Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Voyage musical avec Raphaël Jouan et David Reiland

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Ce samedi 14 mars, le Rotary Club organisait un concert en trois parties à l’Arsenal de Metz.

La soirée a débuté par la courte pièce pour orchestre de la compositrice coréenne Unsuk Chin, Subito con forza. Son ouverture et ses tonalités rappelaient les symphonies de Beethoven,  les musiques de films de Bernard Herrmann pour Hitchcock et les visites de Luciano Berio. Ce fut sans doute la pièce la plus exigeante de ce concert, car il lui fallait, avec ce riche bagage, trouver son chemin jusqu’au cœur des musicophiles.

Plus facile d’approche, la Symphonie n° 92 en sol majeur, dite « Oxford », de Joseph Haydn est une œuvre qui témoigne de l’élégance, de la finesse et de la noblesse du compositeur, tant dans son phrasé que dans ses mélodies et ses harmonies. Il est aisé de lui donner un côté guindé, tant son style, devenu classique avec le temps, a été repris, travaillé et développé à travers les différentes étapes de l’histoire de la musique classique. L’orchestre a frôlé ce danger, confinant parfois à l’ennui, bien que sa marque d’équilibre et de balance entre les pupitres soit demeurée très appréciable. Cette symphonie a permis à certains pupitres, comme celui des cordes graves (violoncelles et contrebasses), les cuivres et les bois, de démontrer leurs talents. On a ainsi pu apprécier la clarté des cors, la fluidité des flûtes, la noblesse des hautbois et des clarinettes.

Roderick Cox et les belles perspectives de l'Opéra Orchestre National Montpellier

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En s'engageant pour la justice sociale, les politiques culturelles dites « de diversité » n'œuvrent malheureusement pas toujours pour la justesse artistique. L'Opéra Orchestre National Montpellier, lui, n'a pas deux Nords à sa boussole. Le bras (c'est le cas de le dire) armé et figure la plus visible de cette réalité en est son directeur musical, Roderick Cox, 38 ans, Afro-américain à la carrure imposante dont la présence sur le podium affiche une image encore rare en France, mais sans rien sacrifier de ce qu'on est en droit d'attendre d'un (jeune) grand chef à la tête d'une phalange régionale de haut niveau.

Le concert symphonique de ce vendredi soir s'ouvrait avec la Quatrième Symphonie de Ludwig van Beethoven. Une direction claire, très efficace, consciente de tous les reliefs de la partition et qui sut enlever l'orchestre jusqu'à des tempos assez ambitieux dans les dernières pages de l'Allegro ma non troppo final : de quoi ravir le public du Corum de Montpellier, très rempli malgré son impressionnante jauge. Un public plutôt jeune et actif (60% de moins de 60 ans) renouvelé en profondeur depuis dix ans par la politique d'ouverture tous azimuts de sa directrice, Valérie Chevalier, qui ne recule devant rien pour faire franchir les portes de l'Opéra Comédie et de l'Opéra Berlioz aux Montpelliérains : diversification du répertoire tant pour le symphonique que l'opéra, mais aussi diversification des formats avec des concerts immersifs plaçant le public au milieu de l'orchestre éclaté dans la salle, des séances after-work à 19h pour les travailleurs, à l'heure du goûter pour les Ehpad, le week-end pour les enfants... il y a un même un service de garderie sur place pour certains concerts : avis aux jeunes parents ! Dans des géométries instrumentales plus réduites la programmation propose aussi des séances pour les bébés, des séances de yoga accompagné en musique et une panoplie de concerts de musique de chambre. Et pour que les murs de la salle de concert n'aient plus rien d'intimidant, des jeux de piste et autres escape games dans les sous-sols de l'Opéra Comédie sont même proposés. Avec 450 évènements par an il y en a pour tous les goûts : plus aucune excuse pour ne pas venir !

Urtext, variations sur un terme

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Dans mon dictionnaire personnel, je trouve deux définitions :

Urtext, substantif masculin mis à toutes les sauces par les musiciens et les éditeurs de musique.

Urtext, qualificatif incontournable sans lequel une partition n’aurait aucune chance de rester sur le marché. 

