain.

Le retour de Lucas Debargue à Angers

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Toujours chaleureux, le public d’Angers a salué le retour de Lucas Debargue avec une chaleur exceptionnelle au Centre de Congrès en ce dimanche de Pâques. Invité régulier de l’ONPL, comme de Pianopolis où il s’est produit lors d’un mémorable concert à deux pianos avec son ami Alexandre Kantorow directeur du festival, Lucas Debargue a donné une version ébouriffante du Concerto N° 2 de Sergueï Rachmaninov porté par un ONPL incandescent sous la direction véhémente et passionnée de la cheffe d’orchestre américano-taïwanaise Mei-Ann Chen, directrice musicale du Sinfonietta de Chicago. Sa manière d’empoigner littéralement l’orchestre en le sollicitant au maximum était assez spectaculaire, avec sa manière de creuser le registre des cordes dans sa profondeur et avec une prédominance des cuivres particulièrement exposés dans les deux œuvres du programme, comme si la cheffe voulait atteindre la légendaire puissance des orchestre américains.

Cet écrin symphonique rutilant était presque en porte-à-faux avec la conception d’un Lucas Debargue jamais outrancier dans son interprétation exempte de toute boursouflure. Parfois submergé malgré lui par la déferlante orchestrale, le pianiste français était particulièrement expressif dans le splendide adagio sostenuto grâce à un toucher varié, prenant soin de dialoguer avec les solistes de l’orchestre avant de se lancer à corps perdu dans un finale fracassant. Il faut dire que Lucas Debargue est particulièrement à l’aise avec l’âme russe que lui a transmise sa professeure Rena Shereshevskaya sous la férule de laquelle il a remporté un prix très médiatisé du Concours Tchaïkovsky en 2015, devenant le protégé de Valery Gergiev avant les évènements de l’invasion de l’Ukraine. Il poursuit aujourd’hui une carrière internationale avec un agenda très chargé.

Après avoir remercié le public par un vigoureux thank you qui a fait rire la salle et lui-même, Lucas Debargue s’est lancé dans une improvisation mêlant habilement sa technique pianistique et ses élans du cœur avec un soupçon d’humour.

Aix-en-Provence, Festival de Pâques : l’incroyable diversité de la musique ancienne

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Les tendances actuelles de l’interprétation historiquement informée actuelle montrent une grande diversité comme l’attestent les trois concerts de cette treizième édition. Au fil des générations, le niveau d’excellence des intervenants atteint de nouveaux sommets tandis que la finesse des analyses des interprétations proposées nous entraine vers des horizons nouveaux où bonheurs et surprises s’enchevêtrent dans un kaléidoscope surprenant où le temps fera sans doute son tri. Les grands anciens demeurent dans la fierté de leurs conceptions accomplies, les plus jeunes osent des voies nouvelles qui bousculent les habitudes là où d’autres intervenants ouvrent des portes vers des répertoires méconnus. On retrouve ces trois tendances dans les trois concerts de cette semaine pascale.

Savall célèbre la Passion en compagnie de Haydn et Beethoven

Tout commence avec un grand ancien : à 84 ans, Jordi Savall pourrait occuper un rôle de commandeur, il préfère rester un pur produit de l’art des Lumières. Au fil des années, il a su forger une image de référence faite de clarté, d’engagement et de précision qu’il applique avec la même constance à tous les répertoires. Un certain sens du grandiose servi par une fluidité du discours, qui ouvrage délicatement le rendu instrumental tout en lui insufflant une énergie cohérente mais maîtrisée et en rendant aux parties chantées leur réelle pertinence. Avec des résultats divers selon les musiques abordées.
Ce fut le cas mercredi soir avec des pages de Beethoven et Haydn, retraçant les événements de la Passion dans leur chronologie : le Mont des Oliviers pour le premier, le Golgotha pour le second. Quand il écrit son oratorio Le Christ au mont des Oliviers en 1801 (il fut créé deux ans plus tard), Beethoven est installé et reconnu à Vienne depuis 9 ans (sa première symphonie vient d’être créée). Il a déjà composé des cantates de circonstance dans sa jeunesse à Bonn mais c’est la première fois qu’il aborde une page d’envergure. Il le fait avec une certaine naïveté et, surtout, un sens dramatique évident qui implique un engagement quasi théâtral des solistes, et en particulier d’un Christ qui évoque déjà le Florestan de Fidelio. Savall inscrit l’œuvre dans un esprit très 18e siècle et ainsi mise à nu, la partition dévoile un peu trop ses aspects anecdotiques que gomment des interprétations plus tourmentées comme celle, au disque, de Barenboïm.

A l’OSR, le retour de Neeme Järvi pour Ein Deutsches Requiem d’une intense ferveur

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Au cours de la Semaine Sainte précédant Pâques, l’Orchestre de la Suisse Romande, revenant de sa tournée européenne, a la judicieuse idée de présenter, pour deux concerts à Genève, le chef-d’œuvre choral de Brahms, Ein Deutsches Requiem op.45, composé entre 1865 et 1868. S’écartant de la structure d’un Requiem selon la tradition liturgique catholique, l’œuvre tient de la cantate protestante sur des paroles en langue allemande que le compositeur avait empruntées à la Bible.