Pour l’épistémophile non averti des choses de la musique, ça commence mal. Mais rien n’arrête sa soif de savoir. Il a vite compris l’origine du terme : en allemand, texte original. Si ça vient d’Allemagne, se dit-il, c’est probablement sérieux, surtout en matière musicale. Le sujet mérite donc d’être creusé.

À la lecture des textes promotionnels qui figurent sur les sites des principaux éditeurs concernés, on peut retenir deux notions : garantie d’authenticité et fiabilité. Sont-elles contradictoires ou complémentaires ? La seconde ne serait-elle pas un « à défaut » de la première ? Car il y a urtext et urtext.

Un petit retour aux origines s’impose. 

Au XIXe siècle, l’éditeur allemand Breitkopf & Härtel entreprend la publication de ce qu’on appelle des éditions monumentales, Gesamtausgabe, c’est-à-dire la totalité de la production d’un compositeur. Premier servi, J.S. Bach, 46 volumes regroupant chacun les œuvres d’un même genre. La publication nécessitera près d’un demi siècle. Et tous les grands compositeurs vont bénéficier du même élan éditorial, Haendel, Beethoven, Mozart, Schumann, Chopin, Liszt, etc. Ces éditions sont supervisées par des personnalités musicales incontestables, Czerny Clara Schumann, Emil Sauer, Wilhelm Kempff… Dans leur démarche pour établir le texte exact, ces réviseurs ne se privent pas de procéder à quelques corrections en certains points qu’ils considèrent comme erronés : Czerny ajoute une mesure au premier prélude du Clavier bien tempéré, d’autres modifient les octaves pour adapter les œuvres aux possibilités des pianos modernes, tous sont de bonne foi, c’est la tendance de l’époque. Les années passent et cette approche subjective se trouve balayée par une soif d’authenticité qui s’affirme au cours de la seconde moitié du XXe siècle. L’urtext est né.

Si ce mot magique désigne des éditions critiques réalisées avec le plus grand soin, certaines ne sont parfois que des remakes fabriqués à la hâte sans pousser très loin les recherches sur les sources authentiques. Oublions les car elles n’ont pas leur place au paradis des urtext. Il y règne déjà une grande diversité, sans vouloir remettre en cause le professionnalisme des éditeurs. Car les situations peuvent être très différentes selon les œuvres ou les compositeurs. Deux exemples récents publiés par Breitkopf : Une vie de héros de Richard Strauss et la Symphonie n°5 de Mahler. Le premier était un maniaque de la précision. Autant dire que dès les premiers tirages, tout était vérifié ou presque, le travail de l’éditeur d’un urtext se limitant à des détails. Mahler, c’est tout l’inverse. Une incessante remise en cause, en quête de perfection. Corrections, nouvelles éditions. En outre, l’un comme l’autre étaient de grands chefs d’orchestre et ils ont dirigé leur propre musique. Mais en composant, Strauss semble avoir su anticiper le résultat concret là où Mahler découvrait de nouvelles possibilités à l’écoute de chaque exécution. Pour réaliser leur urtext, Christian Rudolf Riedel et Nick Pfefferkorn ont donc eu à jongler avec les différents stades éditoriaux validés par Mahler. La source première, c’est l’édition ultime, ce qui semble simple sur le papier. Mais les contradictions sont nombreuses entre partition et parties d’orchestre, corrections manuelles authentifiées ou non. Et au fil du temps, de nouvelles sources refont surface, que ce soient des copies qui ont servi à la gravure ou des matériels d’orchestre utilisés avec l’aval du compositeur. 

Anthony Ratinov : « J'aime l'excitation de la scène et le partage de ma musique »

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Le pianiste américain Anthony Ratinov est le lauréat du prix ICMA Classeek de cette année. Marie Schockmel, membre du jury luxembourgeois de la radio Opus, a réalisé l'interview suivante avec lui.

Avez-vous déjà visité Bamberg ou l'Allemagne en général ?

Je ne suis jamais allé à Bamberg, mais j'ai entendu dire que c'est l'un des plus beaux endroits d'Allemagne. J'ai cependant visité l'Allemagne à de nombreuses reprises et j'y retournerai en mai pour jouer à la Philharmonie de Berlin. Je suis donc très enthousiaste à l'idée de faire le premier de plusieurs voyages en Allemagne en 2026.

La raison de votre venue à Bamberg est que vous avez remporté le prix ICMA Classeek cette année. Comment avez-vous réagi en apprenant la nouvelle ?

J'étais absolument ravi. C'est un immense honneur. J'ai bénéficié d'une merveilleuse participation au programme Classeek cette année en Suisse. Ils ont été absolument fantastiques et j'étais déjà très heureux d'être admis dans ce programme. Découvrir que j'avais reçu ce prix supplémentaire était donc très spécial et significatif pour moi.

Où étiez-vous lorsque vous avez appris la nouvelle ?

Je l'ai appris avant que ce ne soit public, lors d'un des ateliers en Suisse. Je revenais tout juste du Concours Chopin à Varsovie en octobre, où j'avais atteint le deuxième tour. J'avais une réunion pour le programme Classeek. Nous parlions de l'avenir, des concours et des prix, et ils m'ont dit : « En parlant de prix et de concours, nous sommes très heureux de vous annoncer que vous avez reçu le prix ICMA Classeek ». C'est donc arrivé dans la conversation au moment idéal.

Avez-vous été très surpris ou vous y attendiez-vous un peu ?

Vous savez, je n'y pensais pas vraiment. Je savais que c'était un prix que quelqu'un du programme Classeek recevait, mais je n'attendais pas l'annonce avec impatience. Je pensais à autre chose et j'ai cette mentalité que si quelque chose fonctionne, c'est génial, mais il est parfois bon de penser à autre chose en attendant pour ne pas trop anticiper. Mais je suis très heureux et je ne pourrais pas être plus enthousiaste pour le concert de gala.

Lors du concert de gala de l'ICMA, vous jouerez le dernier mouvement du premier concerto pour piano de Tchaïkovski. Que ressentez-vous en jouant cette pièce ?

Ce sera la première fois que je la jouerai avec un orchestre. C'est une pièce que je connais et que j'aime depuis toujours et je suis impatient de la présenter sur scène. Le dernier mouvement ne dure que six ou sept minutes, mais il est d'une très grande énergie, il n'y a donc pas un seul moment pour vraiment se détendre. Mais musicalement, il contient certaines des plus belles mélodies que Tchaïkovski ait jamais écrites, et je suis très heureux de lui donner vie.

Les ICMA et le Bamberger Symphoniker présentent le concert de gala 2026

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Le concert sera accessible gratuitement au grand public, ce mercredi 18 mars, en direct sur la chaîne YouTube de Deutsche Welle. Voici le lien vers la diffusion en direct : https://www.youtube.com/live/wrQrvWEFJq8

Le programme de ce concert de gala mettra à l’honneur les lauréats du jury de cette année, dans un programme musical de haute tenue. Jakub Hrůša, Artiste de l’Année, dirigera le Bamberger Symphoniker.

Ludwig van Beethoven : Ouverture n° 3, Leonore Jakub Hrůša, direction

Béla Bartók : 3e mouvement (Allegro vivace) du Concerto pour alto et orchestre Sz. 120 Nils Mönkemeyer, alto

Péter Zombola : Interlude n° 1 « dédié à Andreï Tarkovski » et Interlude n° 2 « dédié à Elle », extraits de l’oratorio PASSIO (Passion selon saint Jean) Jakub Hrůša, direction

Piotr Ilitch Tchaïkovski : 3e mouvement (Finale. Allegro vivacissimo) du Concerto pour violon en ré majeur, op. 35 Roman Simovic, violon

Kalevi Aho : 2e mouvement (Presto) de Solo III pour flûte Sharon Bezaly, flûte

Kalevi Aho : 5e mouvement (Finale. Allegretto) du Concerto pour alto et orchestre de chambre Hiyoli Togawa, alto

Johannes Brahms : 3e mouvement (Allegro giocoso, ma non troppo vivace) du Concerto pour violon en ré majeur, op. 77 Mariam Abouzahra, violon

Silvio Omizzolo : 1er mouvement (Allegro) du Concerto pour piano Roberto Prosseda, piano

Gaetano Donizetti — Lamento per la morte di Bellini : « Venne sull’ali ai zeffiri » Ermonela Jaho, soprano Roberto Prosseda, piano