Pour la diriger, l’OSR fait appel à Neeme Järvi, chef estonien défiant ses quatre-vingt-huit ans, qui a été son directeur musical entre 2012 et 2015. Comme l’ouvrage est essentiellement choral, il a sollicité le concours de la Zürcher Sing-Akademie, ensemble fondé en 2011 qui s’est rapidement hissé au niveau des premiers chœurs professionnels européens et qui est actuellement placé sous la direction de Florian Helgath.

Janssens, Rilke, Fromont, une association détonante

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Après une dernière séance, aux auditoires Sainte-Barbe, d’un cours consacré à l’individualisme (« qui se sent morveux, qu'il se mouche », dit La Flèche à Harpagon) à l’époque contemporaine – ça avait bien commencé, structuré, circonstancié et éclairant mais les dernières heures, absconses, lacaniennes et crispantes, ont littéralement annihilé ma capacité d’attention, asphyxiant du même coup mes velléités de réconciliation avec la philosophie –, je prends le temps de Louvain-la-Neuve à Eghezée (rentrer chez moi eût été une hérésie kilométrique), aidé par un GPS qui s’amuse à me faire voir la bonne rue dans le mauvais village. Je ne vois de la commune rurale de Hesbaye que la nationale et ses commerces, non loin de l’Ecrin, dont l’animateur-directeur Benoît Raoult tente ce soir, c’est trop peu courant dans l’agenda d’un centre culturel, une incursion programmatique dans la musique écrite.

La salle, modulable, réarrangée en un club où l’on peut étendre ses jambes, fait de demi-cercles de chaises entourant une petite table où déposer son verre, accueille un public probablement peu habitué à l’expérience musicale que sert la nouvelle œuvre de Claude Evence Janssens, oratorio contemporain de neuf cantates sur des textes de Rainer Maria Rilke (« le poète des poètes ») et des photographies d’André Fromont, extraites de son immense photothèque, pliées sur un axe médian à la manière des taches d’encre du Rorschach, puis retravaillées et adaptées au format rectangulaire de l’écran sur l’arrière-scène – s’y projettent les mots (traduits) du poète austro-hongrois et autrichien, qu’il écrit en français comme en allemand. Sur le plateau, les musiciens de Sturm und Klang et le chef Thomas Van Haeperen, la soprano Clara Inglese et le baryton Kris Belligh, tous deux côté cour.

Retrouver les débuts de Leïla Ka

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Après avoir découvert la chorégraphe et danseuse Leïla Ka avec sa pièce Maldonne, spectacle au succès incontesté, nous remontons ce soir à ses débuts avec le solo Pode Ser et le duo C’est toi qu’on adore, ses deux premières pièces. 

Commencerons par parler de Pode Ser créé en premier en 2018 qui est la deuxième pièce dans le déroulé de la soirée à la Maison des Métallos. 

Dans ce solo de 17 minutes, tout est déjà parfaitement réflechi : la lumière se dessine en cercle comme un ring où apparait une femme en robe de tulle rose, parfait stéréotype de la jeune fille sage. Très vite elle se dévoile en guerrière, ses coudes sont joints, ses poings serrés, dans une posture cherchant le combat. Sur la musique, elle joue avec sa robe légère tout en s’accrochant à ses bretelles, lançant des coups avec ses coudes anguleux, faisant trembler tout son corps. 

Puis d’un coup la musique devient bruitage : armes à feu, claque ? on ne sait pas vraiment. Un abat jour tombe brusquement du ciel et le pantalon noir sous sa robe et ses baskets se révèlent à nos yeux. Cette deuxième partie surprend autant que la première. Dès qu’un mouvement plus rond, plus doux, plus lent est esquissé, il s'arrête net. Le bruit d’une arme répond aux mouvements secs et précis  de son bassin.

Le grésillement dans nos oreilles s'arrête, le silence s'installe dans la salle, le public est ému, avant d’acclamer la danseuse. 

Une traversée du romantisme : Schubert et Mahler à Varsovie

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Pour cette nouvelle soirée du Festival Beethoven à Varsovie, nous retrouvons l’Orchestre philharmonique de Varsovie. Le programme réunit la Symphonie n° 8 en si mineur D. 759 « Inachevée » de Franz Schubert et la Symphonie n° 4 en sol majeur de Gustav Mahler, avec la participation de la soprano Olga Bezsmertna. La phalange polonaise est dirigée par le chef Jacek Kaspszyk.

La soirée s’ouvre avec la célèbre « Inachevée » de Schubert. Composée en 1822, cette œuvre ne comporte que deux mouvements complets, et les raisons de son inachèvement restent incertaines : abandon volontaire, orientation vers d’autres projets ou crise personnelle. Elle ne sera créée qu’en 1865, soit plus de trente-sept ans après la mort du compositeur.

Dès les premières mesures, une atmosphère mystérieuse s’installe, portée par les cordes graves. Lorsque le premier thème apparaît, le climat demeure sombre, malgré un léger manque de tension, notamment dans le moteur rythmique des cordes. Le second thème, plus lumineux, bénéficie d’une interprétation délicate, particulièrement mise en valeur par les violoncelles. La suite adopte un caractère plus dramatique avant la réexposition, permettant de savourer à nouveau cette musique empreinte d’émotion, servie avec sensibilité.

Entre récital et symphonie au Festival Beethoven de Varsovie

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C’est dans le cadre prestigieux du Château Royal de Varsovie que se tient le récital du pianiste irlandais Barry Douglas. Le programme réunit quatre ensembles d’œuvres : les Impromptus op. 142, D. 935, nos 1 et 2, de Franz Schubert, une sélection des Dix pièces tirées du ballet « Roméo et Juliette », op. 75 de Sergueï Prokofiev, des extraits des Fantasies op. 116 de Johannes Brahms, ainsi que la Sonate pour piano en fa mineur op. 57 « Appassionata » de Ludwig van Beethoven.

Le concert s’ouvre avec les deux premiers Impromptus de Schubert. Composées en 1827, période particulièrement féconde pour le compositeur, ces pièces occupent une place de choix dans le répertoire romantique. Dans le premier, en fa mineur, Barry Douglas déploie une ampleur quasi orchestrale, marquée par des contrastes saisissants entre passages solennels et élans lyriques. Le second, un menuet en la bémol majeur, introduit un changement d’atmosphère : l’interprétation, vive et brillante, évoque une danse élégante.

Suit une sélection des pièces issues du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev. Le pianiste y met en valeur de forts contrastes, entre la tendresse des scènes d’amour et la violence des affrontements, parfois teintés d’ironie. Grâce à des rythmes incisifs et une grande variété de couleurs, il instaure une véritable dimension théâtrale.

Anthony Romaniuk : le magicien des modes

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Claveciniste, pianofortiste, jazzman et explorateur des sons synthétiques, Anthony Romaniuk est un artiste inclassable. Après le succès de ses albums Perpetuum et Bells, le musicien revient avec On Modes, un projet fascinant qui redonne vie aux sept modes diatoniques. De l’obscurité dorienne à la lumière phrygienne, il tisse un lien invisible mais puissant entre les polyphonies baroques, le minimalisme hypnotique de John Adams et les univers pop de Radiohead ou Björk. À l’occasion de la sortie de ce nouvel opus et avant son concert attendu au Flagey le 29 mars prochain, Anthony Romaniuk nous livre les clés de son architecture sonore, où l’improvisation reste le battement de cœur d’une musique sans frontières.

L’album explore les sept modes diatoniques. Qu’est-ce qui vous a attiré vers ces modes, et en quoi leur exploration est-elle pertinente pour un auditeur du XXIe siècle ?

Les modes sont en quelque sorte les éléments constitutifs oubliés de l’architecture musicale. Certes, ils ont des racines anciennes et constituaient le principal moyen d’organiser la musique jusqu’à l’époque baroque, mais ils sont restés bien vivants dans le jazz, en particulier depuis les années 1950. C’est d’ailleurs par le jazz que je les ai découverts.

La puissance incroyable de ces modes réside dans leur caractère ou leur atmosphère extrêmement distinctifs. Le mode dorien possédera toujours cette identité propre, cette couleur singulière. Cela n’est pas sans rappeler la façon dont chaque raga de la musique indienne est lié à des phénomènes naturels ou spirituels (comme les moments de la journée). Nous sommes trop habitués à la dichotomie « majeur = joyeux » et « mineur = triste » ; pour moi, les modes enrichissent considérablement le spectre des émotions que nous pouvons ressentir en musique.

Vous décrivez chaque mode avec un caractère distinct. Comment cette perception personnelle guide-t-elle l’interprétation et l’arrangement des œuvres ?

Même si chaque mode possède une structure définie, les associations que j’établis avec eux sont subjectives. Ma conception du mode dorien — les mots que j’utilise pour le décrire — m’est propre ; d’autres y percevront des connotations différentes.

Cependant, lorsque je compose, je ne cherche pas à être “conscient” du mode en soi ; je privilégie le lien émotionnel que je tente de créer. C’est pourquoi un morceau comme Locrian Waltz n’est probablement écrit qu’à 20 ou 25 % en mode locrien, même s’il en incarne les caractéristiques intrinsèques : la désorganisation ou la confusion.

Quel est le fil conducteur qui relie des compositeurs aussi différents que John Adams, Radiohead ou Björk au sein d’une thématique modale ?

Ma manière de programmer, comme en témoignent mes précédents albums (Perpetuum et Bells), consiste à partir d’un concept musical autour duquel les pièces s’articulent, puis à trouver le juste équilibre entre les éléments. Je recherche une variété de textures, de timbres et de rythmes pour que le programme raconte sa propre histoire.

Je comprends l’usage courant de thématiques poétiques ou littéraires (comme « l’Amour et la Mort » ou « l’Exil »), mais ce n’est pas ma méthode de travail. Je trouve une immense beauté dans la programmation d’une série de tableaux émotionnels avec lesquels chaque auditeur est libre de tisser ses propres liens.