Josquin des Prez — Sana me Domine, motet à 5 voix Josquin des Prez — Scaramella va alla guerra, chanson populaire Amarcord, ensemble vocal

Piotr Ilitch Tchaïkovski : 3e mouvement (Allegro con fuoco) du Concerto pour piano n° 1 en si bémol mineur, op. 23 Anthony Ratinov, piano

Wolfgang Amadeus Mozart : « Parto, parto, ma tu, ben mio », air de Sesto tiré de La clemenza di Tito, K. 621 Anja Mittermüller, soprano

Johann Sebastian Bach : Allemande de la Partita n° 4 en ré majeur BWV 828 Stephen Kovacevich, piano

Ludwig van Beethoven : 4e mouvement (Allegro con brio) de la Symphonie n° 7 en la majeur, op. 92 Jakub Hrůša, chef d'orchestre

Jakub Hrůša : "L'harmonie est le mot-clé"

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Le chef d'orchestre tchèque Jakub Hrůša est l'Artiste de l'année 2026 des International Classical Music Awards (ICMA). Anastassia Boutsko, du média Deutsche Welle, a réalisé une interview en prélude au concert de Gala qu'il va diriger avec l'Orchestre symphonique de Bamberg.

Le jury des ICMA déclare dans son communiqué de presse."Jakub Hrůša a restauré le son bohémien de l'Orchestre symphonique de Bamberg", Que représente l'Orchestre symphonique de Bamberg aujourd'hui, 80 ans après sa création ?

Je crois que l'harmonie est le mot-clé. L'harmonie au sein de l'institution, entre les gens, l'harmonie dans les sentiments partagés de la musicalité et de la culture orchestrale. L'harmonie dans le contact avec le public et avec la direction, avec le gouvernement de Munich. À de nombreux niveaux, l'Orchestre symphonique de Bamberg est un signe de stabilité. Mais cette stabilité n'est pas quelque chose de passif ou de confortable ; c'est plutôt un point de départ pour la créativité musicale et l'approfondissement de notre art et de notre mission.

Quelle est cette mission ? Quel type de musicalité, mais aussi quelles idées et quels principes Bamberg défend-il ?

D'une part, il y a le phénomène, disons, de la tradition musicale d'Europe centrale, la culture de l'authenticité musicale. Et la déstabilisation du monde que nous ressentons tous rend ces qualités, ces tâches, plus urgentes que jamais. Nous nous engageons à connecter l'humanité à travers l'art, à travers la musique. Oui, cela peut sembler de grands mots, mais en fin de compte, c'est assez simple : nous devons continuer à nourrir ce qui est vraiment important.

Vous resterez chef d'orchestre principal à Bamberg jusqu'en 2029, date à laquelle vous vous installerez à Prague pour devenir chef d'orchestre principal de l'orchestre national de votre pays. Vous dirigez également au Royal Opera House de Londres depuis septembre 2025, et de nombreux autres engagements vous mènent dans le monde entier - pendant cette interview, par exemple, vous êtes aux États-Unis. Comment conciliez-vous autant de tâches différentes sur le plan logistique, mais aussi sur le plan émotionnel et intellectuel ?

Cela dépend du moment où je répondrais à cette question. Il y a des moments où j'ai l'impression que c'est presque un peu trop "dans mon assiette" et il y a d'autres moments (et heureusement, c'est la grande majorité de mon temps) où cela me semble très naturel.

A Genève, l'OSR à la veille d'une tournée européenne

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Dix jours avant d’entreprendre une tournée européenne qui inclura Vienne, Munich, Berlin, Copenhague, Francfort, Hambourg et Paris, Jonathan Nott et l’Orchestre de la Suisse Romande présentent pour deux soirs à Genève l’un des deux programmes comportant les Images pour orchestre de Claude Debussy et le Deuxième Concerto pour piano et orchestre de Brahms.

Ô combien est regrettable le fait que, durant les huit années passées à la tête de l’OSR, Jonathan Nott ait si peut inscrit à ses programmes la production symphonique de Claude Debussy. Car ces Images pour orchestre, triptyque composé entre 1907 et 1911, révèlent son art de mettre en valeur la richesse des timbres, ce que démonte Gigues avec son canevas irisé par les trompettes et les cymbales en sourdines, le célesta et les harpes soutenant le dialogue des deux grandes flûtes avec le hautbois d’amour. En découle une atmosphère bucolique que le cantabile des cordes divisées étoffera en dynamisant le tutti, avant de replonger dans la triste grisaille du début.  

Par de cinglants accords ponctuant l’interventions des castagnettes et tambours de basque, Iberia et sa première séquence Par les rues et par les chemins établissent un saisissant contraste en se laissant griser par une sevillana exposée par les clarinettes auxquelles répondront les bassons puis les violons, cédant rapidement la place au hautbois d’amour langoureux contrecarré par un vigoureux appel de cors. Mais le discours s’étiole en points de suspension qu’appesantissent Les parfums de la nuit enveloppant une habanera que développe le cor sur des basses fluides. De lointaines cloches annoncent Le matin d’un jour de fête. Une lumière aveuglante galvanise cette feria jouant des contrastes de phrasé pour parvenir à une coda en apothéose.  

Co[opéra]tive réinvente Cendrillon

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En tournée depuis l’automne dernier, Cendrillon de Pauline Viardot, produite par Co[opéra]tive, propose une nouvelle image de l’héroïne traditionnellement décrite comme timide et naïve. Une relecture assumée.

Grande cantatrice du XIXᵉ siècle, Pauline Viardot a connu une remarquable longévité — elle s’éteint en 1910 à l’âge de 89 ans —, contrairement à sa sœur, la Malibran, souvent considérée comme la première diva de l’histoire, disparue à seulement 28 ans. Amie de Chopin, de Liszt et de Berlioz, mais aussi de Clara Schumann, de George Sand, ainsi que de Flaubert et de Tourgueniev, elle perpétue l’esprit romantique en tenant un salon dans le quartier de la Nouvelle Athènes, alors très prisé des artistes. À la fin de sa vie, elle compose plusieurs opéras de salon. Parmi ses dernières œuvres figure Cendrillon, un opéra comique en trois tableaux accompagné simplement d’un piano.

Dans le cadre de sa production annuelle, la Co[opéra]tive — collectif de production réunissant aujourd’hui six théâtres (les scènes nationales de Besançon, Quimper et Sénart, ainsi que le Théâtre impérial - Opéra de Compiègne, l’Opéra de Rennes et l’Atelier Lyrique de Tourcoing) — aborde pour la saison 2025-2026 Cendrillon de Viardot. Mais il s’agit ici d’une version revisitée, pensée comme un spectacle tout public, en particulier familial.

Florian Gassmann : L’Opera Seria

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Si l’on se réfère aux statistiques des opéras les moins fréquemment joués au XXIᵉ siècle, Florian Leopold Gassmann (1729-1774) arriverait très loin derrière les plus grands : à peine une trentaine de représentations, même si elles sont signées par des chefs prestigieux tels que René Jacobs ou Christophe Rousset. Lors des représentations à La Scala de Milan en 2025, un critique italien de renom contestait le bien-fondé d’une telle reprise, soulignant le mince intérêt musical de la composition. On ne peut pas lui donner absolument tort car, même si Gassmann a suivi l’enseignement de Johann Joseph Fux et son célèbre traité de contrepoint — Gradus ad Parnassum —, on aura du mal à trouver dans sa musique les traits de génie qui foisonnent chez Haydn ou Mozart. C’est savant, très bien orchestré, merveilleusement théâtral et efficace, mais sa musique tiendrait péniblement en version de concert. S’en priver, néanmoins, serait un peu comme si l’on faisait une longue promenade au Louvre et que l’on passait en courant, tel un touriste pressé, devant les Watteau, Fragonard ou Courbet en se disant que seuls De Vinci ou Delacroix sont magistraux… Un long débat parfaitement stérile : ces maîtres de « second rang » font aussi partie de notre richesse et de notre diversité culturelles et renferment des trésors de créativité. Et, si l’on se réfère au spectacle coproduit par le Theater an der Wien et La Scala de Milan, le talent fécond de Laurent Pelly rend cette pièce prodigieusement hilarante, même si sa critique féroce des velléités (lisons anxiétés…) de ce petit monde des artistes d’opéra est rendue avec une tendresse équivalente à celle de l’amoureux le plus transi. Quiconque a vécu quelque temps derrière ce mystérieux voile appelé rideau sait qu’un tas de personnages et de métiers fascinants y pullulent en quête de perfection et d’absolu : ateliers de décors, habilleurs, chefs de chant, répétiteurs de langue, d’escrime, de danse et j’en passe, composant une mosaïque invraisemblable de talents côtoyant de très près le doute, l’angoisse ou l’imprévu. Il m’a semblé évident que Pelly, après une si longue et brillante carrière de metteur en scène (il signe aussi les costumes effarants de cette production), a voulu rendre hommage à tout cet univers à travers les conflits d’ego des chanteurs protagonistes.

Tour des Flandres musical  : Joost Fonteyne et le Klara Festival 

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Suite de notre panorama des institutions culturelles flamandes de Belgique à travers des rencontres avec leurs directeurs artistiques. Crescendo Magazine vous propose un entretien en compagnie de Joost Fonteyne, chargé de la direction artistique du  Klara Festival qui va prendre ses quartiers à Bruxelles (Brussel en néerlandais) du 20 au 29 mars. Alors que cette édition du Klara Festival 2026 sera la dernière du mandat de Joost Fonteyne, cette interview est l’occasion de faire un point sur ce festival ancré dans l’ADN bruxelllois. 

C'est votre 7e et dernière édition à la tête du Klara Festival. Quel bilan tirez-vous de votre mandat ?

C'était un énorme privilège de diriger le Klarafestival, de travailler avec une équipe et des partenaires magnifiques. C'est plus qu'un festival, c'est un lieu de rencontre. Avec de beaux dialogues entre le public et les meilleurs artistes classiques contemporains d'aujourd'hui. Une rencontre avec tant de partenaires fidèles, culturels ou privés, et comme nous sommes principalement un festival radio - en portant le nom de la radio Klara - avec les médias. Je suis reconnaissant d'avoir pu contribuer à l'histoire de ce festival qui date de plus de 20 ans en ajoutant de nouveaux récits, des coopérations et en mettant en évidence le contexte bruxellois comme point important du festival. Le Klarafestival est l'une des expériences les plus stimulantes et les plus belles de ma carrière.

Quel bilan tirez-vous, plus spécifiquement, par rapport à l'évolution des publics ? Le Klarafestival semble infirmer la baisse du public pour la musique classique ?

Nous pouvons parler que pour nous mêmes, mais depuis plusieurs années le Klarafestival attire environ 18 000 spectateurs par an. Et en plus, vu que 95 % des concerts sont retransmis en live via notre partenaire principal, la radio Klara, nous estimons que 250 000 auditeurs profitent du festival depuis leur salon. Je crois que ce magnifique résultat est dû à l'ADN même du festival : dix jours avec les meilleurs artistes internationaux et belges qui attirent un grand public grâce à la collaboration avec des partenaires forts comme Klara, Bozar, Flagey et toutes les autres structures avec lesquelles nous travaillons. Ce qui fait du Klarafestival un moment musical important avec un impact énorme.

Quels sont les défis que vous avez dû traverser ? Je pense bien évidemment aux conséquences de la Covid, mais il y a dû en avoir d'autres ?

L'annulation du festival 2020 a été mon premier défi en tant que directeur, alors que je venais de prendre mes fonctions en novembre 2019. On ne s'attend pas à ça, bien évidemment. Mais on n'y pouvait rien, c'était un cas de force majeure, qui nous a donné du temps pour penser le futur du festival. Après un festival en format numérique, on a bien senti l'importance des rencontres live entre les artistes et le public. C'est irremplaçable. La première édition post-covid était un moment très émouvant, aussi bien pour les artistes que pour le public et pour notre équipe. Après la Covid, le monde était en euphorie. Il faut dire que la réalité économique a suivi rapidement, ce qui a posé des défis pour tout le monde. Et je ne cache pas que le climat politique bruxellois était loin d'être simple. Et qu'il reste encore, à ce stade, beaucoup de défis à relever. Mais heureusement nous avons pu préserver l'allure et l'attraction du festival.